Les Yeux de Satan (1972) : le test complet du Blu-ray

Child's Play

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Sidney Lumet
Avec James Mason, Robert Preston et Beau Bridges

Édité par Rimini Editions

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Le 03/05/2021
Critique

Une présence maléfique est-elle à l’origine des accès de violence des élèves d’une école pour garçons et de la haine opposant deux professeurs ?

Les Yeux de Satan

Paul Reis prend le poste de professeur d’éducation physique dans l’école catholique pour garçons où il a récemment fait ses études. La haine viscérale opposant deux enseignants, Joe Dobbs et Jerome Malley, empoisonne l’atmosphère. Les élèves se laissent aller à d’inattendus accès de violence.

Les Yeux de Satan (un titre français incongru de plus pour Child’s Play, « jeu d’enfant »), sorti en 1972, le 18ème des 44 longs métrages réalisés par Sidney Lumet en cinquante ans, est l’adaptation d’une pièce à succès de Robert Marasco, une fable sur le bien et le mal dans l’univers clos d’un lycée.

Sidney Lumet, après un court apprentissage de la réalisation de séries télévisées qui lui apprit à tourner vite, souvent en une seule prise, s’est vite fait reconnaître comme un des grands cinéastes américains pour sa maîtrise de la mise en scène et de la direction d’acteurs, ce qu’il a réussi à démontrer dès son premier film, 12 hommes en colère (12 Angry Men), sorti en 1957. Trois fois nommé aux Oscars, ce film fut longtemps utilisé, pour la rigueur de son scénario et de ses dialogues, en soutien de formations à la conduite de réunion et à la négociation en entreprise.

On retrouve dans Les Yeux de Satan, avec Joe Dobbs et Jerome Malley, des personnages ambigus qui hantent plusieurs de ses oeuvres comme Serpico (1973), Equus (1977) et une remise en cause de l’ordre établi, magnifiée par Un Après-midi de chien (Dog Day Afternoon, 1975) et, surtout, par Network, main basse sur la TV (Network, 1976), un de ses chefs-d’oeuvre, ressorti dans une édition définitive par Carlotta Films en 2019.

Les Yeux de Satan

Les Yeux de Satan, construit en boucle (le premier plan du film montre le lumignon rouge symbolisant la présence divine dans une chapelle, qu’on voit s’éteindre dans le dernier plan), avec un savant montage, fait progressivement sourdre, jusqu’au twist final, l’ambiance délétère de l’institution, accentuée par la photographie de Gerald Hirschfeld qui fut aussi le chef-opérateur d’un autre film majeur de Sidney Lumet Point limite (Fail-Safe, 1964).

Les Yeux de Satan donne une nouvelle opportunité de démontrer l’étendue de son talent à James Mason que Sidney Lumet avait déjà employé trois fois et auquel il donnera dans Le Verdict (The Verdict, 1982) un de ses derniers rôles avant sa disparition en 1984. L’interprétation de Joe Dobbs fut confiée à Robert Preston qui recevra l’Oscar du meilleur second rôle pour son incarnation de Carole « Toddy » Todd, le chanteur travesti de la remarquable comédie de Blake Edwards, Victor Victoria (1982). Le troisième personnage, Paul Reis, c’est Beau Bridges, dans un de ses premiers grands rôles au cinéma dans une carrière partagée sur le grand et le petit écran ; toujours actif, on l’a vu récemment dans une vingtaine d’épisodes de l’excellente série Masters of Sex (2013-2016).

Les Yeux de Satan, édité aux USA en 2012, en dépit de son originalité et de ses qualités formelles, était resté inédit en vidéo en France. Voilà un autre film de patrimoine sorti de l’oubli par un éditeur indépendant, ici Rimini Éditions.

Les Yeux de Satan

Généralités - 3,0 / 5

Les Yeux de Satan (100 minutes) et son supplément (32 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, dans cette édition combo, en compagnie d’un DVD-9 dans un digipack non fourni pour le test, effectué sur le seul Blu-ray.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, au format audio Dolby Digital 2.0 mono.

Bonus - 4,0 / 5

Présentation par Michel Cieutat, critique de cinéma à Positif (32’). Dans le livre qu’il publia en 1995, Making Movies, Sidney Lumet confesse n’avoir pas pu rendre l’aspect fantastique de la pièce de Robert Marasco qui resta à l’affiche à Broadway pendant 342 représentations, dans un genre popularisé par le succès du film de Roman Polanski, Rosemary’s Baby (1968) qu’illustreront encore The Exorcist (William Friedkin, 1973) et The Omen (Richard Donner, 1976). Empreint du « réalisme social » qui marque toute la filmographie de Lumet, Les Yeux de Satan reflète l’ambiance pesante d’années difficiles, troublées par la guerre du Viêt Nam, l’assassinat de Martin Luther King et de John Fitzgerald Kennedy… En toile de fond de l’histoire, transparaissent « la manipulation des masses et la dictature du groupe (…) un processus purificateur d’autodestruction » avec des « victimes consentantes ». Le tournage, avec une mise en scène précise, ne commença qu’après deux à trois semaines de répétitions. Sidney Lumet supervisa étroitement le montage dans lequel la bande son est au service de l’image.

Pour en savoir plus sur le cinéma de Sidney Lumet, on peut visionner sur l’Internet la conférence donnée par Jean-Baptiste Thoret au Forum des Images le 20 mars 2015, Sidney Lumet, un juste en colère (103’).

Les Yeux de Satan

Image - 4,5 / 5

L’image (1.78:1, 1080p, AVC), bien définie, dans l’ensemble assez sombre, mais agréablement contrastée, avec des noirs denses, propose une palette de couleurs chaudes. Une soigneuse restauration n’a pratiquement épargné aucune tache et contrôlé le grain en respectant la texture du 35 mm.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono de la version originale, après une restauration qui a éliminé les marques d’une dégradation de la pellicule, mais laissé subsister un souffle occasionnel, par exemple à 66’, délivre, dans un bon équilibre avec l’ambiance et l’accompagnement musical, des dialogues parfois légèrement caverneux.

Ils sont, à l’opposé, trop mats dans le doublage en français.

Crédits images : © Paramount Pictures

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 4 mai 2021
Des personnages ambigus pourrissent l’ambiance d’un lycée huppé dans ce film méconnu de Sidney Lumet, encore inédit en vidéo. À découvrir pour son étrangeté et pour la performance de deux acteurs, James Mason, et un nouveau venu, Beau Bridges.

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