Extrême préjudice (1987) : le test complet du Blu-ray

Extreme Prejudice

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Walter Hill
Avec Nick Nolte, Powers Boothe et Michael Ironside

Édité par Studiocanal

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Le 30/10/2019
Critique

Un des fleurons du cinéma américain de la violence, période 1980-1990, signé par un artisan ici inspiré.

Extrême préjudice

Texas, U.S.A. 1987 : un groupe para-militaire dirigé par le major Hackett attaque, sur ordre des services secrets, un trafiquant de drogues opérant à la frontière mexicaine. Le shérif local, incorruptible mais ami d’enfance et rival amoureux du trafiquant auprès d’une belle chanteuse mexicaine, comprend un peu tard la situation. L’engrenage enclenché par Hackett aboutit inexorablement à un massacre.

Extrême préjudice (Extreme Prejudice, USA 1987) de Walter Hill est un film noir policier influencé par le western. Ce mélange engendre un des fleurons du cinéma de la violence des années 1980-1990. Produit par Kassar et Vajna (les producteurs de Rambo), écrit en partie par John Milius, doté d’une des plus belles partitions de Jerry Goldsmith (un quasi-hommage à Maurice Ravel), ce titre avait effrayé en son temps Colette Godard qui s’était demandé, dans sa critique parue dans Le Monde, si Walter Hill n’était pas un cas pathologique tant il éprouvait de plaisir à filmer la mort ? L’hommage évident au massacre final de La Horde sauvage (USA 1969) de Sam Peckinpah n’était certes pas passé inaperçu mais l’ambition intrinsèque du film laissait perplexe. Quel pouvait bien être le message de Hill ?

On peut encore aujourd’hui se poser la question mais en vain car Hill n’a aucun message particulier à délivrer : c’est un pur artisan, un cinéaste de genre. Lorsqu’on trouve chez lui une recherche formelle, elle n’a pour unique but avoué que de renforcer l’efficacité narrative. Hill a emprunté des idées à Thucydide, à John Boorman, à Sam Peckinpah et il les a ré-adaptées à sa manière, souvent en les épurant et en les rendant d’une redoutable efficacité mais au prix d’une relative perte de substance. Extrême Préjudice est doté d’un budget moins ample que celui de Les Guerriers de la nuit (The Warriors, USA 1979) : il faudrait plutôt le comparer à Sans retour (Southern Comfort, USA 1981) dans la mesure où Powers Boothe y jouait en vedette et dans la mesure où le ton y était également pessimiste et assez virulent.

Est-ce à dire que Hill n’étant ni un cinéaste original ni un intellectuel voulant faire passer explicitement une vision du monde (mis à part celle de la « survie », ce thème fondamental du cinéma américain de la violence), soit un cinéaste méprisable ? C’est tout le contraire ! Ses bons titres (il vaut mieux être sélectif car Hill est prolifique mais inégal) sont souvent remarquables lorsqu’il filme, comme ici, un bon scénario, qu’il dirige un bon casting et que ses producteurs lui permettent d’y adjoindre une belle direction de la photographie et une belle musique. Ce titre constitue même un point d’équilibre dans sa filmographie entre le réalisme initial de son film Le Bagarreur (Hard Times, USA 1975) et le baroque parfois fantastique des Guerriers de la nuit.

Ce cinéma populaire d’assouvissement dont la gratuité est revendiquée (les personnages sont des caricatures certes théâtrales mais parfois assez shakespeariennes : leur valeur dramaturgique provient directement de ce « assez », y compris les deux plus étonnants : la chanteuse mexicaine prise en étau entre le bien et le mal, dont l’érotisme est crédible au premier degré, et l’officier suicidaire admirablement joué par Ironside, doté d’un relief très inquiétant, presque faustien au second degré) est d’un tel raffinement technique qu’il finit par acquérir, le plus aisément du monde, le statut d’oeuvre d’art pur. Et si Hill était, en fin de compte, un authentique formaliste, reconnu par le public mais ignoré par la critique en France pour cause de non-intellectualisme ?

Généralités - 5,0 / 5

Combo digipack 1 Blu-ray 50 Full HD 1080p + 1 DVD9, édité par Studio Canal le 30 octobre 2019, volume 11 de la collection « Make my day ! », dirigée par J.-B. Thoret. Durée du film : 105 min. sur Blu-ray, 101 min. sur DVD. Image au format original 1.85 respecté, Technicolor, compatible 16/9. Son DTS HD Master Audio 2.0 sur Blu-ray, Dolby Digital sur DVD. Suppléments : Le film revu par Walter Hill (56 min. environ), Walter Hill un cowboy à Hollywood (21 min.), Présentation par J.-B. Thoret (5 min.), Bande-annonce originale (2 min. 15 sec. env.).

Belle reproduction de l’affiche originale US en seconde de couverture du digipack. Illustration de l’étui et de la première page du digipack assez stylisée, originale et belle par elle-même mais le titre de la collection est écrit presque aussi gros que celui du film sur le dos de l’étui comme sur le dos du digipack : on achète « Make my day » ou Extrême préjudice ? Il faudrait revoir ce détail et réduire à l’avenir la taille du nom de la collection, contingent et passager en regard du titre de l’oeuvre elle-même qui appartient à l’histoire du cinéma : le titre du film est donc prioritaire et doit être écrit en polices de caractères plus gros que tout le reste.

Extrême préjudice

Bonus - 4,0 / 5

Préface de Jean-Baptiste Thoret(durée 5 min.) : elle replace Hill dans l’histoire du cinéma américain des années 1970 et 1980, mentionne l’influence de Sam Peckinpah, émet quelques jugements critiques succincts sur certains des titres majeurs de Hill. Quelques affiches, incrustées à côté de la tête du présentateur (tête plus grosse à l’image que les affiches… hélas) l’illustrent.

Extrême préjudice revu par Walter Hill (VOSTF, 16/9, durée 56 min.) : le plat de résistance de ces bonus même si on y parle, en fin de compte, assez peu du film (une quinzaine de minutes sur l’ensemble) mais lorsqu’on en parle, les souvenirs sont précis, les jugements sont nets. Hill y parle surtout de l’évolution économique et esthétique d’Hollywood, de David W. Griffith, en passant par John Ford, à la période charnière des années 1960-1970 puis jusqu’ à nos jours, avec un intérêt particulier pour le tournant constitué par les années 1960-1970. Anecdote savoureuse sur Jerry Goldsmith ayant composé une musique pour un film de John Ford sans l’avoir jamais rencontré ! Nombreux souvenirs de première main sur Sam Peckinpah pour qui Hill écrivit une adaptation en 1972 et que Hill admirait. L’ensemble est illustré par des affiches incrustées en trop petites tailles à mon goût mais c’est largement compensé par l’intérêt général de l’ensemble.

Walter Hill, un cowboy à Hollywood (durée 21 min.) : on trouvait déjà ce supplément sur l’ancienne édition DVD Studio Canal, collection série noire, édité en 2005. Tourné en janvier 2004 avec François Causse (auteur d’un livre sur Sam Peckimpah édité chez Dreamland), Jean-Claude Missaïen (cinéaste et auteur des premiers livres parus en France sur Anthony Mann et Howard Hawks) et Noël Simsolo (cinéastes, critique et historien du cinéma). L’ensemble n’est pas formidable : quelques informations anecdotiques sur Hill, un rappel de la réception française critique et publique de ses titres. Simsolo y va de son couplet : « Hill cinéaste intéressant mais pas de gauche, plutôt anarchiste de droite, ce qui me dérange tout de même ». Bref… on est très loin d’un authentique supplément sur le film et sa genèse, encore moins d’un authentique supplément couvrant en détail l’ensemble de la vie et de l’oeuvre de Hill.

Bande-annonce originale (VOSTF, format 1.85 original respecté, durée 2 min. environ) : bien montée, en excellent état argentique et très bien reportée en Full HD.

Certains suppléments de l’ancienne édition DVD Studio Canal en 2005 ont disparu : exit les filmographies du réalisateur Walter Hill, des acteurs Nick Nolte, Powers Boothe et Michael Ironside. Exit aussi la galerie affiches et photos qui comportait une trentaine de photos de plateau et de photos d’exploitation (hélas détourées) en couleurs pour la plupart. Exit enfin la « pré-bande-annonce » d’environ 1 minute qui était aussi bien montée que la bande-annonce définitive ici reproduite. La présence du long entretien avec Hill, passionnant, compense ces lacunes.

Extrême préjudice

Image - 5,0 / 5

Format original 1.85 en Technicolor, compatible 16/9 sur DVD 9 + Blu-ray BD 50 Full HD en 1080p. Très beau transfert d’une copie argentique parfaitement nettoyée, photographiée par le bon technicien Matthew F. Leonetti (A.S.C.). Bons contrastes, bonne définition, bonne gestion des noirs et des couleurs. L’apport Full HD du BD50 constitue une amélioration significative par rapport à l’ancienne édition DVD single Studio Canal 2005. Le DVD inclus dans le combo 2019 est lui-même mieux défini que l’ancien DVD de 2005. Il suffit de visionner le générique solaire d’ouverture pour mesurer la qualité de l’encodage numérique : beau travail. Lissage privilégié par rapport au grain mais l’ensemble est doté d’une définition vidéo inédite qui en fait pour l’instant la nouvelle édition de référence.

Son - 5,0 / 5

VOSTF + VF d’époque en DTS HD Master Audio 2.0 sur le Blu-ray, en Dolby Digital 2.0 sur le DVD. Il faut préférer la VOSTF car la VF, d’une vulgarité souvent amusante, affadit cependant les voix américaines d’origine et ne peut pas remplacer les voix originales si remarquables des acteurs et de l’actrice principale. Splendide partition de Jerry Goldsmith, une des plus belles de sa période 1980-1990. Elle avait été éditée en « soundtrack » séparée dès la sortie du film par Varèse Sarabande, comme certains de mes lecteurs s’en souviendront ici avec nostalgie.

Crédits images : © Studiocanal

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
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francis moury
Le 31 octobre 2019
Un des fleurons du cinéma américain de la violence, période 1980-1990, signé par un artisan ici inspiré.

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