Un Justicier dans la ville 2 (1982) : le test complet du Blu-ray

Death Wish II

Version Longue

Réalisé par Michael Winner
Avec Charles Bronson, Jill Ireland et Vincent Gardenia

Édité par Sidonis Calysta

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Le 27/11/2019
Critique

Film noir policier ultra-violent conçu en forme de spirale cauchemardesque.

Un justicier dans la ville 2

Un justicier dans la ville 2(Death Wish II, USA 1981) de Michael Winner est une suite intelligente du titre de 1974. L’action étant déplacée de New York à Los Angeles, on aurait pu l’intituler « Le Justicier de Los Angeles ». Elle maintient tout du long une construction rigoureuse du scénario, une tension constante du montage, une montée en puissance du suspense qui ne se relâche pas un instant : la qualité Winner de la période 1970-1980 y est presque intacte en dépit d’un budget légèrement restreint par des producteurs de série B et non plus de séries A. L’ultime contribution de Winner à la série, Le Justicier de New York (Death Wish 3, USA 1985) contiendra encore d’intéressantes séquences mais sera franchement inférieure, souffrant de certaines ruptures de ton.

Excroissance classique et baroque à la fois, Un justicier dans la ville 2, sorti à Paris 10 mars 1982, adopte la forme d’une spirale dosant d’une façon pertinente les allusions à l’original de 1974. Première grande différence entre le titre de 1974 et la suite de 1981 : les thèmes de la culpabilité et du remord y sont déplacés. Paul Kersey n’éprouve plus aucun remord. Mieux : un des policiers , conscient de la justesse de son combat, se sacrifie afin de lui permettre de triompher. Paul Kersey est donc - en dépit de la même incapacité fondamentale de la police à protéger la ville (voir la séquence presque comique de l’arrestation du chef du gang) - davantage chez lui à Los Angeles qu’à New York. Il est réconcilié avec l’esprit de son temps. La journaliste jouée par Jill Ireland (bonne comédienne injustement méprisée) est intéressante car emblématique de l’incapacité pseudo-intellectuelle face au mal. Son cheval de bataille médiatique est, en effet, que le mal n’existe pas et que les criminels pourront tous être réhabilités.

Carol, la fille de Paul Kersey (ici jouée par la belle Robin Sherwood) est le personnage secondaire le plus intéressant en dépit de son apparente fonctionnalité. Promise au viol, au meurtre, au sacrilège, à la répétition hallucinée d’une même scène de film en film, Carol est une sorte de personnage compulsif dans le scénario. Le viol initial est ici non seulement physiquement doublé mais encore triplé par un viol symbolique (son éventration finale sur les pointes d’une grille). Carol a, en raison de ces viols répétés, le même degré charnel de connaissance du mal que son père mais elle est « patiente » au sens étymologique du terme (elle subit jusqu’à l’autodestruction) tandis que Kersey est « agent » : il la venge activement, efficacement. D’autant plus que les effets visuels des meurtres pratiqués par Kersey sont à la fois classiques dans le film noir policier américain de l’époque mais tout de même remarquables par leur insistance sur un point précis. Les criminels sont percés, secoués, par l’impact du coup de grâce. Kersey le tire (avec un pistolet semi-automatique Beretta calibre 380 ACP = 9 x 17 mm) systématiquement et l’agonisant est violé à nouveau par la balle, tressaute encore une fois. La répétition obsédante de cette pratique est certes justifiée par le scénario réaliste du film : quand on blesse un homme armé qui peut riposter jusqu’à la dernière seconde, il faut assurément l’achever sous peine de risquer d’être tué à son tour. Mais on ne peut s’empêcher de penser que Kersey pratique ainsi, symboliquement, une équivalence du coït qui vengerait celui subi par sa fille.

Un justicier dans la ville 2

La puissance phallique de Kersey qui semble d’autre part visuellement renforcée par le travestissement qu’il opère chaque nuit : son ombre s’agrandit car ses vêtements de pauvre sont plus amples; son bonnet renforce et rehausse sa silhouette; il marche comme un fauve prêt à bondir et approche d’ailleurs de sa proie comme un félin (scène de l’entrepôt, du parking). Les criminels sont montrés, par comparaison, comme des êtres certes très dangereux mais fondamentalement enfantins si on songe à la définition que Freud donnait des enfants : des « pervers polymorphes », rétifs à la morale, voulant réaliser leurs désirs les plus fous et les plus cruels tant que la civilisation ne les a pas dressés, urbanisés (l’expression « violence urbaine » est, de ce point de vue, une contradiction dans les termes). Ils deviennent, in extremis, presque féminins dans la mesure où Kersey les domine aisément, les surprend, les « possède » comme le dit l’argot américain du dialogue (« Did you get him ? » = « Est-ce que tu as réussi à le tuer, à l’achever ? » demande Ochoa à Kersey). Ces criminels enfantins deviennent donc, en fin de compte, les proies d’une scène primitive : ils ne résistent pas au rapt du mâle prédateur.

3 minutes du métrage original (le viol de Rosario) ne furent révélées que des années plus tard par les chaîne câblées nocturnes au spectateur anglo-saxon. Le spectateur français y avait eu droit, pour sa part, dès la première semaine d’exclusivité parisienne : Un justicier dans la ville 2 stupéfia par cette débauche de scènes insoutenables. On hésitait : la scène finale de l’asile d’aliénés n’était-elle pas, au fond, trop « démente » elle-même pour être prise au sérieux ? Ceux qui pensaient cela à l’époque peuvent se détromper : la scène est absolument sérieuse. Le spectateur populaire le savait bien qui l’appréciait en raison de sa force terrifiante, de la virtuosité plastique de son montage, de son hallucinante tension (sans mauvais jeu de mot puisque la tension du courant électrique y joue un rôle non négligeable). Tension relancée par l’ombre finale - assez expressionniste - de Kersey sur la ville, par les coups de feu qui y font écho abstraitement et par les plans aériens d’ensemble, aux grands angles démesurés et fous, d’une Los Angeles définitivement plongée dans une nuit sauvage.

Un justicier dans la ville 2 adopte la forme d’une spirale construite autour du thème de la reconnaissance dans les deux sens, philosophique et policier, du terme. Nuit après nuit, Kersey veut en effet deux choses : identifier physiquement les visages des membres du gang afin de les tuer mais aussi, ce faisant, regagner l’estime de lui-même et de la société (les victimes qu’il sauve dans le parking, le gardien de l’asile dont il purge le criminel le plus dangereux, l’inspecteur new-yorkais dont il vengera la mort). Nuit après nuit, Kersey s’enfonce dans un monde halluciné, quasi-fantastique, à la fois stupéfait et stupéfiant : les arrières-plans sont remarquables par le soin apporté aux attitudes des figurants, à leur mobilité ou à leur immobilité cauchemardesque. Une nuit chaude, presque foetale, qu’il arpente, dont il relève la topographie (au dire des américains ayant vécu à Los Angeles, le film en restitue très bien l’atmosphère nocturne à cette période) et qu’il passe au crible d’une obsession, d’une pensée unique.

Un justicier dans la ville 2

Généralités - 5,0 / 5

1 édition 1 Blu-ray éditée par Sidonis Calysta le 26 octobre 2019. Image au format 1.85 couleurs compatible 16/9, son VOSTF + VF en DTS-HD Master Audio 2.0. mono. Durée du film : 88 min. Suppléments : featurette sur le tournage avec Charles Bronson, Jill Ireland, Robin Sherwood, Michael Winner (7min.), contre-critique du film de « vigilante » (durée 55 min. environ), bande-annonce originale.

Bonus - 3,0 / 5

Il n’était pas difficile de faire mieux que sur l’ancienne édition DVD française Gaumont Columbia Tristar qui ne comportait strictement aucun supplément. Cette édition Sidonis en comporte trois.

Sur le tournage (4/3, VOSTF, durée 7 min. environ) : image argentique médiocre mais document d’histoire du cinéma de première main et très intéressant puisque on y voit Winner diriger Bronson, Jill Ireland, Robin Sherwood en pleine rue de Los Angeles, lors de la séquence où le gang apparaît pour la première fois. Jill Ireland y décrit succinctement mais précisément la méthode de tournage de Winner sur le plan technique : elle connaissait bien la technique cinématographique. Winner y confirme qu’il préfère tourner en extérieurs qu’en studio. Sur le sujet du film et sa signification, rien de nouveau sous le soleil (de Los Angeles) à attendre du cinéaste qui a d’autres chats à fouetter (à diriger) pendant qu’on l’interroge vaguement sur la nécessité de refaire une suite en 1982 à un film de 1974. C’est le plus important et le plus intéressant de ces trois suppléments.

Contre les critiques du film (16/9, VOSTF, durée 55 min. environ) : amusante mais parfois très lourde et pesante analyse d’une émission de TV anglaise de 1981 ou 1982 dans laquelle Winner avait été confronté à deux imbéciles critiquant la violence de son film et auxquels il avait répondu par les arguments évidents et habituels. On y a joint quelques fragments de la featurette sur le tournage, pour faire bonne mesure. Et même une quinzaine d’informations (numérotées de 1 à 15 mais sans que l’ordre numérologique corresponde à un degré d’importance particulière) sur le film, rassemblées à la fin. Évidemment, de très nombreux extraits en sont montrés. Tout cela demeure anecdotique et souvent très vulgaire mais on peut tout de même y grappiller quelques informations, y voir un disque 33T de la bande sonore, y apercevoir quelques photos de plateau N&B et couleurs, quelques photos de tournage. L’ensemble est néanmoins sympathique par la volonté de défendre le cinéma de Winner.

Bande-annonce originale (16/9, VO, durée 1 min. 50 environ) : image argentique en état moyen mais format large et bon montage. Commentaire en voix-off standard. Sa longueur plus raisonnable renforce son efficacité.

On aurait pu rajouter une galerie affiches et photos mais cette honorable édition spéciale marque une pierre blanche dans l’histoire de l’exploitation vidéo du titre, enfin jugé digne de recevoir des suppléments.

Un justicier dans la ville 2

Image - 5,0 / 5

Format 1.85 respecté et compatible 16/9, couleurs et compatible Full HD 1080p. Matériel argentique très bien restauré (seules une ou deux infimes poussières négatives ou positives subsistent : tout le reste est nickel), excellent transfert vidéo. C’est pratiquement la même image que celle de l’ancienne édition américaine Blu-ray MGM (dont le logo est ici bien évidemment conservé) de 2012 ou que celle de l’édition Blu-ray américaine Shout Factory de 2016 qui comportent toutes les deux les 3 minutes censurées en Angleterre mais visibles d’origine au cinéma en France. Sur l’ancien DVD français Gaumont Columbia Tristar, le générique et le début souffraient d’un certain piquage correspondant à la durée de la première bobine argentique 35mm. Par la suite ce problème s’estompait mais on notait en outre des effets de rémanence dans les scènes de nuit. Tout cela est bien réparé dans dans cette édition Blu-ray Sidonis. On retrouve enfin une définition précise, un contraste (des noirs bien noirs) net et des couleurs soignées (le travail baroque et parfois très inspiré du grand Richard H. Kline) : la copie comme le transfert sont à la hauteur.

Un justicier dans la ville 2

Son - 5,0 / 5

VOSTF et VF d’époque : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. La musique de Jimmy Page, issu du groupe Led Zeppelin, est parfois réussie et angoissante : elle existe d’ailleurs en CD séparé aux U.S.A. Jimmy Page signera aussi l’assez bonne musique (cependant un cran inférieure) de Le Justicier de New York. L’équilibrage des dialogues avec la musique et les effets sonores de la VO comme de la VF d’époque sont satisfaisants mais le doublage français est un peu inférieur à celui du titre de 1974.

Crédits images : © Sidonis/Calysta

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 28 novembre 2019
Film noir policier ultra-violent, moins réaliste que celui de 1974, mais esthétiquement construit comme une spirale cauchemardesque.

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