La Femme qui pleure (1979) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Jacques Doillon
Avec Dominique Laffin, Haydée Politoff et Jacques Doillon

Édité par Gaumont

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Le 10/09/2020
Critique

Un des premiers films de Jacques Doillon et le meilleur rôle de Dominique Laffin, disparue avant qu’elle n’ait pu donner toute la mesure de son talent.

La Femme qui pleure

Dominique, seule avec sa fille Lola dans une vieille maison isolée de Haute-Provence, pleure. Une voiture s’approche, celle de Jacques, son mari. Il avait dit s’absenter pendant trois jours pour son travail ; il ne revient qu’après dix jours, sans l’avoir jamais appelée. Il a rencontré une autre femme, Haydée…

La Femme qui pleure, sorti en 1979, est le quatrième long métrage de Jacques Doillon, après L’An 01 (1973, l’adaptation, avec deux sketches réalisés par Alain Resnais et Jean Rouch, d’une bande-dessinée libertaire de Gébé parue dans Charlie Hebdo), Les Doigts dans la tête (1974) et Un Sac de billes (1975).

Les faibles moyens de production, alloués par Yves Robert, Danièle Delorme et Claude Berri, ont contraint Jacques Doillon à tourner avec une équipe réduite à l’extrême, en Super 16. Pour économiser sur tous les tableaux, le film a été tourné dans la maison de campagne du réalisateur, en Haute-Provence et il tient lui-même le rôle de Jacques, avec sa propre fille Lola Doillon, la future cinéaste, alors âgée de 4 ans.

La Femme qui pleure, sur une histoire originale de Jacques Doillon, traite de l’infidélité d’un homme qui ne peut se détacher de son épouse et de sa fille et de la souffrance que cause son comportement à son épouse. Il confie, dans l’entretien complétant cette réédition, que son travail d’écriture, comme celui de la plupart de ses autres films, se limitait aux dialogues.

La Femme qui pleure

C’est pas facile d’assumer les deux : un boulot et un enfant. Puis aussi la vie…

Cette réplique, dans le ton d’un mélodrame désespéré, exprime le profond mal-être de Dominique, l’épouse délaissée, dessinatrice de motifs pour papiers peints, interprétée avec une rare intensité par Dominique Laffin, encore à ses débuts, mais dont le talent instinctif avait été révélé par Les Petits câlins (Jean-Marie Poiré, 1978). Face à Jacques Doillon, assez fade dans sa composition du mari volage, l’actrice est poignante dans ce qui est probablement son meilleur rôle parmi la vingtaine qu’elle a tenue au cours d’une carrière de sept ans, brutalement interrompue par une crise cardiaque qui l’a terrassée à 33 ans, avant que sa notoriété ne lui ait permis d’accéder à des rôles à la hauteur de son talent.

La Femme qui pleure emploie une troisième actrice, Haydée Politoff qu’Éric Rohmer avait révélée en 1967 dans La Collectionneuse, à laquelle il fera à nouveau appel en 1972 pour L’Amour l’après-midi. Contre toute attente, elle arrêtera vite sa carrière d’actrice après un petit rôle en 1981 dans Il Cappotto di legno, un des trois films, tous oubliables et oubliés, de l’acteur Gianni Manera. Ce n’était pourtant pas un adieu définitif au cinéma : elle est, après une absence d’une quarantaine d’années, réapparue en 2018 dans Rendezvous in Chicago de Michael Glover Smith, un jeune réalisateur qui a fait parler de lui aux USA, mais encore absent de nos catalogues vidéo.

La Femme qui pleure est sobrement réalisé, en plans fixes, certains très courts, séparés par des écrans noirs, comme autant de vignettes exposées dans l’ordre chronologique, et bénéficie de la photographie du chef-opérateur Yves Lafaye qui avait accompagné les débuts de Jacques Doillon pour Les Doigts dans la tête et Un Sac de billes.

Quelques mois après l’hommage rendu à Dominique Laffin au Festival Lumière en juin 2019, on apprécie la sortie par Gaumont d’une édition restaurée du film, la première en haute définition, complétée par un intéressant entretien avec Jacques Doillon.

La Femme qui pleure

Généralités - 4,0 / 5

La Femme qui pleure (92 minutes) et ses suppléments (26 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier de 11 mm.

Le menu fixe et muet propose le film format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Piste d’audiodescription DTS-HD Master Audio 1.0.

Sous-titres pour malentendants et sous-titres anglais.

Bonus - 3,5 / 5

Un cinéaste dans le cadre (24’, Insert&Cut, 2020, 1.78:1, 1080i, AVC). Un entretien enregistré à Paris, le 4 décembre 2019, conduit par le journaliste Roland-Jean Charna. Pas de scénario, juste des dialogues : « une scène pousse une autre (…) et souvent, quand je commence une scène, je ne sais pas comment elle se termine (…) Mais la continuité m’est indispensable ». Après Un sac de billes (1975), il ignore les pressions des producteurs pour réaliser des films plus commerciaux quand Yves Robert lui alloue un petit budget pour La Femme qui pleure qu’il tourne, en dix semaines, en Super 16, avec une équipe réduite au minimum, sans voir les rushes, dans sa maison de campagne (où sera également fait le montage). Il a dû, à plusieurs reprises, convaincre Dominique Laffin de poursuivre le tournage, son manque d’expérience l’amenant à douter d’être à la hauteur de son rôle.

La Femme qui pleure restauré (2’). Cinq plans, avant et après restauration, permettent d’apprécier la qualité du travail, essentiellement l’effacement de toutes les taches blanches, sur le négatif en assez bon état qui avait été utilisé pour l’édition DVD sortie en 2011.

Bande-annonce.

La Femme qui pleure

Image - 5,0 / 5

L’image (1.66:1, 1080p, AVC), soigneusement restaurée en 2017 par le Laboratoire Éclair, après numérisation 2K, à partir du négatif qui avait été utilisé pour l’édition DVD de 2011, a été débarrassée de toutes les taches blanches visibles sur les quelques plans du module en bonus, dans un scrupuleux respect de la texture argentique, avec des couleurs naturelles, bien étalonnées.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, restauré par L.E. Diapason, très propre lui aussi, bénéficie d’une dynamique et d’une ouverture de la bande passante assez remarquables, vu la légèreté des moyens mis en oeuvre pour la prise de son (le preneur de son, magnétophone en bandoulière tenait aussi la perche !).

Crédits images : © Gaumont

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 10 septembre 2020
Sobrement réalisé, avec des moyens minimaux, par Jacques Doillon au début de sa carrière de cinéaste, La Femme qui pleure a laissé le souvenir ineffaçable de Dominique Laffin, disparue avant d’avoir pu donner toute la mesure de son talent.

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