Frissons

Frissons (1975) : le test complet du Blu-ray

Shivers

Édition Spéciale ESC

Réalisé par David Cronenberg
Avec Paul Hampton, Joe Silver et Lynn Lowry

Édité par ESC Editions

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Le 02/04/2020
Critique

La vraie horreur vient de chez soi. David Cronenberg signe un premier long métrage sulfureux et toujours actuel, sublimé par une toute nouvelle réédition en HD avec bonus à profusion.

Shivers

Dans une résidence luxueuse située près de Montréal, un professeur renommé se suicide après avoir étranglé et éventré une jeune femme. L’affaire est vite étouffée mais le médecin du complexe hôtelier décide de mener l’enquête en apprenant que ce professeur s’était livré à des traitements médicaux singuliers, fondés sur la greffe de parasites. Or ceux-ci semblent déclencher chez les patients traités des réactions particulières et engendrent une épidémie…

Du coeur d’une pandémie globale qui touche plus de la moitié de l’humanité, on ne peut que frissonner face à la justesse et au sens d’anticipation de ce premier long métrage de David Cronenberg, où l’horreur se cache et surgit de sa propre chair. Et bien avant le film prophétique de Carpenter, personne ici ne peut deviner qui est le porteur du virus alien.

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Frissons propulse sur la planète le virus créatif d’un auteur inhabituel qui casse les codes. Alors que Romero nous montre l’inégalité sociale face à la pandemie, tandis que la blaxploitation mélange les genres de ghetto, et le cinéma hollywoodien s’intéresse plutôt aux possessions diaboliques, Cronenberg vient du cinéma expérimental (les courts métrages Stereo et Crimes of the Future) et pose un regard clinique et matérialiste sur un monde où la chair corrompt l’esprit.

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Il y a aussi dans Frissons des échos puissants de l’écrivain britannique J.G. Ballard, grand vétéran de la post-apocalypse, qui écrit sa « Trilogie de bêton » au milieu des années 70, et décrit des complexes architecturaux stériles, qui ne peuvent stopper le désordre social. Le deuxième personnage clé ici est le complexe de la Tour Starliner, un immeuble-îlot à quelques minutes de Montréal, magnifié dans un film dans le film qui ouvre la narration et décrit l’art de vivre pour une société aisée. Mais quelques plans plus tard, un médecin d’un certain âge semble agresser sexuellement une adolescente, il la tue, effectue une autopsie au bisturi et à l’acide sur son cadavre, et ensuite il se suicide.

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Ce qui a valu au film sa réputation sulfureuse, et de nombreuses censures dans le monde, est que le virus parasite de Frissons ne tue pas, mais pousse ses victimes à une frénésie sexuelle sans limites. Des femmes soumises deviennent prédatrices. Et étage par étage la contamination gagne l’immeuble et dévoile les moeurs enfouis des habitants.

Malgré un budget très limité, octroyé par une maison de production de comédies érotiques qui signera ici le plus grand succès de sa carrière, Cronenberg arrive à convaincre l’immense Barbara Steele, le vedette de films exploitation de genre Lynn Lowry et le spécialiste d’effets spéciaux Joe Blasco, à prêter leur talent à ce jeu de massacre en espace confiné. La carrière du réalisateur est lancée dans l’exploration des horreurs cliniques (Rage (1977), Chromosome 3 (1979), Scanners (1981), et bien sûr Videodrome (1983)). Situé à mi-chemin entre l’anticipation et l’exploitation, Frissons est toujours d’actualité 45 ans plus tard.

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Généralités - 4,5 / 5

le combo Blu-ray/DVD Frissons nous arrive sous deux formes très similaires. Une Cult’Edition limitée à 2000 exemplaires et la présente édition collector exclusive au site d’ESC, limitée à 1000 exemplaires seulement. La base des deux éditions est un Digipack vernis 3 volets illustré par des images du film et des photos d’exploitation d’époque, qui accueille le Blu-ray, le DVD, le livret « Dans la peau » rédigé par Marc Toullec et un flyer publicitaire pour la Tour Starliner qui sert de décor au film. Sur cette base, l’édition exclusive ESC ajoute 5 tirages photos argentiques du tournage où l’on peut voir David Cronenberg au travail, ainsi qu’un poster 40 x 58 cm recto/verso avec le visuel de la Cult’Edition d’un côté (inspiré par l’une des affiches les plus connues du film) et un visuel exclusif spécialement créé par l’artiste Vance Kelly de l’autre côté. Ce visuel remplace d’ailleurs la baignoire pour l’illustration du fourreau dans lequel est logée cette édition collector.

Après un topo rapide sur la jeune carrière de David Cronenberg entre 1966 et 1970, le livret rédigé par Marc Toullec revient sur la genèse de Frissons et toutes les péripéties qu’à connu le film avant et pendant son tournage, jusqu’à son accueil glacial par la critique. On trouve également dans ce livret de 16 pages, quelques photos du film, de son tournage, deux affiches et deux photos d’exploitation sous le titre They Came from Within.

Une nouvelle fois, ESC Éditions fait preuve d’une passion manifeste et livre un travail éditorial soigné pour un film que l’on pensait oublié par les éditeurs.

Bonus - 4,5 / 5

Frissons est un film essentiel pour comprendre l’oeuvre de David Cronenberg, et les nombreux bonus de cette édition sont à la hauteur de l’enjeu.

Seule contribution du cinéaste aux suppléments, une Présentation audio de David Cronenberg (5’54”, VOST) enregistrée il y a quelques années, explique que la scène du mari gorgé de parasite a été l’idée de départ du film. Cronenberg aurait aimé que les parasites ressemblent à des araignées, mais le coût du film ne le permettait pas. Le cinéaste avait failli s’exporter à l’étranger comme Ted Kotcheff ou Norman Jewison, avant que la maison de production canadienne Cinepix ne lui donne sa chance.

Tourné en 2014 pour une précédente - et censurée - édition du film, le documentaire Parasite Memories (42’48”, VOST) est la pièce principale du set, un beau making of rétrospectif grâce à la pertinence des souvenirs des participants - en particulier des scream queens Barbara Steele et Lynn Lowry et du superviseur des effets spéciaux Joe Blasco.

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Petit complément au documentaire, It Was the Seventies! (10’15”, VOST) est un nouvel entretien avec Lynn Lowry qui se focalise surtout sur d’autres films de genre tournés par l’actrice à la même époque, comme The Crazies - La nuit des fous vivants de Romero ou le film d’exploitation Sugar Cookies (sortis en DVD en France).

Les interventions d’Olivier Père, directeur du cinéma sur Arte, sont souvent remarquables pour la justesse des propos et la richesse des références. Son entretien L’Horreur organique de David Cronenberg (18’10”, VF) est l’un des meilleurs compléments du disque. Le critique décrypte le regard clinique et matérialiste du réalisateur canadien, où l’horreur vient toujours de l’intérieur, et dresse une juste comparaison entre le fim et le roman I.G.H. (High-Rise) de J.G. Ballard, sorti à peu près à la même époque.

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Olivier Père revient juste après avec une courte Analyse d’une séquence (2’28”). Un Diaporama animé (1’31”) offre l’occasion de voir des très belles et iconiques affiches du film à travers le monde. La Bande-annonce d’époque (disponible à la fois en VF et VO) est très amusante, et pour finir, le sarcastique La Tour Starliner (2’32”) reprend le faux clip promotionnel qui lance Frissons, et l’entrecoupe avec des plans des méfaits qui se dérouleront sur les mêmes lieux pendant le récit.

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Image - 3,5 / 5

C’est le point un peu faible du disque, mais il importe de rappeler le contexte — 2 semaines de tournage en extérieurs avec une petite équipe, et un budget de 185 000 dollars. Cette édition contient la nouvelle remasterisation de l’oeuvre, qui réinstalle quelques plans précédemment coupés par Cronenberg. L’image et propre, et sa colorimétrie est fidèlement restituée. Sa définition est faible, et les contrastes dans les basses lumières laissent à désirer.

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Son - 4,0 / 5

Deux pistes en DTS-HD Master Audio 2.0 mono. Peu de dynamisme mais une restitution claire et directe. La VF fait presque jeu égal avec l’audio anglais.

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Configuration de test
  • Écran LCD Sony (Full HD, 3D)
  • Panasonic DMP-BD35
  • Pioneer VSX-921
  • enceintes frontales, centre et surround Davis Odyssée
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p
Note du disque
Avis

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Giuseppe Salza
Le 3 avril 2020
La vraie horreur vient de chez soi. David Cronenberg signe un premier long métrage sulfureux et toujours actuel, sublimé par une toute nouvelle réédition en HD avec bonus à profusion.

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