Le Sang du vampire (1958) : le test complet du Blu-ray

Blood of the Vampire

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Henry Cass
Avec Donald Wolfit, Barbara Shelley et Vincent Ball

Édité par Artus Films

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Le 31/03/2021
Critique

Un des sommets de l’âge d’or du cinéma fantastique anglais (1955-1975), rivalisant directement avec les Hammer Films.

Le Sang du vampire

Transylvanie 1874 : le coeur d’un homme suspecté de vampirisme est percé d’un pieu. Un bossu tue le fossoyeur et vole son cadavre. Un médecin marron lui greffe un coeur. 1880, six ans plus tard : le docteur John Pierre est condamné au bagne (sous les yeux de sa fiancée Madeleine et de son futur beau-père) pour une erreur médicale ayant entraîné la mort. Il est transféré comme médecin-assistant dans l’asile d’aliénés dirigé d’une main de fer par le docteur Callistratus. Le co-détenu enfermé avec Pierre le prévient dès le soir de son arrivée : c’est un endroit pire que l’enfer. Pierre le constate, en effet mais on lui accorde un régime de faveur : il va bientôt découvrir pour quelle terrible raison Callistratus a requis son transfert.

Le Sang du Vampire (Blood of the Vampire, GB 1958) de Henry Cass, produit par Robert S. Baker et N. Monty Berman, fut écrit par Jimmy Sangster, le scénariste majeur de la firme anglaise Hammer Films.

Ce n’est pas l’unique point commun entre Le Sang du vampire et les films d’épouvante produits par la Hammer : l’actrice Barbara Shelley sera bientôt une des vedettes de la Hammer et le procédé EastmanColor produit un effet baroque, ici photographié par Monty Berman, qui s’avère assez proche de celui obtenu par le directeur photo Jack Asher au même moment dans les productions Hammer réalisées par Fisher depuis 1957.

Une première différence majeure sépare cependant Le Sang du vampire des Hammer Films contemporains : alors que les scénarios de Sangster écrits pour la Hammer tranchaient par leur volonté novatrice de réalisme (parfois quasi-documentaire sur le plan des décors et des situations historiques), ce film de Cass renoue globalement avec la frénésie et la démence surréaliste de l’âge d’or américain du cinéma fantastique des années 1931-1945. Je prolonge à dessein sa datation au-delà de 1939 et jusqu’en 1945 précisément à cause des films signés Erle C. Kenton dont l’esprit de Cass n’est pas si éloigné : qu’on songe au Dracula campé par John Carradine dans La Maison de Dracula (USA 1945) de Erle C. Kenton ! Il y a certes quelque chose d’inversé dans les situations : le Dracula de Carradine est un véritable vampire faisant semblant d’être malade afin de mieux corrompre le personnel féminin de la clinique du docteur Edelman tandis que le docteur Callistratus passait pour vampire sans en être réellement un. On constate cependant un même libre jeu avec les mythologies : ce jeu, loin de les desservir, augmente encore leur puissance symbolique, démultipliant la peur sur plusieurs plans à la fois. On pourrait dire que Jimmy Sangster a voulu poser, avec le personnage spectaculaire de Callistratus, une sorte de moyen-terme entre le vampire Dracula et le baron Frankenstein mais n’oublions pas que Callistratus dirige un asile de fous criminels : il y a un héritage caligaresque du personnage qui permet de remonter en ligne directe au cinéma muet expressionniste allemand. Sans oublier d’éventuels emprunts (thème du médecin conduisant des recherches expérimentales sur le sang, impliquant des meurtres) à d’autres titres intermédiaires moins connus, plus mineurs tel que le médiocre The Return of Doctor X (USA 1939) de Vincent Sherman. Historiquement, Le Sang du vampire est donc autant un héritier qu’un rénovateur.

Le Sang du vampire

Le Sang du vampire prolonge en outre directement cet âge d’or américain 1931-1945 par un de ses thèmes majeurs, celui du monstre amoureux : la création dramaturgique de Victor Maddern dans le rôle du bossu muet amoureux de l’angélique Madeleine joué par Barbara Shelley, se sacrifiant finalement pour elle, est bien le pivot dramatique de l’action. On mesure le talent de l’acteur, admirablement vivant alors que son rôle est constamment muet. Ironie de l’histoire du cinéma qui s’alimente sans cesse de ses propres formes : Frankenstein et le monstre de l’enfer (GB 1973) de Terence Fisher, le dernier très grand titre fantastique anglais produit par la Hammer Films, reprendra une structure de scénario assez proche de celle du Sang du vampire bien que l’esthétique du film de Fisher fût diamétralement opposée à celle de Cass. On peut dire que, pour un coup d’essai, les producteurs Baker et Berman venait de signer un authentique coup de maître qui assurait déjà à leur nom une place de choix dans l’histoire du cinéma fantastique anglais. Elle sera confirmée par leurs productions et leurs réalisations suivantes.

Le Sang du vampire demeure, pour ces raisons et pour d’autres plus ponctuelles (sa représentation de la violence et de l’érotisme, son sadisme et son masochisme souvent quasi-surréalistes : voir par exemple la scène avec Barbara Burke, actrice qui sera reprise par Baker et Berman dans leur admirable Jack l’éventreur de l’année suivante qu’il faut impérativement, si on veut bien prendre la mesure de sa beauté plastique, visionner au format respecté 1.66), l’un des plus célèbres films fantastiques d’horreur et d’épouvante anglais para-hammériens. Sa réception critique française (article de Jean-Claude Michel en 1971 , notices de Jean-Pierre Bouyxou et de Jean-Marie Sabatier dans leurs livres respectifs de 1971 et 1973) fut d’emblée élogieuse alors qu’il demeura relativement méprisé en Angleterre durant la même période. L’explication de cette différence me semble simple : les spectateurs français eurent la chance de visionner une copie « continentale » intégrale qui portait la tension, la violence et l’érotisme au paroxysme graphique alors envisageable.

Le Sang du vampire

Généralités - 5,0 / 5

1 mediabook collector Artus, édité le 06 avril 2021, contenant 1 DVD-9 PAL zone 2 + 1 Blu-ray 50 région B + 1 livret illustré de 80 pages. Durée du film (version intégrale) : 87 min. environ (sur Blu-ray), 83 min. (sur DVD). Format 1.66 original respecté, couleurs, compatible 16/9. Son Linear PCM VOSTF 2.0 mono + VF d’époque mono sur Blu-ray, Dolby Digital mono sur DVD. Suppléments : livret 80 pages illustrées par Alain Petit + présentation par Nicolas Stanzick (33 min. env.) + présentation par Alain Petit (37 min. env.) + diaporama affiches et photos (9 min. env.) + bande-annonce anglaise originale (VO, 2 min. env.) + générique français d’époque (2 min. 51 sec.). Il existe deux tirages de ce coffret : avec une couverture A (limitée à 1000 exemplaires) reproduisant en partie une des affiches originales et une couverture B (limitée à 200 exemplaires, uniquement vendus sur le site internet de Artus) imitant un peu l’affiche du Le Cauchemar de Dracula (Dracula / Horror of Dracula, GB 1958) de Terence Fisher.

Livret L’âge d’or du British Gothic et Le Sang du vampire (80 pages illustrées couleurs + N&B) par Alain Petit, supervisé par Jean-Claude Michel.

Une sympathique introduction raconte la découverte du film de Cass par Petit lors d’une projection au Clichy-Palace à Paris en 1960 et revient sur les diverses interdictions alors en vigueur. La première partie (pp. 6 à 41) est consacrée à l’âge d’or du cinéma fantastique anglais à travers l’histoire et la filmographie de ses firmes productrices les plus importantes : période antérieure à 1955 puis période 1955 à 1975 : Hammer Films, Tigon, Amicus, Anglo-Amalgamated, etc. La seconde partie (pp. 43 à la fin) est consacrée au film lui-même : informations sur les producteurs Robert S. Baker & Nestor Montague Berman (alias Monty N. Berman, ainsi que le nommait Sabatier), le réalisateur Henry Cass, le scénariste Jimmy Sangster, le compositeur Stanley Black, le directeur photo Monty (N.) Berman, certains des comédiens (Barbara Shelley, Donald Wolfit, Vincent Ball, Victor Maddern), la réception critique du film en France, le tout suivi d’une bibliographie sélective.

Ensemble clair, utile, synthétique, bien illustré. L’impression du livret ayant eu lieu avant la mort de l’actrice Barbara Shelley (1932-2021), l’année de sa mort n’est pas indiquée. Une coquille à corriger mentalement : page 8, lire « Transylvanie 1874 » au lieu de l’erroné « 1974 ». Utiles remarques sur l’histoire technique de l’exploitation du film, sa version anglaise incomplète et sa version européenne intégrale. Quelques très belles illustrations ajoutent à la qualité de l’ensemble. On peut certes discuter le jugement critique parfois rapidement porté sur tel ou tel titre mais la valeur historique du livret est réelle. Alain Petit l’a dédié à Jean-Marie Sabatier : c’est justifié car c’est en effet Sabatier qui a écrit la plus belle page critique jamais rédigée sur ce titre, dans son livre Les Classiques du cinéma fantastique (éditions Balland, Paris 1973) à l’occasion d’une mémorable fiche consacrée au cinéaste Henry Cass.

Le Sang du vampire

Bonus - 5,0 / 5

Ces bonus sont visibles aussi bien sur le Blu-ray que sur le DVD.

Le Vampire Callistratus - Présentation par Alain Petit (durée 37 min. environ) : c’est une présentation essentiellement historique. Elle est légèrement remontée par rapport à la version figurant sur l’ancienne édition DVD Artus. Un lapsus a été supprimé et quelques erreurs de datation ont été corrigées. Elle constitue une honnête introduction historique à la situation du titre dans le genre, s’attardant notamment sur la carrière du scénariste Jimmy Sangster au sein de la Hammer et (comme c’est ici le cas) en dehors de la Hammer. Elle est bien illustrée mais fait évidemment, aujourd’hui, un peu double-emploi avec le livret illustré qui contient d’ailleurs plus d’informations.

Présentation par Nicolas Stanzick (durée 33 min. environ) : bonne introduction aux enjeux esthétiques et critiques posés par le film : différences et similitudes avec la Hammer Films, originalité et visée des grands films d’épouvante réalisés et / ou produits par Baker et Berman (à qui j’avais, pour mémoire, consacré une émission sur France-Culture le 16 mars 1986), construction du scénario de Sangster, réception critique du titre en France, photos érotiques inédites parues dans le célèbre n°8 de la revue Midi-Minuit Fantastique. L’ensemble est riche et vivant. Stanzick comme Petit emploient le terme « gothique » d’une manière qui me semble fondamentalement inappropriée bien qu’elle soit très à la mode et populaire. On a affaire ici à un film qui se passe en 1874-1881 (période victorienne) alors que l’âge gothique est historiquement situé en 1200-1300. Je sais bien que Jean-Marie Sabatier employait lui aussi ce terme dans la notice qu’il consacrait à Henry Cass (« l’un des plus hauts sommets du gothique anglais ») mais je ne me lasse pas de maintenir pourtant qu’il est inapproprié pour les raisons déjà écrites en notes à ma critique (parue en version revue sur Stalker-Dissection du cadavre de la littérature) de Les Sévices de Dracula (Twins of Evil, GB 1971) de John Hough. Concernant le script de Sangster signé sous pseudonyme pour Dracula, prince des ténèbres (GB 1965) de Terence Fisher, il faut tout de même préciser que l’idée de base du scénario est de Anthony Hinds (alias « John Elder ») et qu’il est probable que Hinds en soit, sinon l’auteur complet, au moins le co-auteur. C’est un intéressant problème d’histoire du cinéma fantastique, un parmi bien d’autres concernant la Hammer Films. Une curieuse remarque sur la similitude entre les personnages incarnés par Diana Rigg et Barbara Shelley ne m’a pas vraiment convaincu mais d’autres sont, en revanche, plus pertinentes.

Générique français (4/3, durée 2 min. 51 sec. environ) : un document d’histoire de la vidéo magnétique en état moyen (argentique comme numérique) mais qui permet d’apercevoir le générique francophone vu par les spectateurs français dans les salles de cinéma des années 1960. Vers 1975, cette copie argentique française intégrale circulait encore au cinéma parisien Le Colorado où je l’avais visionnée en état 4 ou 5. Elle était historiquement dotée d’une valeur supérieure à la copie anglaise censurée exploitée vers 1985 par Jean-Pierre Jackson dans quelques cinémas de la rive droite et de la rive gauche. La copie argentique utilisée pour cette nouvelle édition Artus est la bonne, l’intégrale.

Bande-annonce anglaise originale (VO sans STF, durée 2 min. environ) : état argentique moyen mais bonne numérisation; montage soigné et savoureux slogans (sonores comme visuels), très efficaces encore aujourd’hui.

Diaporama (durée environ 9 min., sonorisé avec la musique de Stanley Black) : exemplaire ! La reproduction et la haute qualité de définition, adaptées aux très grands écrans actuels de TV, suffisent à mériter la note maximale puisque environ 90 affiches, photos d’exploitation, photos de production et photos de plateau sont présentées. Elles sont couleurs ou N&B selon les cas, parfois couleurs + N&B (certaines affiches telle que celle de Sofradis), provenant d’Angleterre (on les reconnaît si le « x certificate » est incrusté sur les images), des USA, de France (je signale qu’il existe un autre jeu français ― muni sur chaque coté d’une sorte de colonne stylisée et mentionnant sous chaque image le slogan : « Assassinats en chaîne pour la greffe du coeur du vampire ! » ― mais celui ici numérisé est magnifique car c’est l’original de première exploitation Sofradis, remarquablement nourri et probablement complet), d’Italie, d’Espagne, de R.F.A. L’exemple de ce qu’il faut faire en la matière et que si peu d’éditeurs font depuis que la vidéo numérique existe ! Rien que pour cette remarquable galerie, cette édition est amenée à devenir un authentique collector, au niveau mondial.

Le Sang du vampire

Image - 4,0 / 5

Format original 1.66 respecté en couleurs, compatible 16/9 (Full HD sur Blu-ray). Version intégrale restaurée en master 2K. État argentique supérieur à tout ce qu’on a vu auparavant bien que tout ne soit pas parfait. Aucune poussière négative ou positive ne subsiste, aucune déchirure, aucune griffure. L’ennuyeuse différence de format entre le générique d’ouverture et le restant du film, qu’on pouvait observer sur l’ancienne édition DVD Artus de 2013, est parfaitement corrigée dans cette nouvelle édition Artus Blu-ray + DVD de 2021. On peut noter une fugitive saccade (d’une fraction de seconde) sur certains rares plans mais elles témoignent de l’absence d’une ou deux images sur les 24 images par secondes composant le plan lui-même : rien de grave donc. Excellente définition et luminosité supérieure du Blu-ray sur le DVD. Magnifique colorimétrie vive et nuancée autant en intérieurs qu’en extérieurs. C’est désormais l’édition de référence en Full HD. Excellent transfert numérique équilibrant parfaitement le rapport entre grain argentique et lissage vidéo.

Le Sang du vampire

Son - 4,0 / 5

Linear PCM mono (sur le Blu-ray) ou Dolby Digital mono (sur le DVD) en VOSTF et VF d’époque : offre complète pour le cinéphile francophone. Musique symphonique ample signée Stanley Black, dotée d’une dynamique bien reproduite : Black donnera l’année suivante une non moins admirable partition pour le non moins remarquable Jack l’éventreur (GB 1959) de Robert S. Baker et Monty Berman. La VF d’époque, au doublage soigné, est une des plus célèbres du genre en raison de la voix française spectaculaire, inoubliable, du Dr. Callistratus. Elle est munie d’un rapport généralement correct entre musique/effets sonores/dialogues mais son intensité sonore augmente assez nettement à partir de la 25ème minute environ : elle est ensuite variable selon les séquences ou même au sein d’une même séquence. VOSTF en excellent état, doté d’une répartition de niveau plus homogène : la voix originale de l’acteur Donald Wolfit mérite d’être comparée à sa voix française.

Crédits images : © Artistes Alliance Ltd.

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 1 avril 2021
Un des sommets de l’âge d’or du cinéma fantastique anglais (1955-1975), rivalisant directement avec les Hammer Films et la première grande production fantastique d'horreur et d'épouvante de Robert S. Baker et Monty N. Berman.

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