Nous sommes tous des assassins (1952) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par André Cayatte
Avec Marcel Mouloudji, Raymond Pellegrin et Antoine Balpêtré

Édité par Gaumont

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Le 18/02/2020
Critique

Film noir policier dénonçant d’une manière vigoureuse le système judiciaire français de 1950.

Nous sommes tous des assassins

Nous sommes tous des assassins (Fr.-Ital.1952) d’André Cayatte est le second titre de sa tétralogie judiciaire de 1950-1955. Cayatte poursuivit certes toute sa carrière assez régulièrement cette critique du système judiciaire français (Le Glaive et la balance en 1963, Les Risques du métier en 1967, notamment) mais cette tétralogie-là possède rétrospectivement une cohérence toute balzacienne, incarnée par un casting d’une richesse étonnante.

L’ignominie de la guillotine, abjection héritée de la révolution française de 1789 (à l’époque paradoxalement humanitaire car elle remplaçait des exécutions par des torture bien plus cruelles), est d’autant mieux montrée que Cayatte a l’intelligence de ne pas la montrer mais filme d’une manière inédite et précise ses atroces préparatifs. Au cours d’une conversation de café démentielle, on évoque d’autre part sans fard les trafics d’organes post-mortem : le spectateur contemporain sera sans aucun doute attentif à son actualité après les récentes et scandaleuses révélations sur l’état de conservation des cadavres dans les caves de l’université Paris-Descartes ! Quant à la thèse médicale annexe, soutenue par le médecin joué par Jean-Pierre Grenier, suggérant l’usage de la topectomie pour prévenir certains crimes, elle ne semble en revanche plus vraiment d’actualité bien qu’on y fasse davantage qu’une allusion, encore vingt ans plus tard, dans un film noir aussi important que Le Cercle noir (The Stone Killer, USA 1973) de Michael Winner.

Nous sommes tous des assassins

Le plus intéressant, au fond, demeure la description générale, d’une virulence syntaxique parfois stupéfiante, de la société de la France de Vichy puis de celle de la Quatrième République : il suffirait même d’assez peu de choses pour que certaines séquences néo-réalistes ou théâtrales (un peu influencées à certains moments par l’existentialisme sartrien qui régnait à l’époque en maître intellectuel : sous le brillant occasionnel des dialogues, ce soubassement philosophique me semble occasionnellement transparaître) relèvent franchement du cinéma d’un Luis Bunuel, tant elles sont parfois proches du surréalisme le plus authentique. On n’oublie pas la violence graphique des meurtres commis par le dégénéré admirablement joué par Mouloudji, ni l’érotisme agressif de sa soeur prostituée jouée par la mignonne Jacqueline Pierreux (et la non moins mignonne Yvonne Sanson dans la version italienne).

Il faudrait réunir un jour en coffret, pour la commodité des cinéphiles, les quatre titres composant cette tétralogie cayatienne des années 1950-1955: Justice est faite (1950), Nous sommes tous des assassins (1952), Avant le déluge (1953), Le Dossier noir (1955). On pourrait même songer à constituer un coffret plus ample comprenant l’ensemble des titres de Cayatte consacrés au thème de la justice et de son administration, intégrant des titres postérieurs de sa filmographie, notamment les deux que j’ai cités plus haut. Un tel coffret aurait une triple utilité : historique, sociologique et filmographique.

Nous sommes tous des assassins

Généralités - 3,0 / 5

1 Blu-ray BD50 multi-régions ABC, édité par Gaumont, le 20 novembre 2019. Image Full HD 1080p restaurée 2K, au format 1.37 N&B original respecté, compatible 16/9, son VF en DTS-HD Master Audio 2.0 mono + VFST pour sourds et malentendants. Durée du film : 117 min. environ. Suppléments : présentation par Noël Herpe, bande-annonce originale, module de restauration.

Bonus - 3,0 / 5

Présentation par Noël Herpe (2019, 16/9, 25 min. environ) : historiquement succincte mais intéressante, esthétiquement rapide, elle pointe bien certains aspects (la fin ouverte, par exemple). D’après les sources consultées, le rôle de la soeur prostituée Yvonne était tenu par la mignonne Jacqueline Pierreux dans la version française, par la non moins mignonne Yvonne Sanson dans la version italienne : il aurait fallu le mentionner car c’est un aspect qui rattache aussi ce film aux coproductions européennes des années 1930, outre la présence au générique de Charles Spaak bien signalée par Herpe.

Nous sommes tous des assassins

Bande-annonce (1.37 compatible 16/9, N&B, 4 min. 30 sec. environ) : intéressante par sa conception dynamique où le suspense est provoqué aussi par les slogans, voire même un simple mot emplissant l’écran puis devenant le fragment d’une phrase. Sans oublier qu’on y voit le protagoniste de l’affaire Guillaume Seznec parmi d’autres images documentaires d’autres faits divers criminels : cette affaire passionna Cayatte au plus haut point.

Module de restauration (N&B, 2 min. environ) : classique exemple de quelques séquences avant et après restauration technique et nettoyage.

Au total, honnête édition spéciale permettant d’appréhender correctement ce titre. Il lui manque juste une galerie affiches et photos d’exploitation françaises originales N&B non détourées ainsi qu’une galerie de critiques d’époque pour être réellement satisfaisante. On aurait pu songer à lui adjoindre en bonus la version italienne, à cause d’Yvonne Sanson, quitte à présenter une copie non restaurée, avec ses rayures et ses poussières. Même dans un flacon poussiéreux, son parfum serait demeuré intact.

Nous sommes tous des assassins

Image - 5,0 / 5

Format original 1.37 respecté en N&B, compatible 16/9 Full HD 1080p. Copie argentique parfaitement restaurée en 2K par le laboratoire Éclair en 2018. Transfert numérique préservant un équilibre impeccable entre grain et lissage. Dorénavant l’édition de référence en Full HD. Le logo Gaumont actuel, occupant les dix premières secondes précédant le générique d’ouverture, ne fait pas partie du métrage original : il faut les amputer de sa durée lorsqu’on établit une fiche technique. J’en profite pour préciser que les fiches techniques Unifrance et IMDB mentionnent systématiquement 115 min. alors que le titre dure en réalité 117 min. environ.

Son - 5,0 / 5

VF en DTS-HD Master Audio 2.0 mono + VFST pour sourds et malentendants. Piste sonore parfaitement restaurée elle aussi et très bien remastérisée. Parmi les acteurs, on reconnaît les voix célèbres de certains doubleurs de l’époque dont on voit ici les visages (le patron du bar que fréquente René, au début, dans le bidonville, par exemple). Excellents ST pour sourd et malentendants, intuitifs et bien répartis en fonction des dialogues : une constante des éditions vidéo numériques haute définition chez Gaumont.

Crédits images : © Gaumont

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

Moyenne

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francis moury
Le 19 février 2020
Film noir policier français dénonçant d’une manière vigoureuse le système judiciaire français de 1950. La thèse défendue a très mal vieilli mais la mise en scène frôle parfois le surréalisme par sa violence et sa sincérité.

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