El reino (2018) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Rodrigo Sorogoyen
Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez et Josep María Pou

Édité par Le Pacte

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Le 03/10/2019
Critique

Un thriller haletant sur la corruption et les magouilles des partis politiques, un mal qui n’a pas épargné l’Espagne.

El Reino

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal…

El Reino, après deux longs métrages coréalisés, le premier, 8 citas, avec Peris Romano en 2008, le second, Stockholm, avec Borja Soler en 2013, Rodrigo Sorogoyen s’est surtout fait connaître par Que Dios nos perdone, sorti en 2016, l’histoire de deux inspecteurs de police amenés à réaliser qu’ils ne sont probablement pas si différents du tueur en série qu’ils traquent.

El Reino, « le royaume », est centré sur la corruption des hommes politiques, un thème pas vraiment nouveau au cinéma mais qui fait depuis quelque temps la une de la presse écrite ou télévisée de la plupart des pays européens.

Le scénario, coécrit par le réalisateur et Isabel Peña, également coscénariste de Stockholm et de Que Dios nos perdone, ainsi que de Madre, le prochain film de Rodrigo Sorogoyen attendu en avril 2020, donne très peu d’infos sur les infractions commises par Manuel et aucune sur la position de son parti sur l’échiquier politique. L’idée est certainement de donner une portée plus universelle à une dérive dans laquelle se sont laissés entraîner des partis de tous bords. Une dérive qui a sans aucun doute nourri un sentiment de méfiance vis-à-vis des appareils politiques et favorisé en Europe l’inquiétante montée du populisme et de la revendication d’une prétendue « démocratie directe ».

El Reino

El Reino, sur cette toile de fond, montre comment un homme, lâché par ses pairs, tente d’échapper à une sanction pour des fautes qu’il a commises pendant des lustres, jusque-là impunément. D’où son intention de mouiller ses congénères, auteurs des mêmes magouilles. Soit pour inciter l’appareil judiciaire à fermer les yeux pour éviter un scandale de première grandeur. Soit, plus vraisemblablement, pour saborder le navire et n’être pas le seul à sombrer.

On assiste, filmée en plans-séquences, à la fuite en avant désespérée de Manuel, tombé dans une sorte de délire paranoïaque alors que ses efforts désespérés l’amènent tous dans une impasse. Le film prend vite les allures d’un thriller, sur un rythme haletant, soutenu par des rebondissements bien amenés et par un habile montage.

El Reino, mieux encore, réussit à susciter de l’empathie pour le personnage de Manuel. Au point d’impliquer émotionnellement le spectateur jusqu’à lui faire souhaiter que ce personnage, foncièrement détestable, puisse se sortir sans trop se faire piquer du nid de guêpes dans lequel il s’est piégé.

Le réalisateur a confié l’interprétation du personnage de Manuel à un acteur qu’il avait déjà employé dans Que Dios nos perdone. La caméra, souvent en plans serrés, ne lâche pas d’une semelle Antonio de la Torre (Les Amants passagers, Amours cannibales, La Isla mínima…) qui sortait tout juste du tournage de Compañeros (La Noche de 12 años, Álvaro Brechner, 2018, tout récemment édité en vidéo).

El Reino

Généralités - 4,0 / 5

El Reino (131 minutes) et ses suppléments (36 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier non fourni pour le test, effectué sur check disc.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres imposés, mais idéalement placés à cheval sur la bande noire, et dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 5.1.

Piste d’audiodescription DTS 2.0 et sous-titres pour malentendants.

Bonus - 4,0 / 5

En bonus, deux documentaires exclusifs, produits par Le Pacte pour cette édition :

Entretien avec Rodrigo Sorogoyen et Antonio de la Torre (22’). Plusieurs raisons ont poussé Rodrigo Sorogoyen à réaliser ce film. D’abord les récents scandales de corruption de la presse espagnole, la multiplication des malversations et l’impunité dont jouissaient les politiciens. Puis la « fascination négative » pour des personnes qui semblent si facilement s’accommoder de la corruption. Antonio de la Torre souligne que le scénario a été enrichi par des rencontres avec des juges, des journalistes, des politiciens, dont certains impliqués dans des « affaires ». Le réalisateur rappelle qu’aucun nom n’est cité, aucun parti n’est visé : « le film suggère plus qu’il ne dénonce ». L’idéologie divise les Espagnols : un film politique n’aurait touché qu’une audience réduite et aurait perdu de sa dimension universelle. Le choix d’Antonio de la Torre, motivé par ce type de sujet, s’est imposé à lui, comme celui, pour les personnages secondaires, de Luis Zahera, de Mónica López, de Nati, de Bárbara Lennie. Laisser aux acteurs une relative marge d’improvisation favorise le réalisme des dialogues. Il rappelle sa complicité, nouée par trois films, avec le chef opérateur Alejandro de Pablo et justifie le choix de l’accompagnement musical techno qui, avec le montage, rythme la fuite éperdue du personnage principal.

Dans les coulisses du tournage (14’). Le réalisateur, la coscénariste et l’acteur principal rappellent qu’aucun film espagnol n’avait traité de la corruption, ni analysé les réactions d’un politicien publiquement compromis. La caméra, portée à l’épaule, suit « instinctivement » le personnage dans soixante lieus de tournage, dans de longs plans-séquences qui procurent au spectateur un sentiment d’immédiateté. L’accompagnement musical, allant decrescendo au fur et à mesure que la fuite de Manuel s’accélère, évoque le tourbillonnement de la vie politique. Suit une intéressante analyse de la réalisation de la séquence de l’accident de voiture. En dépit de quelques redites avec le premier complément et d’un inutile concert de louanges de Rodrigo Sorogoyen par son équipe, ce bonus donne des informations utiles sur la création du film.

Pour finir, la bande-annonce.

El Reino

Image - 5,0 / 5

L’image (2.39:1, 1080p, AVC), d’une texture délicate, bénéficie d’une résolution révélant tous les détails de tous les plans, serrés comme larges, de couleurs naturelles et de contrastes soigneusement étalonnés, assurant une parfaite lisibilité des plans, y compris dans les scènes de nuit.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 restitue clairement les dialogues, dans un bon équilibre avec un accompagnement musical semblant souvent se synchroniser avec les battements du coeur du personnage principal. L’exploitation cohérente des possibilités du multicanal immerge le spectateur dans l’ambiance.

La version originale s’impose largement sur le doublage en français, peu naturel et monotone.

Crédits images : © Julio Vergne / Tornasol Films SA

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 3 octobre 2019
La fuite en avant éperdue d’un politicien dont les magouilles ont été étalées en plein jour, résolu à sauver sa peau ou, s’il doit sombrer, à entraîner ses comparses dans son naufrage. Un thriller haletant, soutenu par des rebondissements bien amenés et par un habile montage.

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El reino
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