Le Vent nous emportera (1999) : le test complet du Blu-ray

Bad ma ra khahad bord

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Abbas Kiarostami
Avec et Behzad Douarni

Édité par Potemkine Films

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Le 10/09/2020
Critique

Le tournage d’un documentaire sur le rituel funéraire dans une vallée du Kurdistan iranien est loin de se dérouler comme prévu par une équipe de télévision.

Le Vent nous emportera

Bezhad, réalisateur pour la télévision, est parti de Téhéran avec son équipe pour rejoindre, à 700 kilomètres de là, Siah Dareh, un village du Kurdistan iranien, pour y filmer, sans le révéler aux villageois qui le prennent pour un « ingénieur en communication », un rituel funéraire très particulier - les femmes se griffent le visage jusqu’au sang pour exprimer leur douleur - à l’occasion de la mort annoncée d’une femme presque centenaire, une « mauvaise malade », selon le médecin local : six jours ont en effet passé et la vieille dame est toujours en vie ! La prolongation inattendue du séjour permet à Bezhad de faire plusieurs rencontres qui vont le changer. Tant pis si son équipe, lassée d’attendre, a repris la route de Téhéran…

Le Vent nous emportera (Bad ma ra khahad bord) trois fois salué à la Mostra de Venise, par le Prix CinemAvvenire, par le Prix FIPRESCI et par le Grand Prix spécial du jury, est une nouvelle oeuvre naturaliste, très originale, dans la filmographie d’Abbas Kiarostami, élaborée selon ses recettes privilégiées, avec des acteurs non professionnels (à la seule exception de celui qui tient le rôle de Bezhad), en décors naturels, ici dans une vallée fertile entourée de montagnes, filmée avec des mouvements de caméra simples : quelques travellings avant depuis la voiture et de lents panoramiques.

« Confie tes lèvres repues de la chaleur de la vie aux caresses de mes lèvres amoureuses, et le vent nous emportera ». Cet extrait d’un poème de Forough Farrokhzâd (1934-1967) a inspiré le titre du film qui a pour cadre principal un village fantastique, accroché au flanc d’une colline escarpée, dans lequel on se déplace, de terrasse en terrasse, par de courtes échelles. Une sorte de labyrinthe dans lequel le spectateur finira par pouvoir s’orienter.

Le Vent nous emportera comporte de nombreuses scènes en temps réel, certaines plusieurs fois répétées, comme celles où Bezhad, quand on l’appelle de Téhéran, doit courir à sa voiture, puis grimper jusqu’au cimetière, au sommet d’une colline, pour capter le signal.

La difficulté de communication est le thème central du film. Si Bezhad peine, pour des raisons techniques, à nouer le dialogue avec ses commanditaires, il reste, pour des raisons culturelles (et linguistiques, car il ne connaît pas le kurde), un étranger distant vis-à-vis des villageois, jusqu’à ce que, peu à peu, rencontre après rencontre, il finisse par comprendre leur mode de vie et que naisse avec eux un réel échange.

Le Vent nous emportera, une oeuvre majeure d’Abbas Kiarostami (finement analysée par Charles Tesson dans le numéro des Cahiers du cinéma paru en 2002), était depuis longtemps introuvable en vidéo. On appréciera donc sa réédition par Potemkine Films et MK2, la première en haute définition, en même temps que celle de Le Goût de la cerise (Ta’m e guilass, 1997) qui remporta la Palme d’or en 1997.

Le Vent nous emportera

Généralités - 3,0 / 5

Le Vent nous emportera (118 minutes) et ses généreux suppléments 165 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, pour cette édition combo, en compagnie d’un DVD-9, dans un digipack non fourni pour le test, effectué sur le seul Blu-ray.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale en kurde et en farsi, avec sous-titres optionnels, au format audio DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Bonus - 5,0 / 5

Le film vu par Agnès Devictor (24’, un entretien conduit par Natacha Missoffe, La Bête lumineuse, 2020). Le Vent nous emportera est un « film charnière » dans l’oeuvre d’Abbas Kiarostami, le dernier qu’il tournera en 35 mm avec une lourde équipe technique. Le tournage du film n’a pas été facile : Kiarostami n’a pas pu tisser des liens suffisamment étroits avec les villageois, accaparés par les moissons et la rentrée scolaire. « Inscrit dans un cadre réel », comme ses autres films, Le Vent nous emportera a pourtant été tourné dans deux villages différents. Le tournage commence un an après l’arrivée au pouvoir d’un réformateur, l’ex-ministre de la culture Mohammad Khatami. L’assouplissement de la censure permet à Kiarostami d’insérer trois scènes qui auraient, un an avant, été systématiquement censurées : celle où la tenancière de la maison de thé, mère de neuf enfants, évoque son « troisième travail », les relations sexuelles avec son mari ; celle où Bezhad se rase, geste inconvenant, surtout devant une femme ; et celle où il récite, dans l’obscurité, une poésie érotique à une jeune fille. Un particularisme de Kiarostami, le recours au hors champ « qui dynamise le désir de voir du spectateur » : on entend les techniciens qui accompagnent Bezhad mais on ne les voit jamais, pas plus que d’autres personnages, pourtant importants. Des objets, un bol de soupe, une pomme… deviennent des vecteurs de communication qui vont aider Bezahd à changer son regard sur le village et ses habitants, à susciter « son éveil à la vie ». Le Vent nous emportera est « un film sur l’apprentissage de la vie. »

Une intéressante analyse du film par Agnès Devictor, maître de conférences dans l’UFR Histoire de l’Art et Archéologie de l’Université de Paris 1, enseignante du cinéma iranien à l’INALCO, coauteur avec Jean-Michel Frodon de Abbas Kiarostami (sortie annoncée par Gallimard pour le 2 décembre 2020).

Leçon de cinéma d’Abbas Kiarostami (51’, 4/3, 1080i, AVC, MK2, 2002) est divisé en six chapitres. 1. Comment trouver le chemin de l’enfance, le chemin de la société, le chemin et le film : « Le chemin le plus droit est le chemin le plus court, mais les dédales et les virages me semblent représenter l’essence de notre mouvement (…) pour nous les orientaux. » 2. Comment habiter le village, le village et l’étranger, le village et la femme, le village et le film : Kiarostami commente la découverte du village par Bezhad qui intrigue ses habitants, affairés à stocker leurs provisions pour les six mois d’hiver. 3. Comment construire la réalité cinématographique : il a fallu une journée de préparation pour tourner la trajectoire sinueuse d’une pomme « pour que les choses anodines s’offrent mieux au regard » ; la maison de thé est une « tricherie » pour amener une conversation sur le rôle de la femme. Kiarostami privilégie les décors réels, embellis par la photo, et préfère la simplicité naturelle des panoramiques à la complexité des travellings latéraux. Le cinéma « doit montrer la vie » qu’il a trop souvent tendance à détruire, à rendre artificielle. 4. Comment trouver les liens : « le cinéma, en montrant trop, ne montre plus rien » ; il doit poser des questions plutôt qu’apporter des réponses, « comme une page restée blanche dans un livre », faire croire à des choses sans les montrer, stimuler l’imagination du spectateur, laisser le voile sur des secrets, sur les relations entre les hommes et les femmes. 5. Comment appréhender la mort : les couleurs du printemps, l’époque du rut, l’arrivée d’un nouveau-né font contraste avec la mort de la vieille femme, comme l’arbre mort du cimetière avec ceux qui l’entourent. « Croire à la mort est très difficile » conclut le réalisateur.

Un document passionnant. Dommage que les plans de Kiarostami soient légèrement étirés en hauteur.

Une semaine avec Kiarostami, documentaire de Yuji Mohara (90’, 1.33:1, 1080i, AVC, Slow Hand, 1998). Une équipe japonaise filme le tournage pendant sept jours : 1. La pomme, 2. Une journée ensoleillée, 3. Règle, 4. Zigzag, 5. Repérages, 6. Préparation, 7. Prise. Ce suivi du tournage souligne le soin minutieux apporté par Abbas Kiarostami aux détails, son attention aux dialogues qui ne doivent pas « faire cinéma », et au scénario qu’il ne révèle qu’au jour le jour aux acteurs, pendant les répétitions. On assiste à la mise en scène d’un plan dans une rue, à la préparation, puis au tournage d’une séquence dans la forêt…

Le Vent nous emportera

Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), après restauration en 4K, a été débarrassée de toute trace de détérioration de la pellicule. Très stable, finement résolue, elle propose une délicate palette de couleurs naturelles. Le contrôle du bruit s’est arrêté juste à temps pour ne pas dénaturer la texture argentique du dernier film tourné en 35 mm par Abbas Kiarostami.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono, très propre lui aussi, restitue clairement les dialogues en donnant une réelle présence à l’ambiance à laquelle le réalisateur accordait une grande importance : au bruissement des feuilles de la forêt, au clapotis du ruisseau, aux aboiements, aux bêlements, au chant des oiseaux….

Crédits images : © MK2

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 10 septembre 2020
Le Vent nous emportera, une œuvre majeure d’Abbas Kiarostami, était depuis longtemps introuvable en vidéo. On apprécie donc sa réédition, par Potemkine Films et MK2, la première en haute définition, enrichie d’un complément inédit.

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