Lâchez les monstres (1970) : le test complet du Blu-ray

Scream and Scream Again

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livret

Réalisé par Gordon Hessler
Avec Vincent Price, Christopher Lee et Peter Cushing

Édité par ESC Editions

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Le 17/11/2021
Critique

Remarquable film fantastique signé Hessler, au scénario construit d’une manière sophistiquée.

Lâchez les monstres

Londres (Angleterre) + Europe de l’Est, 1969 : à Londres, un homme est enlevé puis démembré dans une clinique secrète tandis qu’un psychopathe assassine des filles séduites dans un night-club. Dans un pays d’Europe de l’Est sous dictature militaire, l’officier Konradtz, doté de pouvoirs surhumains, tue ses supérieurs hiérarchiques. Scotland Yard remonte une piste qui mène au docteur Browning qui effectue des recherches sur le cancer, avec l’aide financière du gouvernement. Konratz mène d’étranges négociations relatives à l’enquête anglaise, au téléphone puis à Londres avec Freemont, haut fonctionnaire britannique. Un médecin légiste et une policière découvrent, au péril de leur vie, qu’il s’agit d’un complot international mené par une nouvelle race, afin de dominer le monde.

Lâchez les monstres !! (Scream and Scream Again, USA-GB 1969) de Gordon Hessler est son second grand film fantastique ici catégorie science-fiction. Tourné après Le Cercueil vivant (The Oblong Box, USA-GB 1969), Lâchez les monstres !! - je conserve les deux points d’exclamation qui ornaient son affiche française d’époque - fut distribué en 1970 au cinéma des deux côtés de l’Atlantique, ce qui explique qu’on le date souvent de 1970 bien que son copyright au générique d’ouverture mentionne expressément 1969.

Adapté d’un livre signé « Peter Saxon » (pseudonyme qui aurait regroupé trois écrivains distincts : W. H. Baker, M. Thomas et S. Frances) dans lequel c’était non pas une dictature militaire communiste mais des extra-terrestres qui étaient à l’origine du complot. La réalisation devait être assurée par le cinéaste Michael Reeves mais sa mort donna à Hessler la chance de réaliser à sa place pour le compte des fondateurs de la britannique Amicus associés à l’américaine AIP dont le producteur exécutif crédité est Louis M. Heyward.

Lâchez les monstres

Le scénario de Christopher Wicking confère à Lâchez les monstres !! l’allure d’un puzzle dont les éléments, en apparence hétérogènes et disparates, se reconstituent d’une manière cohérente sous nos yeux jusqu’au dernier plan (l’ultime réplique de Christopher Lee dans la Bentley), augmentant encore l’angoisse du spectateur devant l’infini d’un possible révélé in-extremis dans sa terrifiante totalité. Le cinéaste Fritz Lang fut admiratif, non seulement parce que le titre allemand d’exploitation (en RFA) rendait hommage à sa propre trilogie consacrée au docteur Mabuse (1922-1932-1960) mais encore parce que l’intelligence du script, sa rigueur, sa vivacité, son dynamisme avaient effectivement quelque chose de profondément langien. Sans oublier une connotation politique que Lang pouvait apprécier à sa juste mesure depuis qu’il était rentré dans une Allemagne occupée pour moitié (la RDA) par un régime communiste tyrannique et meurtrier. L’embuscade tendue aux fugitifs en pleine campagne, montrant un soldat équipé du fusil SKS soviétique muni d’une lunette de visée, était d’ailleurs une claire allusion pour les connaisseurs.

On a reproché à Hessler la relative brièveté des apparitions de Lee et de Cushing (dont les rôles sont certes brefs sur le plan du minutage mais déterminants et importants sur le plan du scénario) alors que Vincent Price est davantage présent. J’ai toujours pensé, pour ma part, que c’était une bonne idée et même un point fort du film. La structure de l’histoire ne sert pas le « star-system », c’est lui qui est à son service. D’autant plus qu’une étrange indécision physique marque certains visages de seconds rôles qui oscillent entre naturel et artificiel, dans leur aspect comme dans leur jeu. Cette indécision (qui aurait intéressé, sur le plan dramaturgique, le regretté François Florent) nourrit constamment l’angoisse : c’est le cas des acteurs Marshall Jones, Alfred Marks, Michael Gothard et même de Christopher Mattews dont le visage a parfois, lui aussi, quelque chose de minéral et d’inhumain. Casting féminin moins spectaculaire mais cependant savoureux : la belle actrice allemande Uta Levka venait de jouer deux rôles sexy : la prostituée Heidi dans Le Cercueil vivant de Hessler et la prostituée Rose Keller dans Le Divin marquis de Sade (De Sade, USA-RFA 1969) de Cyril R. Enfield crédité et Michael Reeves, Gordon Hessler, Richard Rush, Roger Corman non crédités. Elle compose ici (c’est le cas de le dire : une vision du film éclairera mon allusion) une mystérieuse et très étrange infirmière clandestine, tandis que Judy Bloom (sans lien de parenté avec Claire Bloom) est une désirable inspectrice de police, que Judy Huxtable incarne une victime sexy du dancing et que Yutte Stensgaard (alors une « Hammer glamour girl ») est la fugitive torturée.

Lâchez les monstres

La poursuite spectaculaire en voiture du « vampire » - sur le plan technique, tout bonnement une des plus belles et des plus nerveuses jamais filmées et montées au vingtième siècle - fut tournée en partie sur le circuit Alpine de Milbrook. Cette séquence n’est pas le seul témoignage de virtuosité plastique : certains meurtres sont l’occasion de spectaculaires effets de caméra subjective et de contre-plongées. L’attaque d’une des filles, celle filmée dans le tunnel, est plastiquement plus classique car influencée par les versions cinématographiques muettes (anglaises et allemandes) et parlantes (américaines et anglaises) de l’histoire de Jack l’éventreur.

Il existe deux versions de Lâchez les monstres !! : l’anglaise et l’américaine. C’est la version américaine qui est ici présentée. Les différences sont légères entre les deux et n’altèrent jamais le scénario. Deux exemples : quelques lignes de dialogues entre Price et Lee, vers la fin, ont été supprimées par AIP pour l’exploitation aux USA ; le générique final américain est montré sur un fond noir sonorisé par la musique du groupe The Amen Corner alors que le générique anglais défile sur un plan du laboratoire vide du Dr. Browning.

Lâchez les monstres !! demeure un titre dont la connaissance est indispensable au cinéphile s’intéressant à l’histoire du cinéma fantastique (catégorie science-fiction) et à la filmographie sélective fantastique de Hessler.

Lâchez les monstres

Généralités - 3,0 / 5

1 mediabook combo collector Blu-ray + DVD + livret 16 pages, édition limitée à 2000 exemplaires par ESC le 22 septembre 2021, collection British Terrors. Image Eastmancolor au format original 1.85 respecté et compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 VOSTF. Durée du film sur Blu-ray : 95 min. environ. Suppléments : présentation du film par Frédéric Albert Lévy (28 min. env.) + livret illustré 16 pages. Quelques extraits des films de l’indispensable collection British Terrors (elle comporte des classiques du cinéma fantastique produits par la Amicus et par la Hammer mais également, à présent, par AIP en collaboration avec Amicus) ouvrent le menu principal mais on peut, si on les connaît déjà, les sauter aisément à la télécommande.

Livret illustré 16 pages, supervisé par Marc Toullec : pas reçu.

Lâchez les monstres

Bonus - 2,5 / 5

Présentation par Frédéric Albert Lévy (durée 28 min. environ) : elle est illustrée par des extraits du film, des affiches (dont une floue de I Was a Teenage Frankenstein et une heureusement beaucoup plus nette de l’affiche française d’exploitation Étoile distribution de Lâchez les monstres !!) et quelques photos N&B et couleurs. Elle replace le titre dans le cadre de l’histoire du cinéma fantastique anglais de la période 1960-1970 (Hammer Films, Tigon, Amicus et AIP) mais une correction concernant la Hammer : cette dernière produisit des films fantastiques à l’action contemporaine (depuis au moins 1961 et le film de Seth Holt écrit par Jimmy Sangster) et des films de science-fiction (par exemple le titre de 1967 de Roy Ward Baker) car elle avait parfaitement conscience qu’elle ne pouvait compter uniquement sur la mise à jour du catalogue Universal auquel elle est un peu trop vite réduite. Pour le reste, savoureuse et précise interprétation politique du scénario du film (qui n’est pas si difficile à comprendre que le dit Lévy : sa structure est simplement celle d’un puzzle éclaté dont les morceaux se recollent sous nos yeux progressivement jusqu’au tout dernier plan qui constitue la clé de voûte de l’ensemble), agrémentée de quelques remarques esthétiques et d’anecdotes, par exemple celle sur l’hommage direct rendu au film de Hessler par un film de la série James Bond ou bien encore celle, certes connue des cinéphiles mais qui méritait assurément d’être examinée comme le fait Lévy, concernant l’admiration de Fritz Lang pour le film. Bonne présentation donc.

Au total, édition spéciale qui est honorable.

Le cinéphile anglophone souhaitant davantage de documents pourra visionner deux éditions américaines : l’édition Twilight Time de 2015 (limitée à 3000 exemplaires et qui contient un commentaire audio, un documentaire sur le cinéaste Gordon Hessler durant sa période de collaboration avec AIP, les souvenirs de l’actrice Uta Levka, une galerie affiches et photos) et l’édition Kino Lorber de 2019 (qui comporte la version anglaise, la version américaine, un commentaire audio de Tim Lucas).

Lâchez les monstres

Image - 3,5 / 5

Full HD 1080p au format large original 1.85 bien respecté en Eastmancolor et compatible 16/9. L’image argentique a été moyennement restaurée : pas mal de poussières négatives et positives subsistent, ainsi que quelques brûlures mais aucune rayure. Format original bien respecté, même rendu des détails en gros plan et même vivacité des couleurs que sur le master américain de Shout Factory. C’est la version américaine qui est ici présentée : son générique de fin sur un panneau noir le prouve, parmi d’autres petites différences. Notez que ce titre fait aussi partie de l’âge d’or filmographique fantastique du directeur photo britannique John Coquillon.

Lâchez les monstres

Son - 2,5 / 5

DTS-HD Master Audio 2.0 mono en VOSTF. Piste anglaise VOSTF en excellent état mais pourquoi la VF d’époque qui existait (le film avait été projeté en VF au cinéma parisien Le Brady dès 1970) n’est-elle pas proposée ? Dommage car la note accordée à cette section baisse, pour cette raison, de moitié. A noter la présence du groupe musical The Amen Corner que les historiens rattachent au courant du « modern jazz » et pour qui 1969 fut une année de succès. Ils chantent notamment, dans l’une des deux séquences de boîte de nuit londonienne, une chanson portant le titre original (Scream and Scream Again) du film.

Crédits images : © Amicus Productions

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 18 novembre 2021
Remarquable film fantastique signé Hessler, au scénario construit d’une manière sophistiquée, et le second des trois qu'il tourna avec l'acteur Vincent Price en vedette, en 1969-1970. Son thème et son traitement plastique furent admirés par Fritz Lang.

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