La Maison aux sept pignons (1940) : le test complet du Blu-ray

The House of the Seven Gables

Réalisé par Joe May
Avec George Sanders, Margaret Lindsay et Vincent Price

Édité par Rimini Editions

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Le 13/11/2020
Critique

Deux stars de Hollywood au début de leur carrière, George Sanders et Vincent Price, dans une adaptation, encore inédite, d’un classique de la littérature américaine.

La Maison aux sept pignons

Au milieu du XVIIème siècle, en Nouvelle Angleterre, le colonel Jaffrey Pyncheon accusa de sorcellerie le charpentier Matthew Maule pour s’approprier ses terres. L’homme lança une malédiction : « Dieu lui a fait boire du sang ! » Le jour où s’achevait la construction du manoir sur les terres de Maule, le colonel fut retrouvé mort dans sa nouvelle bibliothèque, du sang ruisselant de sa bouche. La rumeur se répand que la demeure serait hantée par le fantôme de Maule et que de l’or y aurait été caché. Cent soixante ans plus tard, en 1828, le manoir est habité par Gerald Pyncheon, son fils Clifford, fiancé à sa cousine Hepzibah. La famille étant ruinée, Clifford veut vendre la demeure, mais son frère Jaffrey, un avocat, s’y oppose. Au cours d’une vive discussion avec Clifford, Gerald, a un malaise : dans sa chute, sa tête heurte un presse-papier. Clifford, accusé de parricide par Jaffrey, est condamné à la prison à vie…

La Maison aux sept pignons (The House of the Seven Gables) est l’adaptation du roman éponyme publié par Nathaniel Hawthorne en 1851, qui fut, depuis 2010, la source d’inspiration d’une dizaine de films ou téléfilms, le dernier, sorti en 2018, sous la forme d’un court métrage d’animation. Un autre de ses romans, The Scarlet Letter (« la lettre écarlate »), publié un an avant, suscitera plus d’adaptations avec, notamment, La Lettre écarlate (Der scharlachrote Buchstabe, Wim Wenders, 1973) et Les Amants du nouveau monde (La Lettre écarlate) (The Scartlet Letter, Roland Joffé, 1995).

La Maison aux sept pignons

Joe May, Joseph Otto Mandel pour l’état civil, né en Autriche en 1880, est un des pionniers du cinéma allemand. Il mit le pied à l’étrier à Fritz Lang et rejoignit les USA en 1934 pour échapper au nazisme. Il y réalisa, jusqu’en 1944, une dizaine de films pour Universal, dont Le Retour de l’homme invisible (The Invisible Man Returns), en 1940.

Le scénario de Lester Cole (Aventures en Birmanie / Objective, Burma!, Raoul Walsh, 1940) prend quelques libertés avec le roman : il fait de Clifford un homme fougueux et le frére de Jaffrey et le cousin de Hepzibah. Dans le roman, il est le cousin de Jaffrey et le frère de Hepzibah et revient anéanti par trente ans de prison. Communiste déclaré, un des fondateurs de la Writers Guild of America, Lester Cole sera un des dix inscrits sur la liste noire du House Un-American Activities Committee.

La Maison aux sept pignons, grâce à la photographie de Milton R. Krasner, oscarisé pour La Fontaine des amours (Three Coins in the Fountain, Jean Negulesco, 1954), doit aussi beaucoup à une distribution réunissant Georges Sanders et Vincent Price dans le rôle des deux frères ennemis.

La Maison aux sept pignons, encore introuvable en France, valait largement une édition vidéo.

La Maison aux sept pignons

Généralités - 4,0 / 5

La Maison aux sept pignons (89 minutes) et son supplément (37’) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose la minisérie dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, au format DTS-HD Master Audio 1.0.

À l’intérieur du boîtier, un livret de 28 pages intitulé Naissance d’une diva nommée Sanders, écrit par Nicole Cloarec, maître de conférences en anglais à l’université Rennes 1. Le livret s’ouvre sur une introduction par Stéphane Chevalier rappelant la genèse du film produit par Universal, surfant alors sur la vague de l’horreur, le recrutement de Lester Cole et Joe May et des acteurs principaux. Le rehaussement des décors, construits pour des acteurs de 1m75 (Vincent Price mesurait 1m93) retarda le tournage, perturbé ensuite par les relations difficiles entre George Sanders et Joe May, fut bouclé en 23 jours, le 30 janvier 1940. Le film reçut un bon accueil et boosta la carrière de Vincent Price. Suit, George Sanders ou l’élégance du détachement, un acteur associé au personnage cynique d’Addison DeWitt dans All About Eve de Joseph Mankiewicz, qui lui valut un Oscar. Il est encore au début de sa carrière quand son nom apparaît en tête de l’affiche de La Maison aux sept pignons, une production à petit budget qui conforte son image de méchant. L’article s’appuie notamment sur l’autobiographie de George Sanders, Memoirs of a Professional Cad (« mémoires d’un goujat professionnel ») pour retracer le parcours de l’acteur, ses débuts au cinéma en Angleterre à 30 ans, après avoir bourlingué en Amérique du Sud, ses débuts à Hollywood avec Lloyds of London, réalisé par Henry Kind en 1936, le premier d’une suite d’interprétations d’aristocrates anglais, avant des « des rôles typés d’ennemis allemands arrogants et cruels. » Après une revue assez détaillée de ses rôles principaux, Nicole Cloarec choisit de donner le dernier mot à George Sanders : « Les acteurs sont de curieux composés de faits et de fantasmes. Ce sont des envoûteurs qui sont liés par leurs propres sorts. »

Une édition DVD sort simultanément, avec le même contenu.

La Maison aux sept pignons

Bonus - 4,5 / 5

Présentation du roman de Nathaniel Hawthorne par Pascal Françaix, essayiste et critique (37’, Rimini, 2020). Nathaniel Hawthorne fait partie de la deuxième génération des écrivains classiques américains, la première étant surtout représentée par Washington Irving et James Fenimore Cooper. Une vingtaine d’années plus tard, trois auteurs prendront la relève, Nathaniel Hawthorne, Herman Melville et Edgar Allan Poe. Ils vont s’éloigner du réalisme de la littérature anglaise pour fouiller « les zones d’ombre de l’âme humaine », un genre que Nathaniel Hawthorne théorise dans sa préface de The House of the Seven Gables et qu’il appelle « romance » et qu’on peut voir comme un prolongement de la littérature gothique européenne, inauguré par The Castle of Otranto, publié en 1764 par Horace Walpole, dans le courant duquel se rangeront le Frankenstein de Mary Shelley et le Dracula de Bram Stoker. Un genre caractérisé par ses décors de vieux châteaux, de cimetières sous la lune, par ses personnages, la jeune fille sans défense, exposée aux menaces d’un homme tyrannique, par ses rebondissements, qui lui valurent l’étiquette de « roman frénétique ». The House of the Seven Gables arrive après la vague du roman gothique, gomme les éléments surnaturels, ancre le récit dans l’actualité. On sait maintenant que l’action se situait à Salem, où on a retrouvé la maison décrite dans le roman qui contient beaucoup d’éléments autobiographiques : l’arrière-grand-père de Hawthorne était un des juges du procès des sorcières de Salem, et Pascal Françaix en relève bien d’autres. Il s’agit d’un roman moderne, dans lequel l’auteur s’adresse au lecteur, préfigurant une technique du Nouveau roman. Le film, produit par Universal qui avait fait de l’horreur et du fantastique sa marque de fabrique, gomme toute référence au surnaturel. C’est un mélodrame romantique avec une teinture politique donnée par Lester Cole qui attribue au personnage de Matthew Holgrave des visées antiesclavagistes absentes du livre. Pascal Françaix évoque les neuf adaptations pour le cinéma et la télévision, dont trois ont disparu. Il souligne l’intérêt de l’adaptation faite en 1960 sous la forme d’un épisode de la série Shirley Temple’s Storybook (*), avec Martin Landau dans le rôle de Clifford, accentuant l’aspect gothique du roman et de Twice-Told Tales, réalisé par Sidney Salkow en 1963, où Vincent Price incarne Gerald Pÿncheon dans un des trois sketches. Une anticipation du genre « maison hantée » qui allait faire florès dans les années 80. Un utile et passionnant supplément !

(*) visible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=W8qfX80qRK0).

La Maison aux sept pignons

Image - 4,0 / 5

L’image (1.37:1, 1080p, AVC), après une restauration opérée pour l’édition Kino Lorber sortie aux USA en avril 2019, offre des blancs lumineux, des noirs denses, et un agréable dégradé de gris, soigneusement étalonné. Les marques d’une détérioration de la pellicule ont été effacées, avec un contrôle du grain respectueux du 35 mm. Seules subsistent quelques rayures et taches blanches à peine détectables et une légère et occasionnelle instabilité lumineuse.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, très propre, pratiquement sans souffle, avec une assez bonne dynamique et une bande passante nécessairement étroite, restitue clairement les dialogues dans un bon équilibre avec l’accompagnement musical, sans distorsions gênantes.

Crédits images : © Rimini Éditions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 13 novembre 2020
Grâce à Rimini Éditions, cette belle adaptation du célèbre roman de Nathaniel Hawthorne, encore inédite en France, nous permet de retrouver, au début de leur carrière, deux grandes stars de Hollywood, George Sanders et Vincent Price. Cette édition contient un entretien et un livret, d’utiles compléments du film.

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