Autopsie d'un meurtre

Autopsie d'un meurtre (1959) : le test complet du Blu-ray

Anatomy of a Murder

Édition Prestige limitée - Blu-ray + DVD + goodies

Réalisé par Otto Preminger
Avec James Stewart, Lee Remick et Ben Gazzara

Édité par Carlotta Films

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Le 13/02/2020
Critique

Une subtile mise en cause de l’infaillibilité de la justice et une extraordinaire performance de James Stewart.

Autopsie d'un meurtre

Paul Biegler, un avocat à l’âge de la retraite, est plus attiré par la pêche à la mouche que par les prétoires. Il accepte pourtant de défendre le lieutenant Frederick Manion que des témoins disent avoir vu abattre froidement l’homme que sa femme accusait de l’avoir violée.

Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder), réalisé en 1959 par Otto Preminger, est l’adaptation du roman éponyme de Robert Traver, nom de plume de John Donaldson Voelker qui fut juge à la Cour suprême de l’État du Michigan de 1956 à 1960. Grand amateur de la pêche à la mouche, il est l’auteur d’une dizaine de romans et nouvelles, dont une, l’histoire d’un dentiste assassin, a été adaptée en téléfilm par Peter Fisk en 1983 sous le titre The Amorous Dentist

Oyez! Oyez! Oyez! The court is now in session!

La source d’inspiration du scénario, l’intervention de John Donaldson Voelker comme conseiller technique et l’attribution de l’important rôle du juge Weaver à Joseph N. Welch, un ancien magistrat (qui eut maille à partir avec le sénateur McCarthy), concourent à faire d’Autopsie d’un meurtre un des plus authentiques courtroom dramas.

Autopsie d’un meurtre tire l’essentiel de son impact de la subtilité d’un scénario qui ne cesse de distiller le doute sur la qualification de l’homicide commis par Frederick Manion. Est-ce un meurtre commis de sang-froid et avec préméditation, un assassinat dans notre droit pénal (first degree murder en droit américain) ? Ou un acte excusable, commandé par une pulsion irrépressible ?

Autopsie d’un meurtre soulève habilement, sans discours sanctimonieux, les failles ou, à tout le moins, les incertitudes de la justice qui peut condamner des innocents, acquitter des coupables. Un des grands courtroom dramas avec 12 hommes en colère (12 Angry Men, Sidney Lumet, 1957).

Objection overruled!

Aucune objection ne peut être faite à la distribution d’Autopsie d’un meurtre avec James Stewart au meilleur de sa forme, sortant du tournage de Sueurs froides (Vertigo, Alfred Hitchcock) et de L’Adorable voisine (Bell Book and Candle, Richard Quine), servi par de fins dialogues, dans une performance qui rappelle celle donnée vingt ans plus tôt dans Mr. Smith au Sénat (Mr. Smith Goes to Washington, Frank Capra, 1939).

Difficile, également, de ne pas être convaincu par le naturel avec lequel Lee Remick interprète le personnage très équivoque de Laura Mannion. Il faut également citer, dans leur premier grand rôle au cinéma, Ben Gazzara et George C. Scott qui allait devenir l’inoubliable général dans Patton (Franklin J. Schaffner, 1970), un rôle qui lui vaudra un des sept Oscars décernés au film. Coup de chapeau aussi à Joseph N. Welch, le juge qui passe aisément la rampe en jouant à être un juge !

Une savoureuse cerise sur le gâteau est offerte avec la remarquable partition originale de Duke Ellington, fascinante dès que le projecteur commence à éclairer l’écran quand s’y inscrivent les papiers découpés de Saul Bass qui compose là un de ses plus célèbres génériques.

Une édition attendue, celle de 2001, sans bonus et avant restauration, étant depuis longtemps épuisée.

Autopsie d'un meurtre

Généralités - 3,5 / 5

Autopsie d’un meurtre (161 minutes) et ses suppléments (63 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, dans cette édition combo, en compagnie d’un DVD, dans un coffret non fourni pour le test, effectué sur check disc du seul Blu-ray.

Le menu fixe et muet propose le film dans sa version originale, avec sous-titres optionnels, et le choix entre deux formats audio, DTS-HD Master Audio 1.0, conforme au son mono d’origine, et dans un remixage DTS-HD Master Audio 5.1.

À l’intérieur du coffret, un portfolio de cinq photos, une réduction de l’affiche du film et, surtout, le facsimile du livre de Richard Griffith, Anatomy of a Motion Picture. Il s’ouvre sur une élogieuse préface de Robert Trevor/John D. Voelker, l’auteur du roman dont le scénario fut tiré, suivie d’une introduction du New Hollywood qui fit sortir le cinéma des plateaux « pour entrer dans la réalité », puis de la genèse du film, réalisé « par une personne, un producteur indépendant », du choix de Joseph N. Welch pour « donner une réelle fraîcheur au film », tout comme le choix du lieu du tournage, loin de Hollywood. Suit une longue analyse de la répétition et du tournage de la première séquence du procès dans une salle d’audience du tribunal de Marquette, avant une pause-déjeuner d’une heure, puis la préparation d’une scène par George C. Scott, les pauses entre deux prises, où « la star de cinéma est aussi humaine ». Est ensuite rappelé l’impact du film sur la communauté, devenu une attraction attirant des foules de curieux et de chasseurs d’autographes. Le livre montre aussi comment Otto Preminger s’y est pris pour améliorer la réalité, notamment pour le tournage des scènes dans la prison, celle du comté de Marquette étant très exiguë, jette un coup d’oeil sur la caméra Mitchell BNC 35mm utilisée pour tout le film, puis un plus long regard sur le montage par Lou Loeffler et, enfin sur la partition originale de Duke Ellington avec deux pages manuscrites. Le livre se referme sur la promotion du film, une étape importante selon Preminger : « Il ne suffit plus aujourd’hui de faire un film (…) si vous ne le vendez pas, personne d’autre ne le fera. »

Un intéressant complément au film qui aurait gagné à être accompagné d’une traduction en français (éventuellement consultable en ligne pour en limiter le coût).

Une édition DVD est sortie simultanément et une édition simple Blu-ray est attendue pour le 11 mars 2020, les deux avec les mêmes bonus vidéo mais sans le facsimile du livre.

Autopsie d'un meurtre

Bonus - 4,0 / 5

Otto Preminger and the dangerous woman (58’, 1.37:1, noir et blanc), un film d’André S. Labarthe, diffusé en 2012 dans la case Cinéma, de notre temps de Jeanine Bazin et. André S. Labarthe. Annette Michelson, critique d’art et de cinéma américaine, interroge Otto Preminger, à New York en septembre 1972, dans son bureau avec des tableaux de Picasso, Matisse, Miró et Mondrian accrochés aux murs. Il acquit à Vienne une expérience du théâtre avec Max Reinhardt, d’abord comme acteur, puis comme assistant, avant d’ouvrir son propre théâtre et de prendre la succession de Reinhardt. Trois ans avant l’arrivée au pouvoir de Hitler, il partit de Vienne pour l’Amérique où il avait toujours rêvé de travailler et où il fut chaleureusement accueilli par Darryl Zanuck. Il passe en revue ses premières réalisations, avant le grand succès de Laura. Il quittera Hollywood en 1951 pour se libérer de la tutelle des studios. Il préfère laisser les critiques parler du style de ses films, de leur importance relative : il n’est pas un théoricien, mais l’artisan d’un cinéma, réaliste, sur des sujets contemporains. Il s’autorise à modifier l’ouvrage dont il a acheté les droits, mais respecte le scénario, fait répéter les acteurs. Il surveille la photo, mais laisse passer des imperfections, « comme dans la vie ». C’est sur le plateau qu’il décide des angles, de la lumière, de la profondeur de champ, des mouvements de caméra… Et le temps qui passe, avec l’avancée des techniques, apporte nécessairement des changements sur la manière de filmer… La « femme dangereuse », c’est Annette Michelson qui a réussi à pousser Otto Preminger dans ses retranchements (avec des extraits d’Angel Face et de The Cardinal).

Actualités : reportage TV sur le tournage du film dans l’état du Michigan (5’). « Les cinéastes envahissent le Michigan ! » annonce le reportage sur l’arrivée en gare d’une petite ville, aux petites heures d’un matin d’hiver, du train d’où descendent James Stewart, Lee Remick, Ben Gazzara et les équipes réunies pour le tournage du film, accueillis par Otto Preminger et une foule de curieux. Après un déjeuner avec le gouverneur du Michigan, commence la première répétition dans une salle d’audience.

Pour finir, la bande-annonce de 5 minutes, originale, dans un prétoire, avec plusieurs extraits de scènes.

Autopsie d'un meurtre

Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), bien définie, très stable, lumineuse, agréablement contrastée avec des noirs denses et un fin dégradé de gris, a été débarrassée de toute tache ou rayure avec un contrôle du bruit respectueux de la texture argentique.

Une restauration exemplaire opérée par Sony Pictures Entertainment pour l’édition Criterion de 2012.

Son - 5,0 / 5

Pour le son, un choix entre le mono d’origine, ici au format DTS-HD Master Audio 1.0, et un remixage DTS-HD Master Audio 5.1. Le remixage offre l’avantage d’une meilleure dynamique que celle de la piste mono, dont elle corrige l’excès de réverbération.

Les puristes pourront choisir la version mono, mais je recommande le mixage 5.1 qui n’a qu’un très léger effet immersif, sauf dans la scène de l’arrivée du train en gare à 133 minutes.

Là encore, un modèle de restauration !

Crédits images : © 1959, renouvelé 1987 Otto Preminger Films, Ltd. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 13 février 2020
Autopsie d’un meurtre révèle habilement, sans discours sanctimonieux, les failles ou, à tout le moins, les incertitudes de la justice qui peut condamner des innocents, acquitter des coupables. Un des grands courtroom dramas avec 12 hommes en colère. Une savoureuse cerise sur le gâteau : la fascinante partition originale de Duke Ellington !
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peggyxena
Le 30 avril 2018
encore une fois " annoncé langue française entre mêlée d'anglais sous titrée français " ou est donc le sérieux des firmes de cinema

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