Les Charognards (1971) : le test complet du Blu-ray

The Hunting Party

Édition Collection Silver Blu-ray + DVD

Réalisé par Don Medford
Avec Oliver Reed, Gene Hackman et Candice Bergen

Édité par Sidonis Calysta

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Le 15/02/2021
Critique

Un des grands westerns américains de la décennie 1970-1980 : baroque, tragique, ultra-violent.

Les Charognards

Texas, USA vers 1870. Le bandit Frank Calder enlève Melissa, une institutrice bénévole qu’il trouve belle et qui pourrait lui apprendre à lire, ce qui joindrait l’utile à l’agréable. Il ignore à ce moment qu’elle est l’épouse (insatisfaite) du très riche et très brutal propriétaire Brandt Ruger mais il ne va pas tarder à l’apprendre. Ruger qui chassait avec ses amis, leur propose de changer de gibier : munis de fusils à longue portée, ils peuvent engager sans trop de risque ― croit-il ! ― les 26 hommes du gang de Calder. Melissa tombe amoureuse de son ravisseur ; on le fait savoir à son époux qui en a bientôt confirmation visuelle. Ruger la considérait déjà comme impure (car probablement violée) mais cela augmente sa fureur : il la condamne également à mort. La poursuite, émaillée de sanglants combats causant de plus en plus de victimes dans les deux camps, vire au cauchemar.

Les Charognards (The Hunting Party, USA 1971) de Don Medford est l’un des grands westerns américains ultra-violents de la décennie 1970-1980. « Culte, brutal, sauvage, impitoyable » annonce le slogan de son éditeur français : il n’y a pas d’exagération car ce film était, en effet, devenu culte au tournant des années 2000 et les trois autres adjectifs qualifient correctement son climat authentiquement tragique, au sens pur qu’avait ce terme dans l’antiquité grecque.

Tourné à Almeria en Espagne dans l’espace où avaient été tournés de nombreux westerns européens depuis 1964, photographié et monté d’une manière régulièrement virtuose par des techniciens espagnols, porté par une musique baroque signée par le compositeur italien Riz Ortolani, doté d’un casting américain et anglais de premier choix, Les Charognards prend place auprès des meilleurs westerns de cette époque, signés par des cinéastes anglo-saxons aussi divers et talentueux que Michael Winner, Sam Peckinpah, Andrew McLaglen, Blake Edwards qui illustrèrent le genre dans les années 1970-1975. Il témoigne de la volonté des producteurs américains de reprendre l’avantage sur le western européen non seulement en tournant sur ses terres mais encore en augmentant d’un cran supplémentaires sa violence graphique, son réalisme sociologique et psychologique (ici le sadisme et l’impuissance ouvrent l’intrigue d’une manière crue, impensable antérieurement dans l’histoire du genre) sans oublier un soupçon d’érotisme graphique (le déshabillage de la belle actrice chinoise Francisca Tu avait été coupé par la censure dans certains pays). À noter que, l’année suivante, Les Collines de la terreur (Chato’s Land, USA 1972) de Michael Winner reprendra l’acteur Simon Oakland dans un rôle similaire mais en lui conférant un caractère diamétralement opposé puisqu’il sera fanatique et acharné à traquer sa proie.

Les Charognards

C’est l’âge d’or de l’acteur Oliver Reed, issu du cinéma fantastique (il est révélé par des Hammer Films britanniques fantastiques mis en scène par Terence Fisher, Joseph Losey, Freddie Francis, John Gilling entre 1959 et 1965) et devenu durant la période 1970-1980 l’un des meilleurs acteurs du cinéma de la violence. Son physique lui permet de jouer des rôles chargés d’un poids tragique, authentiquement shakespearien, ici transporté au niveau surréaliste de l’amour fou : ce sera aussi le cas du rôle qu’il tiendra peu de temps plus tard dans le génial La Cible hurlante (Sitting Target, GB-USA 1972) de Douglas Hickox, encore scandaleusement inédit en vidéo numérique chez nous alors que c’est un des meilleurs films noirs anglais policiers de la période 1970-1980. Dans les deux cas, le niveau de violence des scénarios finit par amener le film au bord du fantastique. Ajoutons, dans le cas de Les Charognards, qu’il y a toujours eu une fascination pour le désert comme espace de folie et de mort dans le western américain classique (chez Raoul Walsh, chez John Ford, chez Howard Hawks, chez William A. Wellman et bien d’autres) comme dans le western européen de la période 1964-1968: c’est encore une fois là-bas, dans cet espace, que s’achève ce western hybride de 1971, au carrefour des deux catégories du genre, l’américaine et l’européenne. C’est aussi l’âge d’or de l’acteur Gene Hackman, découvert par des cinéastes tels que Robert Rossen et Arthur Penn dans les années 1965 et qui sera bientôt oscarisé cette même année 1971 pour son célèbre rôle dans le film noir policier américain French Connection (USA 1971) de William Friedkin. Notons aussi que le cinéaste Don Medford (1917-2012) aura pratiquement fait toute sa carrière à la télévision américaine de 1950 à 1990. Les Charognards et L’Organisation (USA 1971) sont les deux seuls titres, d’ailleurs tournés la même année, maintenant sa mémoire sur le pur plan cinématographique.

Mentionnons enfin une belle direction artistique : les spectaculaires fusils à longue portée et très longue lunette sont appelés par Gene Hackman, lorsqu’il en offre des exemplaires à ses amis dans son train privé, des « Sharps-Borchardt, modèle Creedmoor » mais les cinéphiles américains cultivés assurent qu’il s’agit, en réalité, de Martini-Henry fabriqués par la Providence Tool Company sous licence Peabody vers 1870, autrement dit et plus simplement de fusils « Peabody-Martini ». De quel calibre ? Je l’ignore mais, étant données leurs performances balistiques, le recul devait être bien plus violent que ce qu’on voit à l’écran et l’oeil devait se tenir beaucoup moins près de la lunette si on voulait éviter une blessure. Le nom (Ruger) du rancher remarquablement (comme toujours) joué par Gene Hackman est aussi celui d’une célèbre marque américaine d’armes légères (Sturm, Ruger & Co, fondée en 1949 et souvent désignée par « Ruger » tout court dans la littérature armurière et sur son propre site internet actuel), clin d’oeil évident de l’un des scénaristes à une partie de son public.

Les Charognards

Généralités - 3,0 / 5

Edition combo 1 BRD région B + 1 DVD 9, édités par Sidonis, collection Silver Blu-ray, le 12 janvier 2021.

Image couleurs au format 1.85 compatible 16/9 région B encodé en 1080p Full HD sur le Blu-ray. Son VF, VO et VOSTF à la norme DTS HD Master audio 2.0. Durée du film : 111 min. sur BRD, 106 min. 30 sec. sur DVD. Suppléments (identiques sur le Blu-ray et sur le DVD du combo) : présentation par Patrick Brion, présentation et analyse par Olivier Père, souvenirs de tournage de l’acteur Mitchell Ryan, film-annonce original.

Bonus - 4,0 / 5

Présentation par Patrick Brion (2008, durée environ 7 min.) : sans intérêt et se contentant de généralités sur l’évolution du genre d’une part, de remarques sur deux acteurs très secondaires d’autre part. Elle est illustrée de quelques petites affiches incrustées. Elle est reprise de l’ancienne édition DVD Sidonis et il était temps de la compléter (sinon de la remplacer) par une présentation réellement utile.

Présentation et analyse par Olivier Père (2021, durée environ 40 min.) : un peu longue, inutilement illustrée d’extraits du film qu’on vient de visionner, et au ton un peu trop monocorde donc inévitablement un peu lassante mais néanmoins excellente sur le fond car couvrant correctement l’ensemble des aspects thématiques (notant bien la double appartenance générique du film puisque son thème relève historiquement autant du cinéma fantastique que du western) et esthétiques du film. Jugements nourris, précis et utiles sur les bio-filmographies des acteurs Oliver Reed (révélé par plusieurs Hammer Films fantastiques signés Terence Fisher, John Gilling et Joseph Losey entre 1959 et 1965) et Gene Hackman, du cinéaste Don Medford (surtout actif à la télévision), du producteur Lou Morheim. Juste une correction : Père pense que l’oscar de 1971 n’aurait plus permis à Hackman d’accepter par la suite un rôle aussi négatif que celui qu’il tient dans le titre de Medford de 1971 mais c’est faux puisqu’il acceptera d’en jouer un bien pire encore (celui d’un proxénète esclavagiste) dans Carnage (Prime Cut, USA 1972) de Michael Ritichie (*).

Les Charognards

Souvenirs de l’acteur Mitchell Ryan (2017, VOSTF, durée environ 12 min.) : ces souvenirs étaient déjà visibles sur l’édition américaine Kino Lorber et ils sont ici munis d’utiles sous-titres bien traduits. Ryan interprète un des meilleurs seconds rôles du film et il sera non moins remarquable dans un excellent second rôle qu’il tiendra deux ans plus tard dans le Magnum Force (USA 1973) de Ted Post. Il se souvient précisément de l’atmosphère du tournage espagnol, du talent et de l’alcoolisme d’Oliver Reed. Intéressante information concernant la scène où il est achevé au revolver par Reed : c’est ce dernier qui l’aurait imaginée et qui aurait faite accepter sa conception au réalisateur.

Bande-annonce originale (1.85 couleurs DeLuxe, 16/9, VO sans STF, durée environ 3 min.) : en état argentique passable, au grain plus prononcé et aux couleurs plus vives que le film de référence, très bien montée et dotée d’une voix-off typique de celles qui présentaient ce genre de films à l’époque : incroyablement grave. Un de ses slogans fait explicitement référence au titre original du classique de l’âge d’or du cinéma fantastique américain Les Chasses du Comte Zaroff / La Chasse du comte Zaroff (The Most Dangerous Game, USA 1932) de E. B. Schoedsack et I. Pichel, produit par Merian C. Cooper, adapté de la nouvelle homonyme de Richard Connell (1924).

(*) L’éditeur français Carlotta Films a sorti en Blu-ray Carnage (Prime Cut, USA 1972) de Michael Ritchie et Carnage (The Burning, USA 1981) de Tony Maylam. Pour éviter la confusion, le titre original américain du titre de 1972 est prioritaire sur la jaquette française, tandis que le titre français d’exploitation du film de 1981 est prioritaire sur l’autre jaquette. Mais en réalité, ils font tous les deux partie d’une assez longue liste de films sortis en France sous le même titre homonyme d’exploitation, simplement dotés d’un visa au numéro différent par le Centre National du Cinéma. Il faut encore, parmi les homonymes les plus intéressants, y ajouter au moins l’intéressant et rare Carnage (Corruption, GB 1968) de Robert Hartford-Davis avec Peter Cushing et Sue Lloyd.

Les Charognards

Image - 5,0 / 5

Restauration Full HD 1080p au format original 1.85 respecté, couleurs un peu moins vives que sur la bande-annonce, compatible 16/9. Copie argentique en très bon état mis à part deux ou trois griffures ou poussières blanches qui se comptent sur les doigts d’une main sur une durée de presque 110 minutes, ce qui est une belle performance technique en matière de restauration. Excellente définition vidéo qui en fait, sans difficulté, l’édition française de référence. Autre intérêt : il s’agit d’une copie « uncut » complète dans laquelle on peut voir certains plans coupés par diverses censures au moment de la sortie. Direction photo virtuose signée Cecilio Paniagua : les fondus (superposition plus ou moins brève enchaînant un nouveau plan sur un ancien) sont admirables de précision et de beauté.

Son - 5,0 / 5

VO, VOSTF et VF d’époque en DTS Master Audio en Dual Mono 2.0 : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Comme d’habitude, la VO est un peu mieux équilibrée que la VF d’époque mais cette dernière est cependant très bonne sur le plan dramaturgique et parfaitement adaptée aux personnages : l’acteur français Marcel Bozzuffi doublait Oliver Reed d’une manière pertinente même si la simultanéité des mouvements de lèvres n’était pas toujours synchronisée à la seconde près (dans un ou deux plans seulement, au demeurant). Partition musicale célèbre signée Riz Ortolani, une de ses meilleures.

Crédits images : © Brighton Pictures, Levy-Gardner-Laven

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 16 février 2021
Un des grands westerns américains de la décennie 1970-1980 : doté d'une esthétique baroque, d'un scénario au thème tragique, d'un très haut degré de violence graphique.

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