Phase IV (1974) : le test complet du Blu-ray

Édition Coffret Ultra Collector - Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Saul Bass
Avec Nigel Davenport, Michael Murphy et Lynne Frederick

Édité par Carlotta Films

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Le 02/12/2020
Critique

Encore inédit en vidéo, voici le seul long métrage réalisé par Saul Bass, le génial créateur de génériques. À découvrir !

Phase IV

Le comportement agressif de colonies de fourmis a entraîné l’évacuation des habitants d’une partie de l’Arizona. Deux chercheurs ont été dépêchés sur place. Leur mission : observer le comportement des insectes pour trouver la bonne parade à une dévastatrice invasion.

Phase IV est l’unique long métrage réalisé par Saul Bass, le créateur inspiré de génériques de près d’une soixantaine de films, tels Carmen Jones (1954) et Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder, 1959) d’Otto Preminger, Sueurs froides (Vertigo, 1958), La Mort aux trousses (North by Northwest, 1959) et Psychose (Psycho, 1960) d’Alfred Hitchcock.

Mayo Simon, auteur de deux autres scénarios de science-fiction, Les Naufragés de l’espace (Marooned, John Sturges, 1969) et Les Rescapés du futur (Futureworld, Richard T. Heffron, 1976) a signé celui de Phase IV, un mix de deux genres souvent associés, la science-fiction et l’horreur.

Phase IV

Le centre de recherche installé sous un dôme métallique abrite une quantité impressionnante de machines, ordinateurs, lecteurs de bandes magnétiques, imprimantes, toutes sortes d’appareils aux façades couvertes de rangées d’interrupteurs, d’oscilloscopes, de diodes, de potentiomètres… rappelant les équipements informatiques des entreprises pendant les années 70, souvent reproduits au cinéma, préfigurés par Stanley Kubrick en 1968 dans 2001 : l’odyssée de l’espace.

Phase IV, dans son registre de l’horreur, choisit de ne montrer aucun monstre. Les fourmis de l’Arizona ne sont pas atteintes du gigantisme qui a transformé celles imaginées par Gordon Douglas en 1954 pour Des monstres attaquent la ville (Them). Ce sont des fourmis tout ce qu’il y a d’ordinaire, filmées par Ken Middleham, spécialiste des documentaires animaliers. Pas besoin d’effets spéciaux pour susciter la peur : les fourmis, prises individuellement, sont inoffensives (quoique leur morsure ait entraîné une méchante infection de la main d’un des scientifiques). Le danger tient à leur faculté à communiquer entre elles pour créer une intelligence collective aux pouvoirs dévastateurs.

Phase IV avait été bien reçu en France lors de sa sortie en salles en 1975, avec une reprise en 2017, mais, curieusement, restait absent de nos catalogues vidéo. C’est pourtant un film à ne pas oublier, pour l’originalité de son scénario et ses qualités formelles. Et c’est aussi une curiosité, le seul long métrage d’un créateur inspiré qui a laissé, pendant près d’un demi-siècle, une marque indélébile dans l’industrie du cinéma.

On saluera donc chaleureusement cette première édition par Carlotta Films, un hommage justifié à un artiste unique.

Phase IV

Généralités - 4,0 / 5

Phase IV (83 minutes) et ses suppléments (178 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50, inséré, dans cette édition combo, en compagnie d’un DVD-9, dans les couvertures d’un mediabook.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Le livre de 200 pages, abondamment illustré, est l’oeuvre de Frank Lafond, universitaire, auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma, dont le Dictionnaire du cinéma fantastique et de science-fiction (Vendémiaire, 2014). Le premier chapitre, Saul Bass ou la double vie, présente l’homme, retrace ses débuts, sa conception du générique qui doit permettre « d’identifier le film », souligne la diversité de ses activités, films publicitaires, animations, courts métrages… Le chapitre suivant, Des fourmis et des hommes, centré sur Phase IV, rappelle la lente maturation du projet, les inspirations puisées dans la littérature et le cinéma, détaille minutieusement les modifications apportées à une version préliminaire du scénario. Le Kenya fut principalement choisi comme lieu du tournage qui commence en octobre 1972. Des prises furent faites aux studios Pinewood, près de Londres, d’autres en Arizona, et le film intègre des plans d’insectes filmés par Ken Middleham. Puis vint le temps de la postproduction, des avant-premières pour tester les réactions du public, à l’origine de quelques remaniements. Peu soutenue par Paramount, la sortie de Phase IV sur les écrans américains se fit « au compte-gouttes » à partir du 11 septembre 1974 avec des résultats contrastés, mais globalement décevants. Les critiques ont été meilleures en France, où le film fut distribué le 1er octobre 1975.

Bien écrit, le fruit d’un travail approfondi, ce livre est un remarquable complément au film et donne un utile éclairage sur toute l’oeuvre et la créativité de Saul Bass.

Cette exceptionnelle édition vient enrichir, sous le numéro 15, la précieuse collection Coffrets Ultra collector lancée par Carlotta Films en 2015.

Sont simultanément sorties deux éditions single, sur Blu-ray ou DVD, sans les cinq courts métrages de Saul Bass.

Phase IV

Bonus - 5,0 / 5

Sur le DVD et le Blu-ray :

Une vie de fourmi (21’, 2020, en anglais, sous-titré), avec le réalisateur et scénariste Sean Hogan et le critique Jasper Sharp. Comme le Mystère Andromède et d’autres films des années 70 à thème scientifique, Phase IV, construit comme 2001, a Space Odyssey, propose une vision holistique de la nature, avec une résonance écologique, et montre des machines extraordinaires. Le danger des fourmis tient à leur intelligence collective contre laquelle aucune arme n’est efficace. Phase IV peut être rapproché de The Hellstrom Chronicle (Walon Green, Ed Spiegel, 1971), un faux documentaire, Oscar du meilleur documentaire en 1972.

Fin originale de Saul Bass (17’), un peu plus longue, plus métaphysique, avec ajout de plans aux lignes géométriques chers à Saul Bass.

Bass on Titles (34’, 1.33:1, 1977). Interrogé par Herbert Yager, Saul Bass passe en revue ses génériques de films qu’il destinait à « créer un climat pour l’histoire qui va se dérouler. » Défile une suite de génériques, de The Man with the Golden Arm (Otto Preminger, 1955) à Walk on the Wild Side (Edward Dmytryk, 1962), en passant par celui, délirant, de It’s a Mad Mad Mad Mad World (Stanley Kramer, 1963). Un plaisir un peu gâché par l’impardonnable déformation du ratio d’image.

Bande-annonce (3’).

Phase IV

Sur le seul Blu-ray :

Cinq courts métrages de Saul Bass :

The Searching Eye (18’, 1.33:1, 1964), conçu pour la Foire internationale de New York de 1964, primé à Venise. La caméra suit un garçonnet pour une illustration des capacités de l’oeil humain à saisir son environnement, à compléter la connaissance du monde.

Why Man Creates (25’, 1.33:1, 1968), un essai protéiforme sur la créativité, salué par l’Oscar du meilleur documentaire court, devenu un support de réflexion dans les écoles américaines, fait d’animation et d’images surréalistes.

Notes on the Popular Arts (20’, 1.33:1, 1978). Ce remontage d’une bande promotionnelle pour Warner Communications propose une suite de saynètes, souvent pleines d’humour, sur les arts populaires, la télévision, la musique, les bandes dessinées, les livres et les magazines et le cinéma.

The Solar Film (10’, 1.33:1, 1980), un court métrage sur les mérites de l’énergie solaire, commandé par Robert Redford, pour être projeté avant The Electric Horseman.

Quest (30’, 1.378:1, 1983), sur un scénario de Ray Bradbury, réalisé par Saul et Elaine Bass, est un conte fantastique dans un futur où les hommes atteignent l’âge mûr cinq jours après leur naissance et ont une espérance de vie limitée à huit jours. Un enfant vient de naître, l’élu qui pourrait apporter à l’humanité une vie longue de 20 000 jours. Va commencer pour lui une quête périlleuse…

Phase IV

Image - 4,5 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), avec une remarquable résolution, particulièrement dans les prises d’insectes en macrophotographie, offre une palette de couleurs naturelles, bien étalonnées. Très propre, avec une gestion du grain respectueuse de la texture du 35 mm, elle garantit une parfaite lisibilité des plans, y compris dans les scènes de nuit. Elle a toutefois laissé subsister un fourmillement occasionnel, parfois fort, sur des aplats clairs, tels les fonds de ciel.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, lui aussi très propre (à peine peut-on déceler un très léger souffle), restitue très clairement les dialogues dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical.

Ce constat s’applique au doublage en français, assez réussi.

Crédits images : © 1973 PARAMOUNT PICTURES CORP. ET PBR PRODUCTIONS, INC. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 3 décembre 2020
Voici le seul film du génial créateur de génériques Saul Bass, encore inédit en vidéo. En prime, quatre de ses courts métrages et, dans l’édition Ultra collector, un livre projetant un utile éclairage sur toute sur toute son œuvre.

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