Point limite

Point limite (1964) : le test complet du Blu-ray

Fail-Safe

Réalisé par Sidney Lumet
Avec Henry Fonda, Walter Matthau et Dan O'Herlihy

Édité par Rimini Editions

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Le 10/07/2020
Critique

Il a suffi d’un bug pour déclencher une attaque nucléaire des USA contre l’URSS. Pourra-t-elle être arrêtée à temps pour épargner des millions de civils ?

Point Limite

En pleine guerre froide, le Strategic Air Command, le Pentagone et la Maison Blanche sont en état d’alerte : un engin volant non identifié a été repéré au-dessus de la baie de Hudson. Soudain, les écrans de surveillance du SAC s’éteignent. Le remplacement d’un élément défectueux rallume les écrans, mais lance, par erreur, l’ordre de lâcher sur Moscou une bombe à hydrogène de 2 mégatonnes. Seul le président peut annuler l’opération. Mais l’équipage du bombardier a reçu pour consigne d’ignorer tout ordre vocal, la voix du président pouvant être facilement imitée.

Point limite (Fail Safe), sorti en 1964, est le huitième des quelques cinquante films réalisés pour le grand écran par Sidney Lumet, entré, comme beaucoup, dans l’univers du cinéma par la porte de la télévision pour laquelle il dirigea, de 1952 à 1960, quelques téléfilms et de nombreux épisodes de séries. Installé à New York, il a toujours gardé ses distances avec Hollywood, attaché qu’il était à garder le contrôle de toutes les étapes de la réalisation de ses films.

C’est sur la recommandation de Henry Fonda qu’il réalise, en 1957, son premier film, 12 hommes en colère (12 Angry Men) qui, loin de la célébrité qu’il a aujourd’hui acquise, attira peu l’attention du public et de la critique à sa sortie.

Parmi une trentaine de films de Sidney Lumet à voir, quelques incontournables, Le Prêteur sur gages (The Pawnbroker, 1964), La Colline des hommes perdus(The Hill, 1965), deux films avec Al Pacino, Serpico (1973) et Un Après-midi de chien (Dog Day Afternoon, 1975), Network, main basse sur la TV (Network, 1976), A bout de course (Running on Empty, 1988), et, pourquoi pas, Le Crime de l’Orient Express (Murder on the Orient Express, 1974).

Sa filmographie cache aussi quelques curiosités : Equus (1974), Une étrangère parmi nous (A Stranger Among Us, 1992), une enquête policière dans la communauté hassidique de New York, et 7h58 ce samedi-là (Before the Devil Knows You’re Dead, 2007), l’histoire d’un cambriolage en famille qui tourne mal, son dernier film.

Point Limite

Point limite s’ouvre sur une inattendue corrida : à New York, dans son cauchemar, le général Black tressaute à chaque banderille plantée sur le garrot du taureau et se réveille en sueur quand le matador donne l’estocade. Ce cauchemar récurrent est celui d’un des hommes-clés dans la conduite éventuelle d’une attaque nucléaire contre l’URSS, à l’effrayant bilan humain.

Nous lançons une machine de guerre qui agit plus vite que les hommes qui la contrôlent

Point limite est l’adaptation fidèle du best seller Fail Safe, publié en 1962, pendant la crise des missiles cubains, par Eugene Burdick et Harvey Wheeler, deux politologues américains. Le film, réalisé avec un modeste budget et sans effets de style, sans accompagnement musical, avec des mouvements de caméra discrets, beaucoup de plans fixes assez longs, donne au récit un réalisme quasi-documentaire et réussit, sans le moindre effet spectaculaire, à faire monter inexorablement la tension dans quatre huis-clos parallèles, situés dans quatre lieux séparés reliés par le téléphone.

Ces quatre lieux, des bunkers coupés du monde extérieur, sont le Strategic Air Command, à Omaha, Nebraska, équipé d’un grand écran pour suivre le déplacement des appareils sur un planisphère, Anchorage, Alaska, la base d’où décollent les bombardiers Vindicator, dont l’équipage est modifié à chaque patrouille « pour réduire le facteur humain », le Pentagone, QG du ministère de la défense, à Arlington, Virginia, où faucons et colombes discutent les recommandations à faire à la Maison Blanche et, enfin, Washington D.C., où le président s’est isolé dans son bunker avec un interprète et un téléphone rouge qui le relie à son homologue à Moscou.

Point Limite

Who wins and who loses? In a nuclear war, everyone loses!

Point limite, on l’aura aisément deviné, donne la place essentielle aux remarquables dialogues du roman et de l’adaptation fidèle qu’en a fait le scénariste Walter Bernstein, choisi par Sidney Lumet bien qu’il fût sur la liste noire du maccartisme de 1950 à 1958. En des temps où le risque d’une guerre thermo-nucléaire était présent dans l’esprit des Américains, un risque renforcé par l’affaire des missiles cubains et l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy un an plus tôt, ces dialogues donnent au spectateur une présentation synthétique, mais claire, de la force de dissuasion nucléaire, de son mécanisme et de ses enjeux, vus par ses partisans et par ses détracteurs.

Autour de Henry Fonda, avec une popularité solidement établie depuis Les Raisins de la colère (Grapes of Wrath, John Ford, 1940), très crédible dans son incarnation du président (au point que beaucoup auraient misé sur ses chances d’être élu à la Maison Blanche s’il avait été candidat !) est entouré par Walther Matthau, dans le rôle essentiel du Dr. Groeteschele, inspiré du bien réel Herman Kahn, un politologue connu pour son soutien à l’armement nucléaire et pour l’importance décisive qu’il donnait au moyens de survie à un possible conflit. On reconnaît dans le rôle de Buck, le traducteur, Harry Lagman qui allait acquérir une réputation planétaire en campant le personnage de J.R. Ewing dans la série Dallas.

Cette ressortie de Point limite par Rimini Éditions, la première en haute définition, vient combler le vide laissé par l’épuisement de l’édition Sony Pictures de 2006.

Point Limite

Généralités - 3,0 / 5

Point limite (112 minutes) et son supplément (68 minutes, sans compter le commentaire audio) tiennent sur un Blu-ray BD-50, logé dans un boîtier de 9 mm, glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 1.0.

Bonus - 4,5 / 5

Commentaire audio de Sidney Lumet (en anglais, sous-titré, enregistré pour la sortie, en 2000, de la première édition DVD par Sony Pictures Home Entertainment, qui avait racheté Columbia Pictures en 1989). Sidney Lumet rend hommage au producteur indépendant Max E. Youngstein, aux acteurs qu’il avait rencontrés, pour beaucoup d’entre eux, au cours de ses années à la télévision, au scénariste Walter Bernstein… des gens qui, comme lui, voyaient dans le cinéma un moyen d’exprimer leurs opinions politiques. Il évoque l’issue du procès pour plagiat qui s’est dénoué à l’amiable par le rachat de Point limite par Columbia Pictures. Les plateaux ont dû être imaginés sans aucun souci de ressemblance avec les lieux officiels. Il donne ses vues sur les moyens de soutenir la tension dramatique, notamment par le montage qu’il supervisait étroitement, loue la liberté donnée par un tournage à New York. Comme ce fut le cas pour ses autres films, le tournage de Point limite a été précédé par deux semaines de répétitions avec les acteurs. Sidney Lumet analyse quelques séquences, le cadrage, les éclairages, les coupures des plans-séquence… Un commentaire passionnant, pertinent du début à la fin.

Le style invisible de Lumet, avec Jean-Baptiste Thoret (15’, Rimini Éditions et La Plume, 2020). Comme il l’a lui-même décrit sans son livre Making Movies, le style de Sidney Lumet se voulait « invisible », afin de ne pas détourner l’attention du spectateur du fond de l’oeuvre. Pourtant, sa mise en scène était d’une précision remarquable, la caméra souvent placée « sous l’oeil des personnages », pris en légère contre-plongée dans la première partie, tant qu’on peut encore croire qu’ils sont en mesure de contrôler la situation. Ils finiront par être « écrasés » par des prises en plongée quand ce contrôle leur échappe. Les personnages « se parlent par technologie interposée (…) coupant la relation humaine ». D’abord au centre du cadre, ils sont progressivement déportés sur les bords. D’autre part, « plus le film progresse, moins le montage est rapide », pour accroître la tension avec des plans qui durent. Avec un style au service des acteurs, des émotions, le cinéma de Sidney Lumet « n’évite jamais la complexité ». C’est « un cinéma de la modestie (…) pas un cinéma militant », qui pousse le spectateur à réfléchir, à se poser des questions, ce qu’annonçait son premier film, 12 hommes en colère.

Point Limite

Pour en savoir plus sur le cinéma de Sidney Lumet, on peut visionner sur le net la conférence donnée par Jean-Baptiste Thoret au Forum des Images le 20 mars 2015, Sidney Lumet, un juste en colère. (103’).

Un monde sans lendemain, avec Jean-Baptiste Thoret (37’, Rimini Éditions et La Plume, 2020). Réalisateur d’une cinquantaine de films en cinquante ans, Sidney Lumet fait partie de la génération d’Arthur Penn, Martin Ritt, Mike Nichols, Robert Altman, John Frankenheimer, Sam Peckinpah, Don Siegel… Après être monté sur les planches très jeune, il rentre à la télévision où il réalise beaucoup de dramatiques filmées en direct, ce qui lui a appris à tourner vite et lui a permis de nouer des liens avec de nombreux acteurs. Sidney Lumet soigne la présentation de Henry Fonda, dont on ne distingue d’abord qu’une silhouette en contre-jour. Point limite pose la question complexe de la responsabilité des hommes dans l’histoire, sans rien montrer de séduisant dans la guerre, présentée de façon très abstraite. Avec un petit budget et « des bouts de ficelle. », Sidney a réussi à donner un grand réalisme à son film.

Revisiting Fail-Safe (16’, Columbia Pictures, 2000). Avec près de quarante ans de recul, Sidney Lumet, le scénariste Walter Bernstein, George Clooney, producteur de Point limite, le remake par Stephen Frears en 2000, et l’acteur Dan O’Herlihy évoquent le temps où la bombe nucléaire faisait peur et fut un des thèmes de la campagne électorale de Lyndon Johnson qui succéda à Kennedy. Il souligne la crédibilité de l’interprétation de Walter Matthau, rappelle qu’il a fallu imaginer les décors du SAC et du Pentagone, à la suite du refus du gouvernement de fournir une seule image. Le décollage de cinq bombardiers a été bricolé à partir d’un seul plan acheté sous le manteau…

Bande-annonce.

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Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), celle obtenue par la restauration 4K d’un négatif original entreprise par Sony Pictures Entertainment pour l’édition Criterion sortie aux USA en janvier 2020, est exempte de toute trace de détérioration de la pellicule. Parfaitement stable, lumineuse, avec des noirs denses et des contrastes fermes, elle propose un très agréable dégradé de gris avec un exemplaire contrôle du grain, respectueux de la texture argentique.

Son - 5,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, très propre lui aussi, avec une assez large bande passante et une bonne dynamique, assure une parfaite clarté des dialogues auxquels une réverbération équilibrée donne une belle ampleur. Le souffle a été complètement éliminé.

Propre également, le doublage des dialogues en français, pas toujours inspiré, placé trop en avant au point de couvrir occasionnellement l’ambiance, est affecté par un timbre étouffé. Il n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.

Crédits images : © Rimini Editions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 10 juillet 2020
Sorti au plus chaud de la guerre froide, cet engrenage inexorable vers l’apocalypse, un des grands films de Sidney Pollack, depuis longtemps disparu des catalogues, nous revient, pour la première fois en haute définition, avec deux suppléments inédits. À voir ou revoir !
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Jean Claude
Le 30 novembre 2006
Ce film commence de façon assez sereine et un peu lente, mais la tension monte rapidement pour arriver à un final terrifiant, d'autant plus terrifiant qu'il est possible de nos jours. Les acteurs sont excellents, Fonda en président des USA est parfait et Matthau en scientifique borné est très crédible. C'est une excellente idée d'avoir sorti ce film en DVD. Il y a un petit Bonus fort intéressant

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