Cul-de-sac (1966) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Roman Polanski
Avec Donald Pleasence, Françoise Dorléac et Lionel Stander

Édité par Carlotta Films

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Le 11/06/2021
Critique

Troisième film de Roman Polanski, troisième réussite. Un film différent, inoubliable, récompensé par l’Ours d’or.

Cul-de-sac

Deux malfrats minables, Dicky, le bras droit en écharpe, et Albie, une balle dans le ventre, en cavale après un coup foireux, tombent en panne sur la route conduisant à un château construit sur un piton rocheux, seulement accessible à marée basse. Ils contraignent George, le propriétaire, et sa jeune épouse Teresa à les abriter jusqu’à ce que leur commanditaire vienne les récupérer.

Cul-de-sac, sorti en 1966, est le troisième long métrage de Roman Polanski. Le très mauvais accueil du premier, Le Couteau dans l’eau (Nóz w wodzie, 1962), l’avait amené à quitter définitivement la Pologne, mais avait assuré sa renommée internationale après avoir été distingué par une sélection à l’Oscar du meilleur film étranger (remis cette année-là à Federico Fellini pour 8 1/2) et par le Prix FIPRESCI à Venise.

Installé à Paris, il s’associe au scénariste Gérard Brach pour réaliser Répulsion, tourné à Londres en 1965, et Cul-de-sac, tourné dans le Northumberland, sur la côte est de l’Angleterre, non loin de l’Écosse, dans le château de Lindisfarne, perché sur Holy Island, là où George prétend que fut écrit Rob Roy, un des plus célèbres romans de Walter Scott. À tort, mais ce site exceptionnel lui a inspiré un poème et a séduit Roman Polanski qui y reviendra en 1971 pour tourner Macbeth (The Tragedy of Macbeth).

Cul-de-sac, salué par l’Ours d’or à la Berlinale de 1966, un film étrange, est centré sur les rapports ambigus entre trois personnages, George, Dicky et Teresa, un trio rappelant celui de Le Couteau dans l’eau, avec des rapports changeants, au gré des humeurs et des tensions, allant de la complicité à la fureur homicide.

Cette étrangeté fait de Cul-de-sac un film qu’on ne peut oublier, essentiellement grâce au talent de Roman Polanski, mais aussi à sa distribution, en tête de laquelle s’impose Donald Pleasence, dont chaque cinéphile garde en mémoire l’apparition grotesque, sous une chemise de nuit arachnéenne, maquillé par Teresa, interprétée par Françoise Dorléac qui allait, un an après la sortie du film à Londres, perdre la vie à 25 ans à bord d’une voiture. L’autre membre du trio, c’est l’Américain Lionel Stander, une des gueules du cinéma, blacklisté au moment de la chasse aux communistes lancée par le sénateur McCarthy. Entre et sort aussi une petite galerie de personnages, des bourgeois plutôt incultes et détestables, parmi lesquels on reconnaît Jacqueline Bisset.

Roman Polanski a repris le directeur de la photographie de Répulsion, Gilbert Taylor, un chef-opérateur confirmé par une quarantaine de films, dont The Beatles - A Hard Day’s Night (A Hard Day’s Night, Richard Lester, 1964). Il passera derrière la caméra en 1977 pour le premier chapitre de la saga intergalactique de George Lucas, rebaptisé Star Wars - Episode IV : Un nouvel espoir.

L’accompagnement musical est composé par le pianiste de jazz Krzysztof Komeda, dont la collaboration à l’oeuvre de Roman Polanski fut interrompue, après Rosemary’s Baby, par son décès prématuré à l’âge de 37 ans.

Carlotta Films a eu la bonne idée de rééditer, dans des versions fraîchement restaurées, enrichies de bonus, les trois premiers longs métrages de Roman Polanski. Sont sortis, en même temps que Cul-de-sac, Le Couteau dans l’eau et Répulsion.

Cul-de-sac

Généralités - 3,0 / 5

Cul-de-sac (112 minutes) et ses suppléments (56 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier de 11 mm, glissé dans un fourreau.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format audio DTS-HD Master Audio 1.0.

Bonus - 3,5 / 5

Deux gangsters et une île (23’, Blue Underground Ltd, 2003), avec Roman Polanski, les producteurs Gene Gutowski et Tony Tenser, le chef-opérateur Gilbert Taylor, le directeur artistique Voytek. Le scénario, en gardant ses distances avec le genre du thriller, met l’accent sur les personnages et l’atmosphère. L’idée du tournage en Yougoslavie fut vite abandonnée au profit de Holy Island, un endroit magnifique, coupé du monde deux fois par jour, avec des capacités locales d’hébergement spartiates pour l’équipe du film. Le tournage prit du retard, compliqué par les multiples prises voulues par Polanski, par une météo exécrable, par les horaires de marée et le manque de moyens. Lionel Stander, ingérable, donna du fil à retordre à Polanski et entra si bien dans la peau de son personnage qu’il ne fit pas semblant de fouetter Françoise Dorléac avec une ceinture ! Roman Polanski dut aussi s’accommoder du caractère lunatique de Donald Pleasence. Il loue les qualités de l’interprète d’Albie, Jack MacGowran, auquel il donnera, l’année suivante, le rôle du professeur Abronsius dans Le Bal des vampires (The Fearless Vampire Killers).

Trois courts métrages :

Quand les anges tombent (Gdy spadaja anioly, 1959, N&B/couleurs, 22’). Une vieille « dame pipi » prend son poste un matin, jette des boules de naphtaline dans les urinoirs et étend de la sciure sur le sol carrelé. Une jeune femme à sa fenêtre regarde défiler des militaires en pleine campagne… Le temps passe. Au calme succède le vacarme de la guerre…

Le Gros et le maigre (coréalisé avec Jean-Pierre Rousseau, 1961, N&B, muet avec accompagnement musical, 15’). À la campagne, près d’une maison, un jeune homme fluet, en haillons, joue de la flûte en battant la mesure sur un fait-tout, tandis qu’un homme obèse, son patron, accablé par la chaleur éponge sa sueur, affalé dans un rocking chair. Au loin, Paris, dominé par le Tour Eiffel… (un hommage à Charles Chaplin, avec Roman Polanski dans le rôle du musicien).

Les Mammifères (Ssaki, 1962, N&B, muet avec accompagnement musical, 11’). Un plateau enneigé en montagne. Une clochette tinte au loin, accrochée au cou d’un homme qui tire, sur un traîneau, un passager emmitouflé dans un manteau et une écharpe, un feutre sur la tête, en train de plumer une volaille…

Bande-annonce.

Cul-de-sac

Image - 5,0 / 5

L’image (1.88:1, 1080p, AVC), après restauration, probablement celle opérée en 2011 pour l’édition Criterion, est d’une irréprochable qualité. Stable, lumineuse, fermement contrastée, avec des noirs profonds, elle assure une parfaite lisibilité de tous les plans, y compris dans les scènes de nuit. Toute trace de détérioration de la pellicule é été éliminée avec un contrôle du grain préservant la texture originelle.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 1.0, très propre lui aussi, pratiquement sans souffle, bénéficie d’une dynamique qui met en valeur la bande-son, bruitage et accompagnement musical, jouant un rôle important dans le cinéma de Polanski.

Le doublage, plaçant les dialogues trop en avant au détriment de l’ambiance, n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.

Crédits images : © 1966 COMPTON TELKI PRODUCTIONS. Tous droits réservés.
© 2021 TIGON FILM DISTRIBUTORS / IMPEX-FILMS. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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5
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Philippe Gautreau
Le 12 juin 2021
Ce troisième long métrage, salué par l’Ours d’or à la Berlinale de 1966, un film insolite, confirma la renommée internationale de Roman Polanski. Ses deux premiers films, Le Couteau dans l'eau et Répulsion, fraîchement restaurés, viennent aussi d'être réédités avec des bonus exclusifs
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P. de Melun
Le 25 février 2021
Ce huis-clos loufoque oscille entre drame et farce dans un décor à la fois romanesque et inquiétant… Les personnages sont imprévisibles, l’image magnifique… Bref, le génie de Polanski est bien là, avec un sens hors du commun pour raconter une histoire atypique… Et pourtant, quelques longueurs car le scénario s’enlise un peu vers une fin qui ne parvient guère à raviver la flamme entrevue dès les premières images.

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