Un jeu brutal (1983) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Jean-Claude Brisseau
Avec Bruno Cremer, Emmanuelle Debever et Lisa Hérédia

Édité par Carlotta Films

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Le 30/10/2019
Critique

Le premier grand film de Jean-Claude Brisseau, annonciateur de son chef-d’oeuvre, De bruit et de fureur, réalisé cinq ans plus tard.

Un jeu brutal

Un homme poignarde à mort une jeune fille qui s’était isolée pour prendre un bain de soleil près d’un grand ensemble. Le meurtrier, le professeur Tessier, un biologiste réputé, a décidé de se retirer dans une villa isolée sur le plateau du Larzac. Sa mère mourante lui a fait promettre de s’occuper d’Isabelle, sa fille paraplégique qu’il a confiée à une institution. Le rejet de son infirmité pousse Isabelle à se rebeller contre tout ce qui l’entoure. Son père a décidé de la mater, comme un animal sauvage…

Un jeu brutal, sorti en 1983, est le premier long métrage que réalise Jean-Claude Brisseau avec des moyens professionnels. Il sera produit par Les Films du Losange, la société fondée par Éric Rohmer dont l’attention avait été attirée par deux longs métrages filmés avec la caméra Super 8 ce professeur de collège.

Les trois films qu’il tourna avec Bruno Cremer forment un triptyque sur le thème de l’éducation au sortir de l’enfance : Un jeu brutal, en 1983, Noce blanche, en 1989, son plus gros succès commercial (peut-être grâce à l’accroche de Vanessa Paradis qui tient là son le meilleur rôle), et De bruit et de fureur, réalisé l’année précédente, resté son chef-d’oeuvre.

Lui c’est lui et moi c’est moi !

C’est ainsi qu’Isabelle se défend du reproche qu’on lui adresse lorsqu’elle torture des insectes. Une manière d’exprimer que sa différence la place dans un monde qui n’est pas celui des autres. Son nouvel entourage réussira à lui faire prendre conscience qu’elle seule, à condition qu’elle accepte son infirmité, pourra s’adapter à son environnement.

L’intraitable brutalité du dressage de son père, la douce fermeté de la tutrice qu’il a recrutée, les premiers émois sexuels suscités par la rencontre du frère de celle-ci, la protection instinctive du factotum Lucien vont se conjuguer pour faire d’une sauvageonne une jeune femme engagée sur le chemin vers une vie normale.

Un jeu brutal

Un jeu brutal conte une histoire parallèle à celle d’Isabelle, celle de son père. Il faudra entrer dans le dernier quart du film pour avoir l’explication, pas banale, de ses crimes en série. Une histoire parallèle dont le scénario aurait peut-être gagné à faire l’économie.

Bruno Cremer, monolithique, tranche avec la fragilité de l’interprète d’Isabelle, Emmanuelle Debever, dont ce fut l’unique grand rôle d’une carrière cantonnée dans les années 80. Annie, la tutrice, est incarnée par María Luisa García, une actrice fétiche du cinéma de Jean-Claude Brisseau et d’Éric Rohmer (sous le nom de Lisa Hérédia) et la monteuse de nombre de leurs films. On y retrouve aussi, dans un petit rôle, le critique (et acteur) Jean Douchet.

Le film doit aussi beaucoup à la photographie de Bernard Lutic, un des chefs opérateurs d’Éric Rohmer pour La Femme de l’aviateur (1981), Le Beau mariage, (1982), L’Ami de mon amie (1987), mais aussi de Michel Deville pour Nuit d’été en ville (1990) et du documentaire Le Peuple migrateur qui aurait assuré sa réputation mondiale s’il n’était mort dans le crash d’un avion en 2000, à 56 ans.

Un jeu brutal est resté, depuis sa sortie, un film inclassable et un témoin de l’originalité d’un cinéaste jamais entré dans le rang, attaché à son indépendance. Il fut contraint à un isolement relatif par la réalisation d’une suite de films explorant la sexualité féminine, commencée en 2002 avec Choses secrètes qui lui valut une condamnation pour harcèlement sexuel d’actrices pendant les auditions, à laquelle il répondit par Les Anges exterminateurs où il met un réalisateur en scène pour expliquer son approche d’un sujet délicat. Il dut se contenter d’un budget de 62 000 euros pour la production en 2012 de La Fille de nulle part, son avant-dernier film.

Jean-Claude Brisseau nous a quittés en mai 2019, après avoir été privé de la rétrospective de son oeuvre qu’a dû déprogrammer la Cinémathèque Française en janvier 2018 dans les remous provoqués par le mouvement #MeToo et son clone hexagonal si élégamment baptisé #BalanceTonPorc.

Un jeu brutal

Généralités - 3,5 / 5

Un jeu brutal (91 minutes) et son supplément (20 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier standard glissé dans un étui.

Le menu animé et musical propose le film au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Piste d’autodescription Dolby Digital 2.0 mono et sous-titres pour malentendants.

Bonus - 3,0 / 5

Leçons de cruauté (20’), un entretien avec Jean-Claude Brisseau. Après la rencontre avec une jeune infirme, l’idée lui est venue d’imaginer le passage d’Isabelle « d’un état quasi-sauvage à un état de sérénité ». Un passage curieusement stimulé par la rudesse à son égard de son père : il lui fera prendre conscience du « jeu brutal » qui se déroule dans la nature où « les plus petits sont dévorés par les plus gros ». L’éducation, selon le cinéaste, aide à la « sublimation de nos propres pulsions et c’est ça qui nous aide à vivre », à nous rendre « prêt à entendre ». Annie aide Isabelle à prendre conscience de son handicap, le préalable nécessaire à son évolution. Il est possible que l’infirmité d’Isabelle soit à l’origine de la paranoïa de son père, révélée vers la fin du film. Il avoue un fond de violence en lui, mais il a choisi de « styliser » celle de Tessier, pas de la montrer. « Observe et simplifie » dit Tessier à sa fille qui lui demande comment dessiner un paysage, une règle qui s’applique à la réalisation d’un film.

Un intéressant complément, repris de l’édition de 2006, parue en coffret avec De bruit et de fureur.

Bande-annonce.

Un jeu brutal

Image - 5,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC), déjà très propre du DVD édité en 2006, est désormais exempte de toute trace résiduelle de poussière et, surtout, bénéficie d’un net gain de luminosité et de contraste, ainsi que de couleurs ravivées. Tout ça dans le respect de la texture argentique.

Son - 4,5 / 5

Le son mono d’origine a également tiré profit de la restauration et de l’encodage au format DTS-HD Master Audio 1.0. La restauration a, non seulement éliminé tout bruit parasite et le souffle, mais aussi le timbre occasionnellement caverneux des dialogues.

Une restauration et une numérisation 2K effectuées en 2015 par Lumières Numériques pour l’image et par L.E. Diapason pour le son. Un travail exemplaire !

Crédits images : © 1982 LES FILMS DU LOSANGE. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 30 octobre 2019
Un jeu brutal, sorti en 1983, est le premier long métrage que réalise avec des moyens professionnels Jean-Claude Brisseau, disparu en mai dernier. Il est resté un film inclassable, un témoin de l’originalité d’un cinéaste jamais entré dans le rang.

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