Nightfall (Poursuites dans la nuit) (1956) : le test complet du Blu-ray

Nightfall

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Jacques Tourneur
Avec Aldo Ray, Brian Keith et Anne Bancroft

Édité par Rimini Editions

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Le 10/09/2020
Critique

Film noir policier au style épuré, au suspense impressionnant, traversé par une esthétique parfois fantastique.

Nightfall

USA, Californie et Wyoming, 1956 : le dessinateur James Vanning est traqué à la fois par la police et par deux gangsters meurtriers, auteurs de l’attaque d’une banque. Marie Gardner, une jeune mannequin amoureuse lui vient en aide ainsi qu’un inspecteur de la compagnie d’assurance qui croit en son innocence bien que les circonstances laissent penser que Vanning se soit approprié le butin. Le cercle du danger les étreint tous les trois davantage à mesure que leur enquête se rapproche de sa clôture, les menant des rues chaudes de Los Angeles aux montagnes à la blancheur mortelle du Wyoming.

Nightfall-Poursuites dans la nuit (Nightfall, USA 1956) de Jacques Tourneur, adapté pour la Columbia par Stirling Silliphant d’après un roman de David Goodis, forme rétrospectivement un diptyque naturel avec son premier classique du film noir policier Pendez-moi haut et court - La Griffe du passé (Out of the Past, USA 1947) réalisé pour la RKO d’après un roman et un scénario de Daniel Mainwaring. On peut certes le rattacher aussi, plus globalement, à la veine fantastique de Tourneur (*) mais c’est génériquement un film noir policier. Il reprend l’oscillation de 1947 entre ville et nature sauvage, entre temps présent et récit au passé : elle donne lieu à un découpage sophistiqué, développant une structure au sein de laquelle tous les personnages apparaissent happés ou menacés par un destin se révélant brusquement d’une violence meurtrière à la brutalité impressionnante. Dans L’Homme léopard (USA 1943) de Jacques Tourneur d’après Cornell Woolrich, le destin était symbolisé par une boule soulevée par un mince jet d’eau qui la faisait constamment osciller. Il prend ici les formes pures du temps (« à une ou deux minutes près, nous ne nous serions pas rencontrés », dit un des gangsters au héros) et de l’espace (le broyeur de neige, livré à lui-même moteur allumé, décrit un cercle dans le rayon duquel un homme va effectivement, inexorablement, tôt ou tard, être broyé). Cette abstraction pourrait sembler artificielle : elle est réaliste en raison de l’écriture dont le suspense est concret et constant. L’ensemble est servi par une esthétique concertée : un léger déplacement de caméra, un millimétrique travelling latéral, modifient brusquement la donne dramatique et plastique. Une seconde temporelle de perdue ou de gagnée, un changement de point de vue spatial ample ou minime, suffisent à décider de la vie ou de la mort d’un personnage.

Nightfall

Reste deux différences considérables entre le classique de 1947 et celui-ci : le héros n’est plus ambivalent et l’héroïne incarnée par Anne Bancroft (alors au sommet de son érotisme) n’est plus une femme fatale (comme l’était la criminelle séduisante mais meurtrière incarnée par Jane Greer en 1947) mais un ange érotique, intelligent et compatissant. Le casting magnifie cette modification : alors que Aldo Ray a un physique de brute, une voix étrangement inquiétante par sa tonalité (seul Robert Hossein pourrait, mutatis mutandis, lui être comparé sur le plan phonique), le scénario lui confère une totale innocence et lui accorde l’amour d’une brune fine, élancée, timide, malade d’une solitude renforcée paradoxalement par sa profession. On n’y croirait pas vraiment (bien que les deux vedettes soient de remarquables acteurs) mais l’astuce suprême du scénario est bien de pourtant nous y faire croire car, après la rencontre criminelle qui a changé la vie de Vanning en enfer, Jacques Tourneur peut aisément nous convaincre que tout, décidément tout, peut arriver. La mort, le chaos mais aussi l’érotisme et l’amour existent : ils se heurtent tout du long sous nos yeux et sous ceux d’une Némésis inflexible dont les décrets sont impossibles à connaître avant que leurs effets ne soient matérialisés. C’est probablement par cette maîtrise totale de la matière et par ce jeu subtil avec cette matière (casting, espace, temps, genre, dépassement du genre) que Nightfall-Poursuites dans la nuit - en apparence film noir policier de série B - s’approche subrepticement mais décidément de la thématique majeure de Jacques Tourneur, à savoir celle du cinéma fantastique le plus authentique. L’année suivante, son Rendez-vous avec la peur (Night of the Demon, USA-GB 1957) en fournira l’admirable et définitive confirmation.

(*) Cette lecture thématique était l’objet de mon article paru, à l’occasion de son édition DVD en 2012, sur le site internet Stalker-Dissection du cadavre de la littérature. Je la crois toujours pertinente mais je profite de l’occasion offerte par cette édition Blu-ray 2020 pour la compléter sur le plan historique et esthétique. On pourra en outre la compléter tout naturellement par la lecture de mon autre article sur ce génial Tourneur qu’est Night of the Demon, également paru et archivé là-bas.

Nightfall

Généralités - 4,0 / 5

1 combo Blu-ray 50 région B + DVD, 1980 x 1080p , édité par Rimini, le 19 août 2020. Image N&B au format original 1.85 respecté, compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 Mono VOSTF ou VO sans STF, au choix. Durée du film : 79 min. environ. Supplément : Présentation par Mathieu Macheret (16/9). Seul le Blu-ray a été testé.

Bonus - 2,5 / 5

Présentation par Mathieu Macheret (durée 35 min. environ, 16/9 couleurs, VF) : situation de Jacques Tourneur dans l’histoire du cinéma, situation de Nightfall-Poursuites dans la nuit dans sa filmographie et dans l’histoire du film noir policier américain, analyse thématique et esthétique de certains plans, de certaines séquences. Bonne mais uniquement illustrée d’extraits du film (ce qui est inutile), sans aucune affiche ni photo de plateau ou d’exploitation (ce qui est toujours dommage). Longue, trop longue car elle paraphrase parfois le scénario et est parfois redondante (même oralement : « Voilà… » revient un peu trop souvent en fin de phrase) mais elle est sympathique car attentive à ce titre qui mérite d’être (re)découvert. Cette présentation ne remplace évidemment pas l’ancien livret (80 pages) de Philippe Garnier joint à l’ancienne édition DVD collector Wild Side Vidéo, collection Confidential Classics sortie en 2012.

Nightfall

Image - 5,0 / 5

Format original écran large respecté 1.85 en N&B, compatible 16/9 : très belle copie argentique positive, en parfait état, de toute évidence retirée d’après le négatif. Direction de la photographie parfois sophistiquée, signée Burnett Guffey, magistrale en extérieurs nuits dans les montagnes, ce qu’il y a de plus difficile à filmer au cinéma. Numérisation conciliant d’une manière équilibrée lissage vidéo et respect du grain, remarquable gestion des dégradés noirs et gris. C’est désormais l’édition française de référence, concernant la qualité de l’image.

Son - 5,0 / 5

DTS-HD Master Audio 2.0 en VOSTF ou VO sans STF : aucune VF d’époque à regretter car le titre demeura (presque) inédit en France au cinéma. C’est la télévision (pendant un cycle Jacques Tourneur vers 1983) qui le révéla tardivement en VOSTF au grand public cinéphile. Piste sonore en excellent état, parfaitement nettoyée, très dynamique : elle devient, sur ce plan aussi, la nouvelle référence.

Crédits images : © Rimini Éditions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 11 septembre 2020
Film noir policier au style épuré, au suspense impressionnant, traversé par une esthétique parfois fantastique.

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