Au hasard Balthazar (1965) : le test complet du Blu-ray

Version Restaurée

Réalisé par Robert Bresson
Avec Anne Wiazemsky, François Lafarge et Walter Green

Édité par Potemkine Films

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Le 24/03/2020
Critique

Avec son style si particulier et l’idée insolite d’un âne pour personnage principal, Robert Bresson a créé une oeuvre inoubliable… à voir et à revoir.

Au hasard Balthazar

Deux enfants, Marie et Jacques, adoptent Balthazar, un ânon tout juste sevré. À la fin de l’été, Jacques quitte la maison de vacances et dit à Marie, restée au village, qu’il la reverra l’année suivante. Mais la maison est abandonnée par les parents de Jacques auxquels elle ravive le douloureux souvenir de la mort d’une de leurs filles. Balthazar, passé de mains en mains, se réfugie dans l’ancienne maison de Jacques après avoir été sauvagement battu. C’est là qu’il retrouve Marie…

Au hasard Balthazar, sorti en mai 1966, est le septième des treize longs métrages réalisés par Robert Bresson en quarante ans, de 1943, avec Les Anges du péché (inédit en vidéo en France, mais édité en Italie sur DVD sous le titre La Conversa di Belfort), à 1983, avec L’Argent.

L’âne va conduire le spectateur à la rencontre d’une galerie de personnages, du rigoureux père de Marie, de Gérard, un jeune voyou, d’un marchand obsédé par l’argent, d’Arnold, un vagabond cuit par l’alcool… Aucun héros dans cette vision pessimiste de la société… hormis Balthazar qui supporte sans broncher les mauvais traitements.

Le « maniaque du vrai » qu’il dit être a conduit Robert Bresson, après son deuxième film, Les Dames du Bois de Boulogne, à renoncer à employer des acteurs professionnels, le « cinématographe » devant se distinguer du « cinéma » qui n’est, pour lui, que du « théâtre filmé ». Il s’appliquait à ce que les acteurs n’aient pas l’air de jouer, les incitant à dire leurs dialogues avec une « voix blanche », à rester eux-mêmes.

Au hasard Balthazar

Des dialogues parcimonieux, d’ailleurs, qui ne doivent, selon le réalisateur, n’être appelés au secours de l’image que lorsqu’elle ne peut pas tout dire à elle seule. De même, l’accompagnement musical reste discret, l’andantino de la sonate n° 20 en la majeur D. 959 pour piano de Franz Schubert ne se faisant entendre que dans quelques transitions du récit.

C’est Florence Delay, l’interprète de Jeanne dans Le Procès de Jeanne d’Arc, sorti quatre ans plus tôt, qui lui présente Anne Wiazemsky, âgée de 18 ans, en première quand commence le tournage à l’été 1965. C’est là qu’elle rencontre Jean-Luc Godard qu’elle épousera deux ans plus tard et lui attribuera le rôle-titre de La Chinoise.

Si la caméra est plus mobile que dans le film précédent, fait d’une suite de plans fixes, aucun artifice ne transparaît, toutes les prises étant faites avec un unique objectif de 50 millimètres, plus proche de la vision de l’oeil humain, sans déformation de l’image.

Au hasard Balthazar, comme d’autres films de Robert Bresson, se caractérise par un scénario, volontairement elliptique, laissant parfois le spectateur dans le flou, avec des questions sans réponses… comme dans la vraie vie où, bien souvent, les faits se manifestent avant qu’on n’en connaisse la cause. Par exemple, on ne sait pas pourquoi Arnold, un vagabond, a été convoqué à la gendarmerie, ni si Marie a cédé ou résisté aux avances du marchand grigou.

Au hasard Balthazar sera récompensé par quatre prix à la Mostra de Venise qui décerna cette année-là le Lion d’or à La Bataille d’Alger (La Battaglia di Algeri) de Gillo Pontecorvo.

Au hasard Balthazar

Généralités - 4,0 / 5

Au hasard Balthazar (96 minutes) et ses généreux bonus (92 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 dont toute la capacité a été utilisée, logé dans un digipack non fourni pour le test.

Le menu animé et musical, avec le même graphisme que celui de l’édition de Mouchette, sortie simultanément, propose le film au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Piste d’audiodescription DTS-HD MA 1.0 et sous-titres pour malentendants.

Une édition DVD est disponible, avec le même contenu.

Bonus - 5,0 / 5

Un metteur en ordre : Robert Bresson (60’). Dans la case Pour le plaisir qu’il a coproduite pour la télévision avec Roland Darbois, Roger Stéphane, avant la sortie du film en mai 1966, recueille les vues sur Robert Bresson et Au hasard Balthazar de Jean-Luc Godard : « Bresson est un grand inquisiteur et un humaniste » ; de Louis Malle : « Bresson est allé encore plus loin dans le dépouillement (…) avec un cinéma qui a brisé tout lien avec l’art dramatique » ; de Marguerite Duras, « ce que les hommes ont fait, de la poésie, de la littérature, Bresson l’a fait avec le cinéma » et de François Reichenbach. Robert Bresson souligne ensuite : « Au hasard Balthazar c’est notre agitation, nos passions, en face d’une créature vivante, un âne (…) un peu le Charlot des premiers films de Chaplin ». Le rythme du film, la tension dramatique se créent au montage, dit-il. Il faut « garder le mystère (…) que les effets des choses viennent avant leur cause ». Il distingue le cinématographe, « un rapport d’images avec des images, de sons avec des sons, d’images avec des sons », du cinéma- « un théâtre photographié », ce qui l’a conduit à n’employer que des acteurs non professionnels. « Je suis un maniaque du vrai (…) et je crois que le cinématographe est, ou sera bientôt, un art absolument autonome (…) une aide à l’approfondissement de l’homme (…) et pas la synthèse d’autres arts. »

Au hasard Balthazar

Ce précieux document sur le cinéma de Robert Bresson figurait déjà en complément de l’édition Arte Vidéo de 2005, mais réduit à 41 minutes. Potemkine le joint ici en intégralité.

Au hasard Balthazar, vu par Damien Manivel (32’), réalisateur (Les Enfants d’Isadora, 2019) dans un entretien exclusif avec Natacha Missoffe et Clara Trottet, enregistré en 2019. Pickpocket, le premier film de Robert Bresson qu’il ait vu quand il a commencé à s’intéresser au cinéma d’auteur, a été un choc. Le secret, « le silence » des personnages donne au spectateur la liberté de se projeter dans le drame. C’était une idée brillante de centrer le récit sur la vie de l’âne, « une vie de saint ». Il aime aussi la place donnée aux objets (la borne et le poteau télégraphique dans la dernière scène avec Arnold), la marque « d’un regard très personnel sur le monde (…) dans des « plans caressants », à l’opposé de la froideur relevée par certains critiques. Un cinéma « qui vibre, qui sort des rails (…) dans lequel le hasard s’invite (…) qui n’enferme pas l’acteur dans le personnage ». Il souligne aussi l’association « musicale » du son à l’image et son efficacité à créer la tension dramatique.

Cet entretien bien conduit complète très utilement le document précédent.

Au hasard Balthazar

Image - 4,0 / 5

Un avis signale que la version ici présentée a été restaurée en 2014, par Éclair Group pour l’image, par L.E. Diapason pour le son.

L’image (1.66:1, 1080p, AVC), très propre, respectueuse de la texture originelle, ne révèle pourtant pas d’amélioration sensible après comparaison avec celle qui avait, elle aussi, été restaurée pour l’édition DVD sortie par Arte Vidéo en 2005. Elle bénéficiait même de blancs plus lumineux et de contrastes plus marqués que ceux obtenus après la restauration de 2014.

Elle reste cependant agréable, avec un fin dégradé de gris, soigneusement étalonné.

Son - 5,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 mono, très propre, pratiquement sans souffle, assure une parfaite intelligibilité des dialogues. On constate, cette fois, un indiscutable gain de limpidité et de dynamique, non seulement pour l’accompagnement musical, mais aussi pour l’ambiance.

Un plus qui compte quand on sait l’importance qu’assignait Robert Bresson au rapport qu’elle devait entretenir avec l’image.

Crédits images : © Potemkine Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 24 mars 2020
Robert Bresson dessine un autre portrait de jeune fille, entre Le Procès de Jeanne d’Arc et Mouchette, celui de Marie, à laquelle prête son doux visage une jeune débutante qui ne tardera pas à trouver sa place dans notre cinéma, Anne Wiazemsky. Un film inoubliable, complété d’intéressants bonus.

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