Out of the Blue (1980) : le test complet du Blu-ray

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Dennis Hopper
Avec Linda Manz, Dennis Hopper et Sharon Farrell

Édité par Potemkine Films

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Le 22/12/2021
Critique

Un chef-d’oeuvre, trop longtemps mésestimé, du réalisateur d’Easy Rider nous revient nouvellement restauré, dans une édition définitive.

Out of the Blue

Don, un camionneur alcoolique et désabusé, a percuté un bus rempli d’enfants. Tandis qu’il purge une peine de prison, Katie, sa femme, se réfugie dans la drogue et les bras d’autres hommes, et Cindy, sa fille, multiplie les fugues et ne jure que par Johnny Rotten, le chanteur des Sex Pistols. Lorsqu’il est libéré, Don tente d’impulser un nouveau départ à une famille anéantie. Mais les démons du passé ressurgissent…

Out of the Blue est le troisième film réalisé par Dennis Hopper qui s’était fait connaître comme acteur, auprès de James Dean, dans La Fureur de vivre (Rebel Without a Cause, Nicholas Ray, 1955), puis Géant (Giant, George Stevens, 1956), avant d’être écarté des studios en raison d’un différend avec Henry Hathaway pendant le tournage de La Fureur des hommes (From Hell To Texas, 1958) quand il s’obstina à refuser de « jouer comme Marlon Brando ».

L’énorme succès de sa première réalisation, Easy Rider, saluée par le Prix du meilleur premier film à Cannes en 1969, incita les studios à financer la production de The Last Movie qu’il put tourner très librement. Titre prémonitoire : l’échec commercial et critique fera de cette oeuvre, pourtant primée à Venise, le dernier de ses films que les grands studios accepteront de produire. Il restera dix ans sans pouvoir tourner.

Il pourra pourtant réaliser Out of the Blue grâce au soutien de ses amis, notamment du producteur indépendant Paul Lewis qui lui proposa de remplacer Leonard Yakir, le réalisateur initialement recruté.

Out of the Blue

Après avoir remanié le scénario, inspiré disait-il par la chanson de Neil Young, « My, My, Hey, Hey », leitmotiv de la bande sonore, Dennis Hopper conserva dans la distribution Raymond Burr, décida d’interpréter le personnage de Don, choisit, pour tenir le rôle de Katie, l’épouse de Don, Sharon Farrell, connue pour sa participation à de nombreuses séries télévisées. Linda Manz, que Terrence Malick avait révélée à 17 ans dans Les Moissons du ciel (Days of Heaven, 1978), incarne avec un étonnant naturel Cindy, l’adolescente rebelle et destructrice, personnage principal du film. Ce fut l’apogée de sa courte carrière d’actrice : après une quinzaine de contributions à la télévision, elle disparaîtra des écrans en 1997 après un petit rôle dans The Game de David Fincher.

Out of the Blue, en dépit d’une sélection pour la Palme d’or, mal reçu par la critique, fut un autre échec commercial. Il faudra des années, notamment aux USA, pour qu’il soit enfin apprécié à sa juste valeur, restauré en 2008, puis en 2019 pour une ressortie internationale (le 21 novembre 2021 dans nos salles).

Out of the Blue reste, quarante ans après son tournage, l’émouvant et sombre récit de la détresse d’une adolescente brisée par une enfance chaotique au sein d’une famille dysfonctionnelle. Il est aussi un témoignage du changement profond que vit l’Amérique après l’effervescence des années 60 et 70, à l’aube de l’ère Reagan.

Out of the Blue se distingue aussi par la complexité de ses personnages, par la qualité de ses acteurs, notamment du duo tragique formé par Dennis Hopper avec Linda Manz, et par l’originalité de sa construction, avec des ellipses qu’éclaire le dénouement du drame.

Potemkine Films, pour cette première sortie du film en haute définition, propose une version nouvellement restaurée en 2019 et reprend les bonus de sa première édition de 2011, enrichis du commentaire audio du réalisateur, ainsi que d’une remarquable analyse de l’oeuvre avec un panorama de la filmographie de Dennis Hopper par Jean-Baptiste Thoret.

Out of the Blue

Généralités - 3,5 / 5

Out of the Blue (96 minutes) et ses généreux suppléments (175 minutes, sans compter le commentaire audio du film) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, en compagnie d’un DVD-9, dans un digipack non fourni pour le test, effectué sur le seul Blu-ray.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Bonus - 5,0 / 5

Sur les deux disques, Blu-ray et DVD :

Commentaire audio. Dennis Hopper, interrogé ou relancé par Paul Lewis, producteur exécutif et John Alan Simon, distributeur du film aux USA, en rappelle la genèse, le remaniement profond du scénario, les lieux de tournage en British Columbia, les décors, la mise en scène de la longue séquence sans dialogues sur le dépôt d’ordures envahi par les mouettes, la direction des acteurs, les moments d’improvisation, l’équipement utilisé, les prises « aveugles » sans moniteur vidéo… Un commentaire très complet, enregistré longtemps après le tournage, à une date qui n’est pas indiquée.

Out of the Blue vu par Jean-Baptiste Thoret (48’, 2020, La Bête Lumineuse). Le succès d’Easy Rider (55 millions de dollars de recettes pour un coût de 55 000 dollars !) fait du marginal Dennis Hopper le « fer de lance du Nouvel Hollywood » et attire un temps la bienveillance des studios, jusqu’à l’échec commercial et les mauvaises critiques de The Last Movie en 1971 qui le grille aux USA, sauf auprès de ses amis de BBS Productions, une structure indépendante reflétant « l’insatisfaction existentielle, l’aliénation de l’individu par la société et l’envie de liberté ». Le producteur Paul Lewis l’aide à sortir d’une mauvaise passe, sous alcool et drogue, en lui confiant la réalisation de Out of the Blue, « film sur le pourrissement (…), dans l’air au temps du punk », marquant l’échec de la contre-culture, évacuée par l’arrivée du disco. C’est un film à décrypter : seul un deuxième visionnage permet de résoudre des ellipses sur le comportement des personnages. Les trois premiers films de Dennis Hopper s’achèvent par un feu destructeur, peut-être une réminiscence de l’incendie de Bel Air qui détruisit en 1961 la plus grande partie de ses oeuvres, peintures, poèmes et photographies.

Out of the Blue

Sur le seul Blu-ray :

Interview de Dennis Hopper (97’, 1.33:1). Il est interrogé à Londres après une projection au ICA (Institute of Contemporary Arts) de The Last Movie (dans lequel Kris Kristofferson tient son premier rôle) dont la construction non linéaire avait pu dérouter certains à sa sortie en 1971 et le faire comparer à Week-end de Jean-Luc Godard. Il rappelle que les films qu’il a vus, enfant, au Kansas, lui ont donné l’envie de devenir acteur, rêve qu’il commença à réaliser à 18 ans, avec quelques petits rôles, avant de se faire connaître auprès de James Dean. Après son différend avec Henry Hathaway, il part à New York pour se former à l’Actors Studio et décroche de nombreux rôles pour la télévision, s’adonne à la peinture, à l’écriture de poèmes et à la photographie. Puis, avec le soutien de son ami le producteur Bert Schneider, il peut réaliser Easy Rider, essentiellement tourné dans l’ordre chronologique, avec la musique ajoutée au montage. Il passe en revue les grands moments de sa carrière d’acteur, avec Wim Wenders pour L’Ami américain (Der Amerikanische Freund, 1977), puis, avec Francis Ford Coppola pour Apocalypse Now (1979) et Rusty James (Rumble Fish, 1983), où il interprète un père alcoolique, comme dans Out of the Blue, tourné en quatre semaines et monté en six. Au moment de l’entretien, il s’apprête à jouer, en 1983, dans Osterman Week-End de Sam Peckinpah.

Entretien avec John Alan Simon et Elizabeth Karr (30’, 2020). Après la projection du film au Montclair Film Festival en octobre 2020, le producteur et réalisateur John Alan Simon et l’actrice Elizabeth Karr, en téléconférence, évoquent leur contribution à la restauration numérique 4K du film opérée en 2019, cofinancée par la Cinémathèque Française, par un appel au bénévolat soutenu par Natasha Lyonne et Chloë Sevigny, pour la ressortie, bien accueillie aux USA et à l’étranger dans le difficile contexte de la pandémie, d’un film devenu, au fil du temps, « un des chefs-d’oeuvre sombres et nihilistes du cinéma ».

Out of the Blue

Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), d’une irréprochable propreté, très stable, propose des couleurs fraîches et naturelles, soigneusement étalonnées. Sans un lissage excessif, le contrôle du grain respecte la texture du 35 mm.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono, lui aussi soigneusement débarrassé de toute marque de dégradation de la pellicule, avec une dynamique satisfaisante, restitue, dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical, des dialogues qui sont parfois légèrement étouffés, mais toujours aisément intelligibles.

Crédits images : © Robson Street

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 22 décembre 2021
Émouvant et sombre récit de la détresse d’une adolescente brisée par une enfance chaotique au sein d’une famille dysfonctionnelle, ce film est aussi un regard sur l’Amérique à un tournant de son histoire. Une réédition attendue, enrichie de précieux bonus !

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