Le Dictateur (1940) : le test complet du Blu-ray

The Great Dictator

Version Restaurée

Réalisé par Charles Chaplin
Avec Charles Chaplin, Paulette Goddard et Jack Oakie

Édité par Potemkine Films

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Le 10/11/2020
Critique

Un des chefs-d’oeuvre de Charles Chaplin, devenu introuvable, nous revient dans une édition enrichie de nouveaux bonus.

Le Dictateur

Pendant la Première Guerre mondiale, un anonyme combattant de l’armée de Tomania sauve la vie d’un officier. L’avion dans lequel ils se trouvent s’écrase contre un arbre et le petit soldat est envoyé dans un hôpital où il restera vingt ans, ignorant les changements qui s’opèrent autour de lui. Il ne sait pas que Hynkel est devenu dictateur de Tomania et qu’il persécute impitoyablement les Juifs avec l’aide de ses deux ministres, Garbitsch et Herring.

Le Dictateur (The Great Dictator), le premier film parlant de Charles Chaplin, sort à New York et à Londres pendant l’automne de 1940, quatre ans après Les Temps modernes (Modern Times). Il ne sera projeté dans les salles françaises qu’à partir du 1er avril 1945, après la libération de l’occupation allemande.

Le Dictateur s’ouvre en 1918, peu avant la fin de la première guerre mondiale, dans les tranchées du camp tomanien. Un homme de troupe, barbier dans la vie civile, complètement dépassé par les événements, est chargé de tirer les énormes obus de la Grosse Bertha dont le canon est pointé sur Notre-Dame de Paris, distante de 75 km. Perdu dans la brume, il se retrouve au milieu des Tommies et échappe à la capture en fuyant à bord d’un chasseur piloté par le commandant Schultz. Un atterrissage brutal conduit le barbier à l’hôpital d’où il sort, une vingtaine d’années plus tard, amnésique.

Charles Chaplin interprète deux personnages, le barbier juif du ghetto de la capitale de la Tomania, et Adenoïd Hynkel, le dictateur récemment arrivé au pouvoir, une caricature d’Adolf Hitler, « l’homme qui avait volé la moustache de Charlot ». L’autre dictateur, c’est Benzino Napaloni, le chef suprême de la Bacteria, l’image crachée de Benito Mussolini, incarné par Jack Oakie qui recevra, pour cette performance, l’Oscar du meilleur second rôle. L’identité des acolytes de Hynkel est immédiatement percée. Le gros Herring (« hareng » en anglais) ne peut être autre que Göring, et Garbitsch (quasi homophone de « garbage », ordure en anglais), vise évidemment Goebbels, en dépit de la lointaine ressemblance de l’acteur au modèle.

Le Dictateur réserve une place à la romance, celle du barbier avec la blanchisseuse Hannah, interprétée par Paulette Goddard que Chaplin avait secrètement épousée trois mois après la sortie de Les Temps modernes dans lequel elle tenait le rôle de « la gamine ».

Le Dictateur n’a pu sortir que grâce à l’indéfectible énergie de Charles Chaplin, résolu à ridiculiser les deux tyrans, à les affronter avec les armes de la comédie et de la dérision. Le projet a immédiatement fermé les cordons de la bourse des studios, refusant de s’aliéner les marchés de l’Allemagne et de l’Italie à une époque où Adolf Hitler apparaissait encore comme le sauveur providentiel de l’Allemagne, mise à genoux par le chômage et une inflation galopante (un pain a valu jusqu’à un milliard de marks !). Charles Chaplin investira 2 millions de dollars dans la production de son film. Il dira, plus tard, qu’il ne l’aurait jamais réalisé s’il avait su l’horreur des camps de concentration.

À chaque visionnement, le film confirme au spectateur, par une foule de petits détails qui avaient pu lui échapper auparavant, toute l’étendue du talent de Charles Chaplin : son art consommé du slapstick, longtemps rôdé dans ses représentations de Charlot/The Tramp, l’inspiration de ses chorégraphies, illustrée ici dans trois séquences, le rasage au rythme endiablé de la Deuxième danse hongroise de Brahms, la danse de Hynkel avec le ballon mappemonde, accompagné par le Prélude de Lohengrin de Richard Wagner et la danse burlesque du barbier sur un trottoir du ghetto après le coup de poêle asséné par Hannah (cette séquence n’aurait-elle pas donné à Gene Kelly et Stanley Donen l’idée de la danse dans le caniveau de Chantons sous la pluie ?).

Le Dictateur donne également à Charles Chaplin une nouvelle occasion de peaufiner ses talents d’imitateur avec une parodie des discours du Führer dans une langue inventée. Une confondante réussite due au génie de l’acteur et à une observation attentive du sujet.

Le Dictateur

Généralités - 4,5 / 5

Le Dictateur (125 minutes) et ses généreux suppléments (162 minutes), coédités par Potemkine Films et MK2, tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

À l’intérieur du boîtier, un livret de 108 pages, écrit par Alice Autelitano sous la direction de Cecilia Cenciarelli, reprend l’ouvrage The Great Dictator, publié en 2002 par Le Mani/Cineteca di Bologna. Il souligne, notamment, la place singulière qu’occupait Charles Chaplin à Hollywood, une indépendance qu’il revendiquait en écrivant : « Je n’appartiens pas à des groupes, des partis ou des factions, je ne crois pas au nationalisme, je me considère comme un homme et un artiste libre, et, surtout, un citoyen du monde ». L’ouvrage se poursuit sur les « secrets de fabrication » du film : deux ans consacrés à l’écriture du scénario, remanié jusqu’au dernier moment, 137 000 mètres de pellicule (83 heures !). Suit, Les grands dictateurs et leur cinéma, d’Enno Patalas, historien allemand du cinéma, rappelant l’obsession de Hitler, Staline et Mussolini pour le cinéma et l’attention qu’ils attachaient à leur image sur les écrans. La banalité du pouvoir, de Pietro Bellasi, professeur de sociologie à l’Université de Bologne, souligne le « grand soin apporté à la reconstruction de l’ameublement du bureau du Reichstag de Hitler/Hynkel » créé par J. Russell Spencer avec deux caractéristiques, « le gigantisme et la symétrie » et une « esthétique de la nitescence ». David Robinson évoque ensuite Les dessins préparatoires du studio Chaplin, les innombrables prises non utilisées des films du studio Mutual de 1916-17 et les archives numérisées et conservées par la Cineteca di Bologna qui constituent un matériau de recherche qui n’existe pour aucun autre cinéaste de cette époque. Le livret se poursuit avec une précieuse Anthologie critique, une suite d’articles de George Orwell, Sergei M. Eisenstein, Carlo Levi, Hannah Arendt, André Bazin, Béla Balázs, Renzo Renzi, Ennio Flaiano, Alberto Moravia et Ugo Casiraghi. Le livret se referme sur une Chronologie de Charles Chaplin et d’Adolf Hitler, allant de leur naissance, dans la même semaine d’avril 1889, le premier à Londres, le second à Braunau, en Autriche, jusqu’à la sortie du film dans le Nord de l’Italie, en mai 1945, puis sur une galerie de photos et la fiche technique et artistique du film.

Une édition DVD est sortie simultanément, sans le livret, et avec trois des sept bonus.

Le Dictateur

Bonus - 4,5 / 5

Chaplin retrouvé : Le Dictateur (23’, en italien, sous-titré, par Germano Maccioni). Après avoir voulu réaliser un film sur Napoléon, Charles Chaplin annonce en 1936 le projet du Dictateur.

La ressemblance de la moustache de Chaplin à celle de Hitler avait inspiré les journaux satiriques dès 1933, entraîné le bannissement de ses films en Allemagne et fait inscrire Chaplin sur la liste noire du livre de propagande Die Juden sehen dich an (Les Juifs te regardent). Le scénario passe d’un ton léger au début de 1938 à un ton plus accusateur, après la Nuit de cristal du 9 novembre 1938. Les copies du scénario sont distribuées le 3 septembre 1939, le jour de la déclaration de guerre par la France et le Royaume Uni, et le tournage commence le 9, en dépit de toutes les pressions exercées pour l’abandon du projet.

Supplément jeunesse : un éclairage sur Le Dictateur (12’, en français, Potemkine Films, 2020) : Le Dictateur expliqué à un enfant et l’analyse de deux scènes dans le ghetto.

Visite des studios Chaplin (13’, 1953, muet, commenté en français). En 1952, l’autorisation de séjour de Charlie Chaplin aux USA fut annulée. Il dut abandonner les studios qu’il avait fait construire sur Sunset Boulevard en 1918 et s’installa en Suisse. On retrouve dans les studios les décors et accessoires de plusieurs films.

The Tramp and the Dictator (55’, 2001, raconté par Kenneth Branagh, repris des éditions MK2 de 2008 et 2011). « Chaplin était un empereur : il possédait le monde ». Le film rappelle l’évolution des deux personnages, Hitler, symbole de la destruction et Chaplin, symbole du rire, et la montée de l’antisémitisme aux USA dans les années 30. Le tournage s’étala sur 559 jours, des scènes entières furent reprises après reconstruction de décors qui avaient été détruits. (Avec les témoignages de Ray Bradbury, Sidney Lumet, Sydney Chaplin, le fils de Charles Chaplin…).

Chaplin aujourd’hui : Le Dictateur (26’, MK2, 2003), par Serge Toubiana, avec la participation de Costa-Gavras. L’idée du film a été soufflée à Chaplin par Alexander Korda à un moment où Hitler avait encore une bonne image. Sans le soutien des studios, il finance seul son film pour « faire pencher l’Amérique du bon côté, celui du rire » et « ridiculiser par l’absurde les deux régimes fascistes, alors au maximum de leur gloire ». Il devint, avec les Marx Brothers, la bête noire des régimes fascistes. Il n’était pas juif, mais n’a jamais voulu dissiper le malentendu. Pour la première fois, Chaplin écrit un vrai scénario : il fera 300 pages. Un scénario visionnaire qui anticipait les camps de concentration, dont l’existence était alors inconnue.

Le tournage filmé en couleurs par Sydney Chaplin (26’, muet, 1.33:1, repris des éditions MK2 de 2008 et 2011) : la scène du bal en l’honneur de Napolini, la scène finale, dans le ghetto, celles des tranchées de 1918, filmées par le frère de Charles Chaplin.

Charlot barbier (7’) : une autre séance de rasage par une main nettement moins assurée que celle du barbier du ghetto de Tomania !

Le Dictateur

Image - 4,5 / 5

L’image (1.37:1), après une restauration soigneuse, est propre, stable, lumineuse, agréablement contrastée avec des noirs denses. Le grain du 35 mm a été contrôlé dans le respect de la texture originelle.

On frise la perfection avec, toutefois, quelques petits défauts résiduels, notamment dans la séquence de l’évasion du camp de concentration, commençant à 111 minutes.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0 de la version originale est d’une surprenante propreté, ni les bruits parasites, ni même le souffle n’ont échappé à la restauration. Les dialogues sont restitués avec une grande clarté, sans distorsions. Avec un spectre nécessairement concentré dans le medium, l’accompagnement musical est délivré avec une finesse appréciée, notamment, dans le délicat Prélude de Lohengrin.

Ces observations valent pour le doublage, aux dialogues placés un peu trop en avant.

Crédits images : © Roy Export SAS

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 11 novembre 2020
Charles Chaplin a investi tout son talent et toute son énergie pour réaliser, interpréter et produire en 1940 cette mise en accusation visionnaire, par la dérision, de l’abomination du nazisme. Ce chef-d’œuvre intemporel nous revient avec un bon lot de suppléments et un passionnant livret inédit.
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Patrick
Le 16 juin 2003
Attention chef d'oeuvre.
MK2 a fait un travail considérable sur la restauration de ce film, le coffret est magnifique, rien ne manque. Chaplin avait un immense talent.

A posséder absolument.
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Aurélien
Le 5 avril 2003
Image très nette, mais coupé car pas de 16/9. Son impeccable 5.1 Dolby Digital.

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