24 Frames (2017) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Abbas Kiarostami

Édité par Potemkine Films

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Le 21/05/2021
Critique

Un objet unique, inclassable, une inoubliable conclusion à l’oeuvre d’Abbas Kiarostami, imaginée peu avant sa disparition.

24 Frames

« Pour 24 Frames, j’ai décidé d’utiliser les photos que j’ai prises ces dernières années. J’y ai ajouté ce que j’ai imaginé avoir eu lieu avant ou après chacun des moments capturés. » Ce texte d’Abbas Kiarostami figurait sur le livret distribué à l’occasion de la première de l’oeuvre, à Cannes.

24 Frames, présenté à Cannes le 23 mai 2017, puis dans de nombreux festivals, est le dernier film d’Abbas Kiarostami, mort à Paris le 4 juillet 2016. C’est aussi une expérimentation unique, consistant à animer des images fixes. Le film s’ouvre sur Chasseurs dans la neige, un tableau de Pieter Brueghel l’Ancien : la neige commence à tomber, un oiseau traverse la cadre en piaillant, un chien aboie et tourne autour des chasseurs, des vaches se déplacent au loin en meuglant. Puis le silence revient et tout se fige. La séquence, comme chacune des 23 autres, aura duré 4 minutes 30.

24 Frames

Les 23 cadres suivants sont des photos prises par le réalisateur (ou plutôt des montages de plusieurs photos), surtout des bords de mer ou des paysages campagnards enneigés, souvent perçus dans l’encadrement d’une fenêtre. Ils s’animent peu à peu : les branches des arbres ploient sous l’effet du vent, des animaux, souvent des oiseaux, mais aussi des cerfs ou des bovins, entrent et sortent du cadre. La bande-son ajoute à l’illusion de vie avec une parfaite synchronisation des mouvements, du bruitage et de l’illustration musicale. Le hurlement d’un loup ou la détonation d’un fusil fige les animaux dans une posture de crainte, la parade amoureuse d’un étalon et d’une jument se déroule au rythme d’un tango argentin.

24 Frames tient la gageure de donner à chaque photo une inattendue profondeur. Les flocons de neige, par exemple, en volant vers l’objectif, donnent à l’image, particulièrement dans le cadre 11, un relief spectaculaire, encore renforcé par l’impression d’immersion dans l’ambiance procurée par une répartition idéale du bruitage sur les cinq canaux.

24 Frames est une suite de petites scènes de vie, la plupart en noir et blanc, dans une alternance de petits drames et de pointes d’humour, toutes empreintes d’une poésie que souligne le choix de l’illustration musicale, l’Ave Maria de Franz Schubert, l’aria Un bel dì, vedremo du Madama Butterfly de Giacomo Puccini… Le dernier cadre, avec un passage de la nuit au jour, conclut mystérieusement cette oeuvre unique.

24 Frames

Généralités - 4,0 / 5

24 Frames (114 minutes) et ses suppléments (56 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 et un DVD-9 logés dans les couvertures d’un mediabook.

Le menu animé et musical propose le film, sans paroles, au format audio DTS-HD Master Audio 5.1.

Un livre de 64 pages, contient 48 photos du film, deux pour chacun des 24 cadres, suivies d’un texte d’André Habib, Professeur agrégé de la Faculté des arts et des sciences - Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de Montréal, intitulé Kiarostami ou le happy end du cinéma. Il voit dans 24 Frames « un effort pour ressaisir, (…) à la croisée de la poésie du réel et du numérique, (…) cet état premier du cinéma. (…) 24 Frames est un écrin ou un recueil de poèmes, qui contient, pour qui s’y attarde, une infinité de beautés et de secrets » et des références à son cinéma ou à celui d’autres : les vaches sont probablement un hommage au film de Dariush Mehrjui, La Vache (Gaav, 1969). Ces 24 Frames sont des « instants fugitifs, des satoris, que le cinéaste-poète a eu, après coup, la fantaisie, le caprice, le luxe d’étirer, de faire durer, pour voir, pour imaginer ». L’article se termine sur une belle analyse du dernier tableau et le livre se referme sur quinze courts poèmes d’Abbas Kiarostami dans leur langue originale, en farsi, et dans une traduction en français.

24 Frames

Bonus - 4,0 / 5

Conversation entre Ahmad Kiarostami, le fils d’Abbas Kiarostami et Godfrey Cheshire, critique de cinéma, au Film Lincoln Center (2018, 42’). L’intérêt d’Abbas Kiarostami pour la photographie remonte au temps de la révolution islamique, quand le cinéma dut s’arrêter en Iran pendant plus de cinq ans. Contrairement à ce que peut laisser supposer le générique, 24 Frames a été réalisé avec une équipe de seulement quatre personnes. Le film était presqu’entièrement achevé avant le décès du cinéaste. Ahmad n’a eu qu’à réduire le nombre de frames à 24 (par l’élimination de cinq tableaux), à contenir la durée de quelques-uns dans la limite convenue de 4 minutes 30 et de remplacer une illustration musicale dont les droits n’avaient pu être achetés. La bande-son a été remixée en haute définition 5.1. Ahmad Kiarostami voit dans 24 Frames une remarquable conclusion de tout l’oeuvre de son père, de son cinéma, de sa photo, de sa poésie. Ses films, tous rachetés par la Fondation Kiarostami, vont être restaurés par MK2 et Criterion, y compris Cas n°1, cas n°2 (Ghazieh-e shekl-e aval, ghazieh-e shekl-e dou wom), interdit en 1981 après sa première projection.

Print, film de Salma Monshizadeh, assistante d’Abbas Kiarostami, sur les coulisses du film (2019, 14’). Ce documentaire montre Abbas Kiarostami pendant l’animation du tableau des Glaneuses de Jean-François Millet qui ne sera pas retenu dans le montage, puis la prise, sur fond vert, d’un passant qui sera intercalé en premier plan devant une photo des touristes iraniens contemplant la Tour Eiffel.

Une reprise partielle des compléments à l’édition Criterion sortie en janvier 2018.

Seul Print est proposé sur le DVD.

24 Frames

Image - 5,0 / 5

L’image numérique (1.78:1, 1080i, AVC), d’une résolution poussée, d’une texture délicate, propose un fin dégradé de gris, pour les cadres en noir et blanc, les plus nombreux, et une palette de couleurs légèrement saturées pour les autres.

Son - 5,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 5.1, grâce à une bonne dynamique et une généreuse ouverture de la bande passante, peut tenir parfaitement le rôle essentiel qu’il joue dans l’animation de toutes les photos, notamment en prolongeant la profondeur des cadres, jusqu’à permettre au spectateur de « voir » ce qui se passe hors champ, dans son dos.

Crédits images : © Abbas Kiarostami Productions, CG Cinéma, Eggplant Picture & Sound

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 21 mai 2021
Une gageure, l’animation de photos ? C’est le défi relevé par Abbas Kiarostami pour son dernier film, une suite de petites scènes de vie, alternant mini-drames et pointes d’humour, toutes empreintes d’une poésie soulignée par la bande-son. Du jamais vu, une œuvre unique !

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