Trauma (1976) : le test complet du Blu-ray

Burnt Offerings

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Dan Curtis
Avec Karen Black, Oliver Reed et Bette Davis

Édité par Rimini Editions

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Le 25/11/2019
Critique

Un des meilleurs films fantastiques de la période 1970-1980 sur le thème classique de la maison hantée.

Trauma

Trauma (Burnt Offerings, USA-Ital. 1976) de Dan Curtis (1927-2006) fut coproduit par Curtis lui-même avec la PEA italienne. Le titre original (« offrandes brûlées », littéralement) est bien plus beau que le titre français d’exploitation. Curieusement inédit au cinéma en France, en dépit de son succès critique dans les festivals européens y compris français, il avait été édité directement en VHS magnétique, à une époque où elles étaient souvent affublées de titres en un seul mot. Certaines idées et situations du scénario ont, de toute évidence, influencé La Sentinelles des maudits (The Sentinel, USA 1977) de Michael Winner (dans lequel Burgess Meredith joue dans le même registre mais un cran plus inquiétant) et Shining (USA 1980) de Stanley Kubrick.

On a un peu oublié qui fut Curtis mais, au tournant des années 1970, il était devenu un des producteurs les plus importants de la télévision américaine. Deux autres films fantastiques notables de Curtis parvinrent tout de même dans les cinémas français : La Fiancée du vampire (House of Dark Shadows, USA 1970) doté d’une belle photographie nocturne et Dracula et ses femmes vampires (Dracula, USA 1974) avec Jack Palance dans le rôle-titre. Le premier était un film cinéma adapté d’un épisode de sa propre série TV et le second était un téléfilm mais renforcé au montage de quelques plans supplémentaires davantage corsés pour l’exploitation cinéma européenne. C’était le haut de l’iceberg : un iceberg toujours méconnu et mal distribué chez nous, concernant sa section fantastique (cinéma comme TV) des années 1965-1975.

Trauma

Curtis explique dans le commentaire audio de l’ancienne édition DVD américaine qu’il avait lu le roman original dont il n’aimait pas la fin excessivement ouverte : il la modifia immédiatement après avoir acquis les droits d’adaptation du livre. L’idée plastique du chauffeur provient d’un souvenir d’enfance de Curtis, intégré plastiquement à la continuité dramatique. Curtis intégra son propre visage à ceux des médaillons contemplés par l’actrice Karen Black : le cinéaste Alfred Hitchcock n’avait pas, on le voit, le monopole du « caméo » dans l’histoire du cinéma. Quant à l’idée du père tuant presque son fils dans la piscine, elle provient d’un souvenir authentique raconté par le scénariste Charles Beaumont au scénariste William F. Nolan qui le transposa : la réalité nourrit souterrainement la fiction d’une manière constante à Hollywood.

La collaboration du cinéaste Eugène Lourié (1) , ici crédité à la direction artistique, confère aux décors (entièrement recréés en extérieurs réels, pas en studio) un style augmentant l’aspect déjà naturellement inquiétant de la véritable maison (Dunsmuir House, à Oakland en Californie). Elle était ici filmée pour la première fois mais servit de décor par la suite pour Phantasm (USA 1979) de Don Coscarelli et d’autres films de genres variés. Le directeur photo Jacques Marquette avait travaillé avec Roger Corman mais il ne s’entendit pas avec Curtis qui le remplaça en cours de tournage par Stevan Larner : l’unité photographique n’en souffrit cependant pas. Une partie du casting n’était pas, elle non plus, étrangère au cinéma fantastique. L’acteur Oliver Reed avait eu son premier très grand rôle dans La Nuit du loup-garou (The Curse of the Werewolf, GB 1961) de Terence Fisher et Bette Davis avait tourné des films fantastiques aux USA pour Robert Aldrich puis à Londres pour Jimmy Sangster dans les années 1960. Tous les deux étaient donc, de facto, d’anciens acteurs de la Hammer films anglaise.

(1) Ancien collaborateur de Jean Renoir et Marcel L’Herbier dans les années 1930, Lourié émigre ensuite aux USA. Il a signé plusieurs classiques du cinéma fantastique comme réalisateur : notamment le plastiquement si beau Gorgo en 1961. On lui doit la direction artistique de plusieurs films américains importants des années 1955-1975, par exemple celle du Shock Corridor de Fuller en 1963.

Trauma

Généralités - 5,0 / 5

édition collector combo : 1 Blu-ray BD50 + 1 DVD9 + bonus inédits + 1 livret, édités par Rimini le 08 novembre 2019. Image au format 1.85 respecté en couleurs, compatible 16/9, son VOSTF + VF en DTS-HD Master Audio 2.0 mono. Durée du film : 115 min. Suppléments vidéo: 3 entretiens avec le scénariste William F. Nolan, l’acteur Lee Montgomery, l’acteur Anthony James, 1 bande-annonce originale.

1 livret de Marc Toullec, 23 pages illustrées de documents N&B et couleurs. Il raconte la genèse du film (fournissant l’explication de la coproduction avec l’Italie), son tournage et sa réception critique américaine et européenne. Riche en citations (traduites de sources bibliographiques américaines soigneusement citées en fin de livret, page 23 ou empruntées au commentaire audio de l’édition américaine) on y apprend beaucoup plus de choses que dans les 3 entretiens vidéo. On peut certes discuter à l’occasion tel discret jugement de valeur de Toullec privilégiant, dans la carrière d’Eugène Lourié, ses collaborations artistiques avec Jean Renoir au détriment de son classique du cinéma fantastique Gorgo. Je pense que c’est, tout au contraire, à cause de sa carrière américaine, bien plus excitante que sa carrière française sur le plan filmographique, que le nom de Lourié appartient à l’histoire du cinéma et du cinéma fantastique, au premier chef. Lourié fut un élément évidemment non négligeable dans la réussite artistique de ce Curtis et Toullec a bien raison, quoiqu’il en soit, de le citer. Utiles aussi à connaître sur le plan esthétique, le récit et les citations relatives à la mésentente entre Dan Curtis (surnommé « monsieur contre-plongée ») et le directeur photo Jacques Marquette puis son remplacement par Curtis en cours de tournage par Stevan Larner.

Trauma

Bonus - 4,0 / 5

Trois entretiens provenant directement de l’édition américaine Blu-ray Kino Lorber de 2015, auquel on a rajouté une VOSTF pour le public francophone. Ils sont précédés d’un avertissement lui aussi traduit en VOSTF : ne surtout pas visionner ces entretiens avant le film, puisqu’ils en contiennent des extraits et en révèlent la continuité !

Entretien avec le scénariste William F. Nolan (16/9, VOSTF, 13 min. environ) : c’est le plus court mais le plus riche et le plus instructif des trois entretiens. Il fournit des informations sur la rencontre de Nolan avec le cinéaste et producteur Dan Curtis grâce à l’écrivain et scénariste Richard Matheson, sur la genèse du projet et son tournage. Hallucinantes anecdotes concernant la véritable maison hantée dans laquelle Dan Curtis avait vécu quelques temps, sur l’origine de la séquence de la piscine inspirée à Nolan par une histoire réelle que lui avait racontée le scénariste Charles Beaumont (bien connu de ceux qui s’intéressent à Roger Corman), sur la mort de la fille de Curtis survenue durant le tournage, dans des conditions assez analogues à celle interprétée d’une manière si impressionnante par Jacky Swanson au début de L’Arme fatale (USA 1987) de Richard Donner. Sans oublier une ultime anecdote très savoureuse sur Oliver Reed empêchant Bette Davis de dormir et sur la manière dont Curtis résolut le problème. A visionner absolument.

Entretien avec l’acteur Anthony James (16/9, VOSTF, 17 min. environ) : doté d’un physique qui ne pouvait qu’intéresser Hollywood, James joue le rôle impressionnant et cauchemardesque du chauffeur. On le voit dans divers autres extraits de films (notamment Dans la chaleur de la nuit) tandis qu’il évoque notamment ses souvenirs de ses bonnes relations avec Bette Davis durant le tournage. C’est l’entretien le plus long mais le moins intéressant relativement au film : James y parle environ la moitié du temps de sa vision du monde et de sa peinture.

Entretien avec l’acteur Lee Montgomery (16/9, VOSTF, 15 min. environ) : souvenirs très précis et anecdotes de première main sur le tournage (scène de la piscine avec Oliver Reed, etc.) auquel il participa étant jeune adolescent. Montgomery conserve un exemplaire, ici filmé, de la continuité dialoguée (du scénario, si on préfère ce terme moins technique) dédicacé par les vedettes : bel objet.

Bande-annonce originale (16/9, VO, 2min. 30sec. environ) : état argentique moyen mais format large bien respecté et assez efficace. Commentaire en voix-off standard mais savoureux : l’exemple d’une bonne bande-annonce des années 1970.

Au total, édition collector remarquable, en raison d’un livret remarquable comportant de nombreuses informations utiles, complétant largement les bonus vidéos, constituant pour leur part des documents de première main intéressants. Il manque certes une galerie affiches et photos mais on en trouve dans le livret.

Trauma

Image - 5,0 / 5

Format 1.85 original bien respecté en couleurs, compatible 16/9 Full HD 1080p. Copie argentique très bien restaurée : seules subsistent de très rares (on les compte sur les doitgs d’une main) poussières négatives ou positives éparpillées sur la longue durée d’un ensemble par ailleurs admirablement nettoyé. Excellente définition, couleurs vives, rendant hommage à la splendide direction artistique d’Eugène Lourié et à la très belle photo en couleurs, signée partiellement Jacques R Marquette (remplacé par Stevan Larner en cours de tournage) qui avait autrefois signé la non moins belle photo N&B du Un Baquet de sang (USA 1959) de Roger Corman. C’est le même master, du point de vue de l’image, que celui de l’édition américaine Blu-ray Kino Lorber sortie en 2015.

Trauma

Son - 5,0 / 5

VOSTF + VF en DTS-HD Master Audio 2.0 mono. La VF, assez savoureuse par elle-même, est une VF fabriquée à l’occasion de la sortie du film en VHS Secam car il demeura inédit au cinéma en France. Préférez la VOSTF car vous aurez les véritables voix d’Oliver Reed, de Bette Davis, d’Eileen Heckart (totalement trahies par la VF). Cela dit, les deux pistes techniques sont bien conservées et leur dynamique est même parfois surprenante de puissance. La VOSTF jouit d’un rapport dialogues-musique-effets sonores, évidemment mieux équilibré et nuancé que la VF. Le film avait été amputé de 7 minutes (la séquence nocturne entre Oliver Reed et Karen Black autour de la piscine puis le bref petit déjeuner du lendemain matin) dans son ancienne édition VHS Secam : elles sont ici réinsérées en VOSTF à leur place dans la VF.

Crédits images : © Rimini Éditions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 25 novembre 2019
Un des meilleurs films fantastiques de la période 1970-1980 sur le thème classique de la maison hantée.

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