La Rue chaude (1962) : le test complet du Blu-ray

Walk on the Wild Side

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Edward Dmytryk
Avec Laurence Harvey, Capucine et Jane Fonda

Édité par Wild Side Video

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Le 25/01/2022
Critique

Ce film méconnu d’Edward Dmytryk, inédit, annonce des adieux au cinéma de Barbara Stanwyck et l’entrée en scène tapageuse de Jane Fonda.

La Rue chaude

Après avoir vainement tenté de faire du stop, le Texan Dove Linkhorn, résigné à passer la nuit sous les étoiles, rencontre une jeune femme, Kitty Twist. Les deux vont à La Nouvelle Orléans où Dove finira par retrouver Hallie, son ancienne petite amie dont il était sans nouvelles depuis longtemps. Hallie n’ose pas lui avouer qu’elle est une des pensionnaires du bordel du Quartier Français tenu par Jo Courtney, le Doll House, dans lequel Kitty se fait embaucher…

La Rue chaude (Walk on the Wild Side), sorti en 1962, est le quarante et unième de la cinquantaine de longs ou moyens métrages réalisés par Edward Dmytryk de 1935 à 1975, dans tous les genres, film noir, mélodrame, western, guerre, romance… parmi lesquels se distinguent Adieu ma jolie (Murder My Sweet, 1944), Feux croisés (Crossfire, 1947), L’Obsédé (Obsession, 1949, encore inédit en vidéo en France), Ouragan sur le Caine (The Caine Mutiny, 1954), Vivre un grand amour (The End of the Affair, 1955), Le Bal des maudits (The Young Lions, 1958) et L’Homme aux Colts d’or (Warlock, 1959).

La Rue chaude est l’adaptation par John Fante et Edmund Morris (et quelques autres, parmi lesquels Ben Hetch) du roman A Walk on the Wild Side, publié par l’écrivain américain Nelson Algren en 1956. Une adaptation très libre d’un ouvrage sulfureux en une histoire d’amour.

Après un tournage perturbé par l’interventionnisme du producteur Charles K. Feldman, par l’inimitié entre les deux acteurs principaux, Capucine et Laurence Harvey, par de multiples modifications du scénario, entre autres problèmes, le film, tièdement accueilli par la critique, connaît pourtant un relatif succès commercial, en grande partie dû à sa distribution cinq étoiles.

La Rue chaude

Don’t talk to me about love! What do you know?

Ne me parle pas d’amour ! Tu n’y comprends rien ! L’affrontement de Jo avec son mari (cul de jatte !) donne à Barbara Stanwyck une des belles occasions de démontrer la force de son talent. Laurence Harvey s’était hissé au plus haut niveau de sa popularité dans Les Chemins de la haute ville (Room at the Top, Jack Clayton, 1959), bien qu’il soit peu crédible dans son incarnation d’un vagabond, pas plus que Capucine dans celle d’une prostituée. On retrouve dans les rôles secondaires Anne Baxter, devenue une star des années 40-50 avec Le Fil du rasoir (The Razor’s Edge, Edmund Goulding, 1946) et Eve (All About Eve, Joseph L. Mankiewicz, 1950) ainsi que Jane Fonda, encore à ses débuts : à 24 ans, elle fait une entrée fracassante, un peu trop peut-être, avec sa composition de Kitty.

La Rue chaude bénéficie en outre de la photo de Joseph MacDonald qu’Edward Dmytryk a utilisé pour huit de ses films, dont Le Bal des maudits (The Young Lions, 1958), L’Homme aux Colts d’or (Warlock, 1959), sélectionné pour l’Oscar de la meilleure photographie et Les Ambitieux (The Carpetbaggers, 1964, encore inédit en vidéo en France).

La Rue chaude a deux autres atouts, la composition d’Elmer Bernstein, nommé à l’Oscar de la meilleure musique et l’inoubliable générique au chat noir de Saul Bass dont le génie avait été reconnu dès 1955 pour une autre adaptation d’un roman de Nelson Algren, L’Homme au bras d’or (The Man with the Golden Arm, Otto Preminger). Une contribution si remarquable qu’elle fit écrire à un critique du Los Angeles Times : « Le chat chaloupant de la séquence du générique promet plus que ne livre le film ! » Un rappel : l’unique long métrage de Saul Bass, Phase IV, est sorti en 2020 dans une magnifique édition saluée par le Prix curiosité décerné par le jury DVD/Blu-ray du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision.

Voilà plusieurs bonnes raisons d’accueillir chaudement l’édition par Wild Side Video de La Rue chaude, un des films d’Edward Dmytyrk encore introuvables dans les catalogues français.

La Rue chaude

Généralités - 5,0 / 5

La Rue chaude (114 minutes) et ses suppléments (34 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, en compagnie d’un DVD-9, dans les couvertures d’un mediabook. Le test a été effectué sur un check disc du seul Blu-ray.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres imposés, et dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Un livret de 50 pages écrit par Philippe Garnier, intitulé La Rue chaude, mais pas trop, s’ouvre sur Nelson Algren, la plume aux oeufs d’or, l’écrivain devenu célèbre depuis L’Homme au bras d’or (The Man with the Golden Arm), adapté au cinéma par Otto Preminger en 1955, alors qu’il venait de terminer A Walk on the Wild Side, « un livre sans réelle intrigue, plus une succession de poèmes en prose et digressions sur les vagabonds de la faim (…) un matériau sulfureux mais invertébré » qui, curieusement, suscita l’excitation à Hollywood. Les droits furent acquis pour Columbia Pictures par Charles K. Feldman, « connu pour acheter des livres qu’il n’avait pas lus » qui fit « plancher au moins sept scénaristes pour tailler une histoire d’amour plus ou moins viable dans ce tissu d’histoires scabreuses ». Suit, Charles K. Feldman : trois idées par jour qui détaille les conditions tendues de l’écriture du scénario à laquelle a participé Ben Hetch. Edward Dmytryk, le professionnel, après un bref rappel de la carrière du cinéaste et des multiples ajustements du scénario, en vient au « tournage d’enfer » à La Nouvelle Orléans et aux studios Columbia, dans un climat électrique entre Edward Dmytryk et Charles Feldman, entre Capucine er Laurence Harvey. Malgré des critiques mitigées, ou franchement méprisantes (notamment en France), le film fut un succès indéniable bien qu’il n’ait pu couvrir tout le coût de production.

La Rue chaude

Bonus - 2,5 / 5

Impasse à Perdido Street par François Guérif (34’, Wild Bunch, 2021), auteur de plusieurs ouvrages sur le cinéma, dont Le Film noir américain (Denoël, 1999). Le scénario fait une adaptation distante, très sentimentale, du livre de Nelson Algren (1909-1981), connu en France pour avoir été « l’amant de coeur » de Simone de Beauvoir. Le film marque aussi « l’apparition d’une star, Jane Fonda (…) et la dernière grande prestation de Barbara Stanwyck ». Le courant ne passe pas entre Capucine et Laurence Harvey qui disparaît des studios pendant huit jours, alors que Jane Fonda entreprend la réécriture des dialogues ! Des conditions qui ont pu décourager Edward Dmytryk et expliquer le recours pour le tournage de scènes additionnelles à… Blake Edwards ! François Guérif souligne le talent et le professionnalisme de Barbara Stanwyck, unanimement reconnus par les cinéastes, notamment par Frank Capra « qui a écrit des pages sur elle ». Jane Fonda « dégage une extraordinaire sensualité ». Dans son deuxième rôle, après celui d’une fille sage dans La Tête à l’envers (Tall Story, Joshua Logan, 1060), elle « s’éclate » dans celui d’une prostituée alors que Laurence Harvey reste « figé ». Le fait que Barbara Stanwyck ait accepté d’interpréter un personnage assez explicitement homosexuel a classé La Rue chaude parmi les jalons cinématographiques de la communauté LGBT+.

La Rue chaude

Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1), restaurée pour l’édition sortie aux USA en septembre 2021, débarrassée de toute marque de dégradation de la pellicule, stabilisée, avec des blancs lumineux et des noirs denses, déploie un fin dégradé de gris, avec un traitement du grain respectueux de la texture argentique. Une restauration exemplaire !

Son - 5,0 / 5

Même constat pour le son de la version originale : très propre, lui aussi, pratiquement sans souffle. Grâce à une bonne dynamique et à une large ouverture de la bande passante pour un film de cet âge, il restitue avec clarté les dialogues et avec finesse l’accompagnement musical d’Elmer Bernstein.

Le doublage en français, affecté par le timbre étouffé des dialogues, par des baisses de niveau du volume sonore et par un souffle assez fort, n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.

Crédits images : © Famous Artists Productions, Columbia Pictures, Famartists Productions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 25 janvier 2022
Pour ses adieux au cinéma, Barbara Stanwyck livre une de ses meilleures performances dans ce film noir méconnu, encore inédit, d’Edward Dmytryk. Il a deux autres atouts, la photo de Joseph MacDonald et la composition provocante d’une débutante résolue à se faire un prénom, Jane Fonda.

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Multimédia
La Rue chaude
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La Rue chaude
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