Le Château de la terreur (1963) : le test complet du Blu-ray

The Terror

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Roger Corman
Avec Boris Karloff, Jack Nicholson et Sandra Knight

Édité par Bach Films

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Le 04/05/2021
Critique

Film fantastique, certes modeste mais parfois inspiré, appartenant à la série Edgar Poe de Roger Corman.

Europe vers 1805, au bord de la mer Baltique. Le lieutenant André Duvalier, officier de l’armée napoléonienne, est perdu car sa boussole ne fonctionne plus. Séparé de son unité, il erre seul depuis des mois. Accablé par la faim et la soif, il est sauvé par Hélène qui lui indique une source d’eau potable. Elle disparaît subitement, comme absorbée par la mer, alors qu’André, à bout de forces, s’évanouit tandis qu’il tentait de la suivre. Il est recueilli par une pauvre sorcière vivant dans une forêt jouxtant le château du baron von Leppe. Certains signes font croire à André que Hélène, dont il est désormais amoureux, pourrait y habiter et il s’y rend dès que ses forces sont rétablies. Un lourd mystère entoure la jeune femme que personne ne semble connaître et qui ressemble étrangement à l’épouse défunte du baron : André serait-il amoureux d’un fantôme ? Devenu l’hôte du baron en raison des circonstances, le jeune officier ne va pas tarder à découvrir la terrible vérité.

Distribué très tardivement à Paris le 20 novembre 1991 par la société Sidéral sous le titre L’Halluciné puis exploité sous ce titre en vidéo et aussi sous le titre alternatif de Le Château de la terreur, The Terror (USA 1963) de Roger Corman est intéressant pour plusieurs raisons.

Ses scènes d’intérieur furent tournées en quelques jours, dans la foulée de son assez bonne comédie fantastique Le Corbeau (USA 1963) avec Boris Karloff, Peter Lorre, Vincent Price. Corman voulait, avant que ses décors conçus par Daniel Haller ne soient démolis, les amortir une dernière fois. Le tournage des extérieurs s’étendit en revanche sur plusieurs mois. Corman remaniait le scénario à mesure et il fit contribuer plusieurs jeunes cinéastes au tournage avant de parvenir à l’histoire finale et au montage final. Ce fut donc, au total, l’un de ses films (sinon même le film) dont le tournage s’avéra le plus long et le plus ardu. Il ne faut évidemment pas confondre son titre alternatif vidéo français avec le titre cinéma français du Le Château de la terreur (The Strange Door, USA 1951) de Joseph Pevney.

Le scénario fut écrit à la fois par Corman - qui, en tant que producteur, supervisa et détermina le scénario du début à la fin -, par l’acteur Léo Gordon (*) et par les cinéastes Jack Hill et Francis Ford Coppola (crédité au générique « Francis Coppola »), en tenant compte des plans d’intérieur déjà tournés avec Boris Karloff et avec l’aide des célèbres plans de coupe souvent utilisés dans la série Edgar Poe. La réalisation des plans d’extérieurs est créditée au cinéaste Monte Hellman mais il n’en fut pas le seul responsable. Même l’acteur Jack Nicholson tourna quelques plans, profitant de l’occasion car il était non seulement acteur mais aussi scénariste (**) et voulait devenir metteur en scène. On le constate : certains des membres les plus fameux de ce qu’on nomma par la suite « l’écurie Corman » travaillèrent donc sur ce titre.

Le vétéran Boris Karloff partage la vedette avec Jack Nicholson qui avait joué trois ans plus tôt un petit rôle dans une séquence de La Petite Boutique des horreurs (USA 1960) de Roger Corman. La vedette féminine est Sandra Knight qui était alors l’épouse de Nicholson. Le scénario de Le Château de la terreur / L’Halluciné (The Terror) est une histoire fantastique de tonalité assez classique qui ne souffre pas des incohérences qu’on a si souvent dénoncées. Sa réputation de film réalisé pour amortir des décors n’a, il est vrai, pas non plus favorisé un jugement critique serein car trop de culture peut nuire au jugement critique… et c’est un critique qui vous le dit ! En réalité, quelques détails narratifs mis à part comme celui du cheval de l’officier, Le Château de la terreur / L’Halluciné (The Terror) est même assez bien structuré : c’est d’autant plus remarquable étant données les difficiles conditions matérielles de sa production. Son esthétique oscille entre influence de la Nouvelle vague européenne (raccords brutaux changeant l’échelle des plans durant les champs / contrechamp, montage parfois heurté mais parfois coulé, effets esthétiques empruntés à la publicité TV de l’époque, etc.) et syntaxe classique, éprouvée, de la série Edgar Poe dont il apparaît, désormais, comme un étrange appendice, un curieux ersatz, une sorte d’électron en roue semi-libre.

Le connaisseur de la série Edgar Poe reconnaît des extérieurs naturels déjà employés dans certains classiques antérieurs de la série. Par exemple l’ouverture filmée sur la plage de Big Sur et qui reprend un lieu déjà utilisé pour celle de La Chambre des tortures (Pit and the Pendulum, USA 1961) de Roger Corman. Par exemple, cet arbre aux branches torturées et au pied duquel le sorcier lovecraftien Joseph Curwen était brûlé vif dans La Malédiction d’Arkham (The Haunted Palace, USA 1963) de Roger Corman. Il reconnaît enfin les beaux décors d’intérieur provenant de ce dernier et, last but not least, ceux provenant de Le Corbeau (USA 1963) de Roger Corman. Sans oublier un plan fugitif de mur fissuré provenant très probablement du premier film de la série : La Chute de la Maison Usher (USA 1960) de Roger Corman.

Certes un peu trop long, certes pas toujours bien monté, certes dotés de trucages confinant parfois à l’amateurisme (par exemple son générique d’ouverture aux illustrations dessinées et parfois animées, probablement le dernier de ce type filmé par Corman qui avait utilisé le procédé assez régulièrement depuis 1955 ; par exemple aussi la seconde mort d’Hélène), Le Château de la terreur / L’Halluciné (The Terror) s’avère un film fantastique indiscutablement mineur rapporté au reste de la série Edgar Poe, qu’il s’agisse de ses titres tournés aux USA de 1960 à 1963 ou de ceux tournés en Angleterre en 1964. Il s’approche néanmoins parfois, à la faveur de l’inspiration, du surréalisme le plus authentique. Son thème, sur le fond, est bien celui, surréaliste par excellence, de l’amour fou ici mélangé au thème romantique du vivant amoureux d’une morte et on peut, sur la forme, le considérer comme un assez bel exemple d’écriture collective automatique. Pour ces deux raisons, il n’aurait probablement pas déplu à André Breton et il demeure historiquement indispensable à celui s’intéressant à la filmographie fantastique sélective de Corman.

NOTES

(*) Leo Gordon (1922-2000), acteur et scénariste américain, a joué dans presque 200 films et téléfilms ; il en a officiellement écrit 34 comme scénariste. Concernant sa collaboration avec Corman, souvenons-nous qu’il il interprète notamment le représentant de commerce dans The Intruder (USA 1961) de Roger Corman et incarne aussi l’un des bourreaux du sorcier Joseph Curwen au début de La Malédiction d’Arkham (The Haunted Palace, USA 1963) de Roger Corman. Il a écrit le scénario du film fantastique The Wasp Woman (The Wasp Woman, USA 1959) de Roger Corman avec Susan Cabot.

(**) Deux ans plus tard, Nicholson signera le scénario assez pointilliste, chargé d’effets d’un style oscillant entre néo-réalisme et baroque, du western L’Ouragan de la vengeance (Ride in the Whirlwind, USA 1965) de Monte Hellman. Un dialogue du film fantastique Shining (The Shining, USA 1980) de Stanley Kubrick avec Nicholson en vedette dans le rôle d’un écrivain, aurait été inspiré à Nicholson par cette période (1962-1968) où il vivait avec Sandra Knight et où, tout en gagnant sa vie comme acteur, il écrivait aussi des scénarios. Il s’agit du dialogue concernant le son de la machine à écrire utilisé par l’écrivain. On se souvient que sa réception auditive devrait signifier à son épouse qu’elle ne doit pas déranger celui qui est en train d’écrire alors qu’elle fait exactement le contraire, ce qui provoque sa colère.

NB : des extraits de Le Château de la terreur / L’Halluciné (The Terror, USA 1963) seront visibles dans La Cible (Targets, USA 1967) de Peter Bogdanovitch, également produit par Roger Corman. Il ne faut évidemment pas confondre ce titre de Corman de 1963 avec son son homonyme beaucoup plus ancien The Terror (USA 1928) de Roy Del Ruth, un des premiers films fantastiques d’épouvante parlants, qui avait été distribué par la Warner.

Le Château de la terreur

Généralités - 3,0 / 5

1 combo Blu-ray BD 25 + DVD 9 édité par Bach Films le 06 janvier 2021. Durée du film : 79 min. 15 sec. environ sur Blu-ray, 75 min. environ sur DVD. Image Full HD 1.78 PathéColor compatible 16/9 ; son VOSTF DTS-HD Master Audio 5.1 + VF Dolby Digital mono 2.0. Suppléments : présentation du film par Claude Gaillard + bande-annonce (VO). Illustration de jaquette reprenant fragmentairement une des affiches originales, comme le faisait déjà l’ancienne édition Blu-ray américaine de 2011.

Bonus - 2,0 / 5

Bande-annonce (VO sans STF, 16/9, durée 1 min. 15 sec. environ) : ce n’est pas la bande-annonce originale de 1963 mais une bande-annonce plus récente munie de slogans numériquement incrustés.

Présentation par Claude Gaillard (VF, durée 7 min. environ) : le cinéphile qui a lu l’autobiographie de Roger Corman, Comment j’ai fait 100 films sans jamais perdre un centime (1990, traduction française aux éditions Capricci, Paris 2018, pages 160-173) n’apprendra rien. Celui qui n’a pas ce livre sous la main pourra, en revanche, visionner cette brève introduction qui lui apprendra, schématiquement mais très clairement, l’essentiel de sa genèse et de son tournage. La moitié des 7 minutes sont occupées par des extraits du film qu’on vient, en général, de visionner : fallait-il vraiment les monter en alternance avec le gros plan du locuteur ? J’aurais préféré, pour ma part, une galerie affiches et photos.

Image - 3,5 / 5

Format 1.78 en Pathécolor, compatible 16/9, à partir du format 1.85 d’origine. Copie argentique en bon état et Full HD aux belles couleurs vives. Seuls de rares plans de coupe, rapportés par Corman lui-même, sont visiblement dotés d’une définition inférieure car ils sont recadrés de 2.35 en 1.85 : le château en contre-plongée durant une nuit d’orage, les rocs battus par les flots, qu’on voit ici cinq ou six fois, un plan d’un mur fissuré. Ils proviennent des films antérieurs de la série Poe filmée par Corman, tous originellement photographiés en format 2.35 Scope. Bach Films n’est évidemment pas responsable de ce phénomène : c’est Corman qui en est seul responsable, comme il le sera de l’effet produit par les stocks-shots de son L’Affaire Al Capone (The St. Valentine’s Day Massacre, USA 1965) qu’il intégrera, avec l’aval de la Fox, dans sa non moins remarquable production Capone (USA 1975) de Steve Carver, ces deux titres formant un diptyque naturel et constituant d’ailleurs, soit dit en passant, probablement les meilleures versions du sujet jamais filmées par Hollywood. Le télécinéma américain d’origine (opération technique du transfert pellicule sur master video) n’est pas non plus irréprochable ni toujours d’une parfaite précision. Le lissage est privilégié, le grain diminué : cela rapproche l’image de ce Blu-ray Bach Film du Blu-ray américain de 2011. L’image est, cela dit, souvent très belle, car enfin rendue à sa poésie originelle du fait du bien meilleur respect de son format.

Le format enfin large de ce Blu-ray français rend, en effet, bien mieux justice à la beauté plastique originale de ce métrage que ses anciennes éditions françaises DVD (Bach Films en 2005, Wild Side Vidéo en 2010) autrefois recadrées en 1.37 compatible 4/3. On peut dire que l’image de ce Corman revient de loin. Elle correspond (y compris sa belle illustration de jaquette reprenant une des affiches d’époque) à celle de l’ancien Blu-ray américain édité par HD Cinema Classics en 2011 qui est lui aussi 1.78. Il existe depuis 2016 une édition Blu-ray Full HD américaine The Film Detective, à l’image améliorée car respectant presque parfaitement le format 1.85 d’origine et dotée d’un niveau de grain supérieur.

Rectifions une erreur d’histoire du cinéma qui s’était répandue en raison de la publicité originelle mensongère du film car ses affiches indiquaient un procédé VitaScope, donc une image au format 2.35 comme celle du reste de la série Poe. On la retrouve dans les livres d’histoire du cinéma et même les sites internet jusque vers 2010 environ. Le Château de la terreur / L’Halluciné (The Terror) n’est pourtant pas un 2.35 Scope d’origine, contrairement à ce que mentionnaient ses affiches d’époque, mais bien un 1.85 d’origine. Dans son livre Roger Corman (édition Édilig, Paris mai 1983), Stéphane Bourgoin indiquait page 77, en haut de sa fiche technique consacrée à The Terror : « [format] VitaScope, [procédé couleurs] PathéColor ». La première affirmation s’avère donc erronée : elle ne figure d’ailleurs pas au générique d’ouverture du film (seul le procédé couleurs y figure) ; la seconde affirmation demeure exacte. La fiche technique d’un site internet américain mentionnait, en 2010, un format VitaScope et un « aspect ratio » de 1.85 ; ce qui était évidemment aberrant car c’était l’un ou l’autre mais certainement pas les deux à la fois ! Bref… on sait aujourd’hui que les affiches américaines d’époque et les lobby cards américaines d’époque indiquaient un « VitaScope » très probablement mensonger.

Notons d’ailleurs que ce n’est pas le grand directeur photo Floyd Crosby - signataire attitré de l’image des films américains de la série Poe de Corman de 1960 à 1963 - qui signe ici la direction photo de l’image mais un directeur photo beaucoup moins connu bien qu’il réussisse à signer quelques très beaux plans.

Son - 4,0 / 5

DTS-HD Master Audio 5.1 en VOSTF + 2.0 mono en VF : offre complète pour le cinéphile francophone. La VF n’est pas d’époque puisque ce film de 1963 fut distribué très tardivement chez nous en 1991 et, si ma mémoire est bonne, uniquement en VOSTF : il s’agit donc ici d’un doublage français effectué par la suite à l’occasion de l’exploitation vidéo (magnétique puis numérique) et / ou TV. Piste sonore américaine VOSTF propre et bien conservée, remastérisée en 5.1 (c’était déjà le cas sur l’ancienne édition Blu-ray américaine de 2011, aux côtés d’une piste originale américaine mono 2.0 ici absente). Belle musique de Ronald Stein, notamment celle du générique d’ouverture.

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
Avis

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francis moury
Le 5 mai 2021
Film fantastique, certes modeste mais parfois inspiré, appartenant à la classique et si remarquable "série Edgar Poe" produite par Roger Corman en 1960-1964.

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