Mutations (1974) : le test complet du Blu-ray

The Mutations

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Jack Cardiff
Avec Donald Pleasence, Tom Baker et Brad Harris

Édité par Rimini Editions

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Le 25/11/2019
Critique

Un film fantastique anglais rare des années 1970, oscillant entre science-fiction et hommage à Tod Browning.

Mutations

Mutations (The Freakmaker, USA-GB 1974) de Jack Cardiff était inédit chez nous au cinéma. Il appartient à la période 1970-1980 de l’histoire du cinéma fantastique anglais : période inégalement distribuée en France et, pour cette raison, encore assez mal connue aujourd’hui, quelques titres majeurs mis à part.

Produit avec des capitaux américains, ce titre fut entièrement tourné à Londres. Il oscille entre science-fiction (thème du savant fou, thème des manipulations génétiques) et fantastique (musée de cire, hommage au Freaks, la monstrueuse parade de Tod Browning dont le dialogue cite telle quelle une réplique : « he is one of us »). Sa mise en scène hésite, pour sa part, entre syntaxe moderne des années 1970 et syntaxe ancienne des années 1930-1940. Les monstres eux-mêmes (plantes carnivores géantes, hommes végétaux, femmes végétales, le complice du professeur Nolter) ressemblent d’assez près à certains monstres plus anciens du cinéma américain et anglais : les plantes carnivores rappellent celles cultivées par le savant fou joué par Michael Gough dans le plastiquement si mignon Konga (GB 1961) sans parler de celle de La Petite boutique des horreurs (USA 1960) de Roger Corman. Le complice monstrueux du Dr. Nolter est coiffé d’un chapeau qui rappelle beaucoup celui du monstre dans Musée de cire (Mystery of the Wax Museum, USA 1933) de Michael Curtiz et son remake L’Homme au masque de cire (House of Wax, USA 1953) d’André DeToth. Le musée de cire que traverse une des victimes provient évidemment aussi en ligne directe de ces titres qui eux-mêmes remontent à des origines muettes expressionnistes allemandes plus lointaines encore. Ces oscillations entre le genre fantastique et sa catégorie science-fiction, entre drame et ironie occasionnelle, entre esthétique classique (relevant parfois du cinéma muet) et moderne, peuvent être une source de déception mais elles rendent ce titre, à défaut d’être réellement satisfaisant, historiquement intéressant.

Mutations

Son casting est typique du cinéma fantastique anglais de cette période mais aussi typique du cinéma-bis de la période 1960-1975 : côté féminin, Jill Haworth avait joué jeune fille en 1960 dans Les Maîtresses de Dracula de Fisher et dans Exodus de Preminger mais demeure surtout à nos yeux la belle vedette de La Tour du diable (Tower of Evil, USA-GB 1972). Julie Ege avait été la vedette d’un curieux film préhistorique produit par la Hammer : Creatures the World Forgot (GB 1971) de Don Chaffey sans oublier son rôle dans La Légende des 7 vampires d’or (GB-HK 1974) de Roy Ward Baker, cet autre Hammer Film si curieux et si historiquement intéressant ! Côté masculin, la donne n’est pas moins savoureuse : Donald Pleasence joue un savant fou si sobre qu’il devient paradoxalement très inquiétant; le sculptural Brad Harris est aussi à l’aise en biologiste qu’il l’était autrefois en gladiateur antique ou en commissaire X d’Interpol; le nain Michael Dunn (un des plus célèbres de l’histoire du cinéma mondial et de l’histoire de la télévision) sans oublier quelques authentiques phénomènes, crédités au générique sous leur nom de scène ou sous leur nom véritable.

Il faut, à mon avis, rendre le producteur-scénariste Robert Weinbach responsable au premier chef du relatif échec esthétique et thématique du film : il visait deux choses inconciliables qu’il n’a pu, de facto, concilier. On ne pouvait, en effet, pas prétendre faire un film de science-fiction rendant un hommage au Freaks, la monstrueuse parade de Browning. C’est pourtant ce qu’il a absolument voulu faire : le cinéaste Jack Cardiff, ici simple exécutant technique, n’a pu que s’incliner en surveillant notamment la photographie, son ancien métier. Certains penseront que c’est, au contraire, cette visée, assurément surréaliste, de Weinbach qui donne au titre son véritable intérêt.

Mutations

Généralités - 4,0 / 5

Edition collector comportant : 1 Blu-ray + 1 DVD + 1 livret, édités par Rimini le 26 octobre 2019. Image au format 1.37 couleurs compatible 16/9, son VOSTF + VF d’époque en DTS-HD Master Audio. Durée du film : 92 min. Suppléments vidéo : entretiens avec Jack Cardiff, Robert Weinbach et Brad Harris.

1 Livret de Marc Toullec, 20 pages illustrées affiches et photos plateau et tournage, couleurs + N&B. Travail documenté, comprenant des citations d’entretiens avec le cinéaste, le producteur et de nombreuses informations d’histoire du cinéma sur les acteurs, complétant bien les entretiens filmés insérés en bonus vidéo. On y apprend par exemple qui était l’acteur Tom Baker, inconnu chez nous mais célèbre au Royaume-Uni pour avoir incarné le Dr. Who à la télévision. Sur la mignonne Julie Ege et sur Brad Harris, bons paragraphes. Sur la non moins mignonne Jill Haworth, un peu plus léger en revanche. La question du format original de l’image n’est abordée nulle part (y compris par Jack Cardiff, cinéaste qui est pourtant aussi un directeur photo chevronné) alors qu’elle se pose évidemment. Voir plus bas, in section « image ».

Mutations

Bonus - 5,0 / 5

Comment créer un monstre (16/9, VOSTF, durée 25 min. environ) : entretiens avec le producteur et scénariste Robert Weinback, avec le réalisateur Jack Cardiff, avec l’acteur Brad Harris. Les trois entretiens sont très savoureux et intéressants. J’ai cependant un peu de mal à croire Weinback lorsqu’il assure que le film a coûté 400 000 US$. Cardiff explique pourquoi il n’est pas tout à fait satisfait du montage, les raisons du choix (irréaliste mais signifiant) de la dominante violette utilisée dans le laboratoire de Nolter. L’acteur Brad Harris, bien connu des cinéphiles admirateur de la série B des années 1960, raconte comment il a débuté au cinéma.

Bande-annonce (1.77, 16/9, VO, durée 2 min. environ) : pas tout à fait au format large 1.85 qu’elle prétend reproduire et, pour cette raison, aux couleurs délavées sur certains plans. Etat argentique moyen.

Au total, si on ajoute le livret, une honorable édition collector.

Notons qu’il existe une édition collector DVD américaine de 2005 contenant de plus amples suppléments vidéo puisqu’elle était munie d’un commentaire audio du producteur, du réalisateur, et de l’acteur Brad Harris (raison pour laquelle ils sont aussi réunis dans l’entretien qui est également inclus dans cette édition), de nombreuses galeries affiches, photos et documents divers : elle explique d’ailleurs la mention de l’année 2005 sur la bande-annonce ici reproduite.

Mutations

Image - 4,0 / 5

Format couleurs compatible 1.37 compatible 16/9 Full HD 1080p. Il existe aussi un master 1.78 compatible 16/9 sur le DVD américain collector édité par Subversiv en 2005. J’en déduis qu’on se retrouve dans la situation classique du cadrage original compatible télévision (1.37 image plus haute, ici adopté) et cinéma (si on opte pour un télécinéma 1.85 image plus large, presque adopté par le DVD américain mais légèrement recadré en 1.78) : cas fréquent de dédoublement 1.37 / 1.85 dont Psychose (USA 1960) d’Hitchcock est l’exemple le plus célèbre en vidéo numérique puisque certains masters adoptent l’un ou l’autre, selon les cas. Quel était le cadrage préféré par Cardiff pour la projection ? That is the question… à laquelle je n’ai pas de réponse car personne ne semble avoir eu l’idée de lui poser ! Personnellement, j’aurais préféré la version large 1.85 même si celle-là est en très bon état. La note de cette section baisse d’un cran à cause de ça mais soyons bon prince tant les couleurs, la définition et le rapport grain-lissage sont soignés. Copie argentique bien restaurée et très bon transfert numérique (sous réserve de la question du format initial). Bonne restitution du travail sur les couleurs dans les séquences du laboratoire. La séquence générique est filmée en macro-cinéma et plans accélérés d’une manière très précise : ce type d’images était alors plutôt réservé aux documentaires scientifiques mais leur popularité s’accentuait grâce à la télévision qui en faisait un usage assez régulier. A noter que le générique mentionne le titre international à l’exportation (celui préféré par le producteur mais que le distributeur cinéma de l’époque n’adopta pas) : The Freakmaker.

Mutations

Son - 4,0 / 5

VOSTF + VF d’époque en DTS-HD Master Audio 2.0 mono. La VF est celle d’une édition vidéo ancienne car le film fut inédit au cinéma chez nous. Elle ne débute vraiment qu’à la 13ème minute car le premier éditeur français avait négligé de doubler les 12 premières minutes : raison pour laquelle elle sont présentée en VOSTF par cette édition Rimini qui en prévient le spectateur au démarrage du disque. La piste originale anglaise aux normes techniques de l’exploitation cinéma, est, évidemment, en meilleur état technique que la piste française cependant dénuée de défauts gênants et assez savoureuse. Musique curieuse de Basil Kirchin, hésitant entre plusieurs esthétiques musicales.

Crédits images : © Rimini Éditions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 25 novembre 2019
Un film fantastique anglais rare des années 1970, oscillant entre science-fiction et hommage à Tod Browning.

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