L'Ombre des châteaux

L'Ombre des châteaux (1977) : le test complet du Blu-ray

Mediabook Blu-ray + DVD

Réalisé par Daniel Duval
Avec Philippe Léotard, Albert Dray et Zoé Chauveau

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 24/03/2020
Critique

Trois laissés pour compte partent dans une course folle vers le Canada, le pays de cocagne où le bonheur les attend…

L'Ombre des châteaux

Dans le nord de la France, la famille Capello, des immigrés italiens, peine à survivre en exécutant des petites tâches répétitives dans une misérable cabane. Luigi et Rico, apprenant que Fatoun, leur soeur de 16 ans, avait encore été arrêtée pour vol, cette fois de perles dans un cimetière, vendent leur moto pour payer les honoraires d’un avocat. En vain : elle sera placée dans un centre de rééducation jusqu’à sa majorité. Ils décident de la délivrer pour l’emmener là où ils rêvent d’une belle vie, au Canada.

L’Ombre des châteaux, sorti en 1977, est le deuxième long métrage de Daniel Duval, venu au cinéma par le hasard d’une rencontre, essentiellement connu par sa carrière d’acteur dans des rôles de mauvais garçons auxquels le prédestinaient sa belle gueule burinée et un début de vie chaotique.

C’est pourtant, après une courte expérience dans le montage, par la réalisation qu’il a abordé le septième art, sans formation, guidé par sa seule intuition, avec Le Voyage d’Amélie, jamais édité en vidéo. Il réalisera une dizaine de films ou téléfilms jusqu’en 1990 puis, après une longue éclipse, le dernier, Le Temps des porte-plumes, sorti en 2006, l’histoire d’un garçon placé, comme lui, dans une famille d’accueil.

L'Ombre des châteaux

Je donne par l’image les mots qu’il m’est difficile de dire : le regard ne peut mentir

Cette phrase de Daniel Duval résume son approche de la réalisation, montrer les personnages, avec une grande économie de dialogues, dans des situations aussi vraies que possible.

Comme dans une grande partie de son oeuvre, le film observe ceux qui resteront « à l’ombre des châteaux », symboles de la belle vie, ceux destinés à vivre « dans l’ombre (…) où rien ne pousse, sauf le rêve et l’amour ».

Un cinéma intuitif, avec d’évidentes maladresses dans la mise en scène et la direction des acteurs. Mais un cinéma qui touche par la tendresse du regard sur trois personnages, Luigi, Rico et Fatoun,

L’Ombre des châteaux, tourné dans les terrils d’Hénin-Liétard dans le Pas-de-Calais, bénéficie de la photographie de Pierre Lhomme, chef opérateur expérimenté et talentueux qui sera plusieurs fois récompensé pour Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau, 1990) à Cannes, à Londres par un BAFTA Award et à Paris par un César.

Il faut également souligner la contribution essentielle de Philippe Léotard, accompagné d’Albert Dray, que Daniel Duval réemploiera dans La Dérobade, et de Zoé Chauveau, au début d’une assez courte carrière d’actrice. Le réalisateur a confié le rôle du père à son propre père, Philippe Duval, et l’on relève la participation de Marcel Dalio.

L’Ombre des châteaux, après une sortie discrète en salles, a été totalement oublié. On saluera donc sa restauration et sa première édition vidéo enrichie par Tamasa Diffusion d’un documentaire exclusif et d’un livret.

Un bel hommage à un cinéaste méconnu et une opportunité à saisir pour le découvrir.

L'Ombre des châteaux

Généralités - 3,5 / 5

L’Ombre des châteaux (87 minutes) et son supplément (50 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50, logé, dans cette édition combo, avec un DVD, dans la couverture d’un mediabook.

Le menu fixe et musical propose le film au format audio Dolby Digital 1.0.

Le livret de 24 pages contient trois textes. Dans le premier, L’Ombre des châteaux, l’inaccessible rêve, Éric Le Roy fait le portrait de Daniel Duval, rappelle son enfance difficile, une rencontre qui l’amène au cinéma, d’abord comme réalisateur, avant qu’il ne devienne l’interprète de mauvais garçons, le type d’emploi qui l’a fait connaître du grand public. Sans aucune formation cinématographique, il a réalisé dans les années 70-80 une dizaine de films ou téléfilms largement méconnus à l’exception de La Dérobade (1979), avec Miou-Miou et Maria Schneider, dans lequel il tient le rôle d’un détestable maquereau. Il mène parallèlement une active carrière d’acteur qui le conduit à jouer, notamment, dans Que la fête commence (Bertrand Tavernier, 1975) ou dans Caché (Michael Haneke, 2005). L’Ombre des châteaux, tourné quatre ans après son premier long métrage, Le Voyage d’Amélie, est la « sombre pépite » de son oeuvre.

Dans l’article suivant, Il n’y a pas de délivrance, Daniel Duval parle brièvement de son film : « Ce n’est pas la pauvreté que j’ai voulu décrire, c’est une misère intellectuelle, une solitude (…) avec trois personnages qui n’ont aucune défense, aucun choix. »

Dans le dernier texte, Au-delà d’un réalisme cru, probablement écrit à la sortie du film, Georges Walter ressent que « le regard de Daniel Duval sur notre monde est à la fois celui d’un étranger et d’un frère. »

L'Ombre des châteaux

Bonus - 4,0 / 5

Le rêve d’Amérique… ou presque (Tamasa et Inser&Cut, 2019, LPCM 2.0, 50’), par Roland-Jean Charna, propose un portrait de Daniel Duval autour de son film L’Ombre des châteaux, avec les acteurs Albert Dray et Fabienne Vette (la compagne de Daniel Duval), le producteur Michel Seydoux, Bernard Payen, responsable de programmation à la Cinémathèque Française, Éric Le Roy, responsable des archives du film au CNC et le réalisateur Bernard Stora qui fut l’assistant-réalisateur de L’Ombre des châteaux. Daniel Duval, « arrivé en contrebande dans le cinéma », Prix de Rome pour son premier long-métrage, Le Voyage d’Amélie, « fait avec des bouts de ficelle », a écrit à la Villa Médicis le scénario de L’Ombre des châteaux. Ce film intuitif d’un « écorché vif », en partie inspiré par son vécu, est le récit tragique, mais teinté d’humour, de la poursuite par des « laissés pour compte » du bonheur absolu.

L'Ombre des châteaux

Image - 3,5 / 5

L’image (1.66:1, 1080i, AVC), stable, a bénéficié d’une restauration 4K qui a effacé toute trace de détérioration de la pellicule, a ravivé et étalonné les couleurs. La lisibilité des plans larges est occasionnellement affectée par une résolution un peu douce et par un léger voile qui donne parfois à l’image une apparence brumeuse. De plus, les noirs manquent de densité, avec une tendance à se boucher dans les plans les plus sombres ou ceux filmés en contre-jour.

Son - 3,5 / 5

Le son standard Dolby Digital 1.0, propre lui aussi, assure une parfaite intelligibilité des dialogues tandis qu’une bonne dynamique rend l’ambiance assez présente. Le timbre un peu métallique de l’accompagnement musical souffre aussi de quelques saturations.

Crédits images : © Tamasa Diffusion

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 24 mars 2020
L’Ombre des châteaux, après une sortie discrète en salles, a été totalement oublié. Cette édition, enrichie d’un documentaire exclusif, rend un bel hommage à Daniel Duval, resté dans les mémoires en tant qu’acteur, avec sa belle gueule de mauvais garçon, beaucoup moins comme réalisateur. Un film d'une touchante sincérité, à découvrir.

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