Z (1969) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Costa-Gavras
Avec Yves Montand, Irene Papas et Jean-Louis Trintignant

Édité par ARTE ÉDITIONS

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Le 23/06/2021
Critique

Fable politique dénonçant la Grèce des Colonels : assez lourdement démonstratif mais la réalisation demeure spectaculaire.

Z

1969, dans un pays non précisé qui ressemble fort à la Grèce depuis la prise du pouvoir par les Colonels en 1967 : un jeune juge d’instruction est chargé d’instruire ce qu’on lui présente comme un accident ayant entraîné la mort d’un député de l’opposition. Son enquête révèle qu’il s’agit d’un assassinat préparé puis exécuté sous les ordres des plus hautes instances militaires.

Z (Fr.-Alg. 1969) de Costa-Gavras est son troisième long métrage mais il est surtout le premier volet d’une célèbre trilogie politique avec l’acteur Yves Montand en vedette, dont les deux autres volets sont L’Aveu (Fr.-Ital. 1970) et État de siège (Fr.-Ital.-RFA 1972). Qu’il s’agisse de la transparente dénonciation du régime grec des colonels (1967-1973) dans le film de 1969, de celle de l’emprisonnement en 1952 d’Arthur London (1915-1986) par le régime communiste tchèque pro-soviétique dans le film de 1970 ou bien encore de la description de l’enlèvement en 1970 du policier américain Dan Mitrione par la guérilla marxiste des Tupamaros en Uruguay dans le film de 1972, la structure du récit policier (enquête judiciaire, procès ou bien encore habile mélange des deux dans le cas du troisième film de 1972) permet de populariser le propos. Costa-Gavras lui confère une ampleur narrative à la faveur d’une structure éclatée, impressionniste, couvrant d’une manière critique tout le spectre des régimes autoritaires des années 1970. La critique est, certes, parfois grossière mais elle est parfois fine et cultivée. Elle conserve, en outre, une valeur sociologique en raison de la sûreté du coup d’oeil historique : il y a quelque chose de stendhalien dans ces peintures de sociétés où les individus existent d’une manière à la fois lucide et fragile, bientôt broyés par des instances supérieures qu’ils croyaient servir ou contre lesquelles ils se rebellent consciemment. Ces qualités narratives et cet aspect démonstratif culmineront, durant cette première période française de Costa-Gavras de 1965 à 1975, dans le remarquable Section spéciale (Fr.-Ital. 1975) porté tout du long par un montage particulièrement rigoureux et dynamique. Le casting de Z est riche, admirablement dirigé : une constante du cinéma de Costa-Gavras. Suspense sans faille, dialogues bien écrits bien que parfois très démonstratifs (le discours d’ouverture du général de gendarmerie) mais même dans ce cas, remarquablement filmé et dramatisé.

Z

Z fut récompensé aux USA par l’Oscar du meilleur film étranger et du meilleur montage, en France par le Prix spécial du jury du Festival de Cannes, le Prix d’interprétation pour Jean-Louis Trintignant, parmi de nombreux autres prix décernés. Le sens du titre, énigmatique, est révélé à la fin du film : inutile de le dévoiler à celui qui ne l’a pas encore vu. Les extérieurs furent tournés à Alger mais la couleur locale grecque est matérialisée par des produits et des étiquettes de produits grecs usuels, disséminés au fil des plans ; elle l’est encore par le casting de l’actrice grecque Irène Papas ; elle l’est enfin par la musique du compositeur Mikis Theodorakis (et un emprunt à Serge Gainsbourg et Michel Colombier, mentionné infra à la rubrique « son »), sans oublier les mentions finales des interdictions des dramaturges antiques grecs Eschyle et Sophocle parmi d’autres écrivains censurés. Par souci de réalisme, les radios du crâne commentées par les chirurgiens furent d’authentiques radios reproduisant exactement celles d’un traumatisme identique produit par les coups de matraque. En revanche, le médecin anglais est joué par le directeur de la photo français Raoul Coutard : certains membres de l’équipe technique jouèrent ainsi brièvement une silhouette ou un petit rôle, au détour de tel ou tel plan, par souci d’économie. Un détail intéressant : les initiales de l’organisation paramilitaire « C.R.O.C. » (Combattants Royalistes de l’Occident Chrétien) furent conservées dans la version sonore américaine grâce à une habile traduction / adaptation en « Christian Royalist Organization against Communism » (Organisation Chrétienne Royaliste contre le Communisme).

Reste que, si on peut aujourd’hui considérer cette première période française 1965-1975 de Costa-Gavras comme une période historiquement passionnante et esthétiquement matricielle, elle demeure un peu trop démonstrative et certaines ficelles y apparaissent parfois grossières. Il me semble aujourd’hui loisible de la considérer, en dépit de ses évidentes qualités esthétiques, comme étant inférieure à sa seconde période, celle des chefs-d’oeuvre américains dont l’ampleur plastique et matérielle est totalement dominée au service de scénarios moins démonstratifs et mieux élaborés, au suspense encore mieux servi : Porté disparu (Missing, USA 1982), La Main droite du diable (Betrayed, USA 1988), Music Box (USA 1989).

Z

Généralités - 4,0 / 5

1 Blu-ray BD50 1080 x 1920i région B, édité par Arte le 06 avril 2021. Durée du film : 121 min. environ (122 min. indiquées au verso du boîtier mais il faut retirer environ 40 secondes de mentions diverses avant qu’apparaissent le premier plan du générique original d’ouverture. Image couleurs au format 1.66 original respecté, compatible 16/9. Son Dual Mono PCM. Suppléments : Costa-Gavras et Jacques Perrin (1969), extraits d’une émission Le Masque et la plume (1976) + Bande-annonce originale (1969) = 21 minutes de suppléments. Le format original du film n’est pas indiqué au verso du boîtier. Inclus un livret illustré de 4 pages présentant la collection Costa-Gavras comprenant 12 films, disponibles en deux coffrets Arte de 2 x 6 films ou bien en 12 Blu-rays et en 12 DVD édités à l’unité. Cette première vague de 6 films sera suivie d’une seconde en septembre 2021.

Bonus - 2,5 / 5

Costa-Gavras et Jacques Perrin (1969, 4/3 N&B, durée 3 min. environ) : le cinéaste Costa-Gavras et l’acteur Jacques Perrin (qui fut impliqué dans la production), passent des coups de téléphone en répondant à la va-vite aux questions d’un journaliste TV. Décevant car beaucoup trop bref. Seule chose à retenir, cette déclaration du cinéaste assurant que ce n’est pas un film de propagande mais une histoire en forme de parabole : dont acte aujourd’hui avec le recul décanté du temps mais à l’époque, on le considéra d’emblée comme un film militant, d’autant plus que le régime des Colonels étaient aux commandes de l’État grec et qu’on savait très bien que c’était lui qui était visé par cette dénonciation.

Extraits de Le Masque et la plume (1976, 4/3 couleurs, durée 14 min. environ) : dans cet extrait de la célèbre émission fondée par François-Régis Bastide (avec l’aide d’Anne Andreu), on voit Gilles Jacob animer un débat aujourd’hui presque caricatural mais assez typique de ce qu’on considérait comme une émission culturelle dans la France de 1976. Le critique Jean-Louis Bory ― qui valait mieux à l’écrit que ce qu’on voit ici à l’oral : le cas n’est pas unique ― crache injustement sur les films comiques français interprétés par Louis de Funès et assure avec emphase que tout film est politique ; Jorge Semprun (scénariste adaptateur de Z) se pose gravement la question (à partir d’un livre de Christian Zimmer qu’il commente) de savoir si un film politique peut avoir du succès public au risque de trahir son essence ; Marin Karmitz (cinéaste mais pas encore identifié comme étant monsieur MK2) dénonce l’emprise matérielle des distributeurs sur la production française. Z est considéré comme appartenant à une des deux catégories de films politiques : celle diffusant un message à travers une forme spectaculaire classique alors que l’autre catégorie recouvre les films refusant précisément cette forme. À discuter interminablement mais la question passionnait car on ne la posait pas d’une manière esthétique mais politique. Bonne remarque d’un des intervenants sur la nécessité de tenir compte des photos fixes intégrées à la dernière séquence pré-générique pour comprendre Z : une des rares remarques vraiment utiles de ce pauvre débat, au fond, bien qu’elle relève de l’évidence la plus banale, à savoir que celui qui n’a pas prêté attention à un film de son premier à son dernier plan, ne peut pas prétendre l’avoir visionné, encore moins le juger. Autre remarque intéressante sur le plan de l’histoire du cinéma : Semprun précise que le scénario écrit en 1967 fut refusé par tous les producteurs à qui il fut proposé : ce sont les événements de mai 1968 qui lui permirent de trouver un financement car la politique était devenue, aux yeux des producteurs, un sujet potentiellement rentable !

Bande-annonce originale (1969, 1.66 compatible 16/9, couleurs, durée 3 min. 35 sec. environ) : très bien montée et rythmée en dépit de sa longueur considérée comme excessive aujourd’hui, typique de l’efficacité des années 1970 sur le plan syntaxique.

Il manque une galerie affiches et photos : s’agissant d’un film français, on serait en droit d’en espérer une aussi fournie que possible. Il manque aussi un entretien avec le cinéaste, à défaut d’un commentaire audio, qu’on serait aussi en droit d’espérer. Occasion manquée.

Z

Image - 4,0 / 5

Format original 1.66 respecté en couleurs, compatible 16/9, Full HD mais malheureusement transféré en 1080i (« interlaced ») qui est un procédé désormais obsolète alors qu’il existe une norme 1080p (« progressive scan ») supérieure car bien mieux adaptée aux TV UHD actuelles. Cela dit, la copie argentique, parfaitement restaurée, est en excellent état mais on aurait pu obtenir une meilleure définition vidéo lors des scènes nocturnes avec du 1080p.

Son - 4,0 / 5

VF d’origine en Dual Audio PCM 2.0 mono. Cette piste son originale française est munie d’un rapport généralement correct entre musique/effets sonores/dialogues mais le niveau d’enregistrement varie très légèrement d’une séquence à l’autre. Effet sensible dans le cas de certains comédiens étrangers doublés en français, par exemple, mais sans incidence gênante sur l’ensemble. Bonne transcription (souvent bien adaptée) du sous-titrage pour sourds et malentendants, sauf un mot mal transcrit (au lieu du correct « cas », on lit un curieux « calme ») : honorable, compte tenu de l’ampleur du dialogue et de la longue durée du métrage. Musique de Mikis Theodorakis, assurant la couleur locale grecque, mais aussi une brève reprise de quelques secondes de la musique de Serge Gainsbourg (sur un arrangement et une exécution du morceau par Michel Colombier, selon certaines sources mélomanes) pour Le Pacha (Fr. 1968) de Georges Lautner, lors de quelques plans durant une séquence nocturne mettant en scène le triporteur.

Crédits images : © Office National pour le Commerce et l’Industrie Cinématographique, Reggane Films, Valoria Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 24 juin 2021
Fable politique dénonçant la Grèce des Colonels : assez lourdement démonstratif mais la réalisation demeure spectaculaire. Ce premier volet d'une célèbre trilogie politique tournée de 1969 à 1972, avec Yves Montand en vedette, fut récompensé de nombreux prix dans les Festivals.
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Jean
Le 27 décembre 2005
Extraordinaire thriller politique.Les acteurs de ce film sont tous fabuleux. L'atmosphére qui devient de plus en plus pesante au cours de la projection vous cloue sur votre siége.La musique célébrissime est un élément fondamental de ce film.La fin est effrayante.Il faut regarder ce film en faisant abstraction de tout parti pris . Chef d'oeuvre du film politique.

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