La Fin du monde (1931) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Abel Gance
Avec Abel Gance, Colette Darfeuil et Vanda Vangen

Édité par Gaumont

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Le 06/01/2022
Critique

Le rêve démesuré d’un génie incontesté du cinéma, Abel Gance, confronté aux bouleversements entraînés par l’arrivée du cinéma parlant.

La fin du monde

L’astronome Martial Novalic, en récompense de ses découvertes, vient de recevoir le prix international que convoitait son rival, M. de Murcie. Il annonce à son frère Jean, un acteur aux revenus précaires, sa décision de s’exiler à l’observatoire du Pic du Midi, loin des solliciteurs qui veulent lui acheter ses découvertes pour fabriquer de nouvelles armes. Les deux frères sont amoureux de la même femme, Geneviève, la fille de M. de Murcie. Jean, persuadé qu’un cataclysme approche, lui demande de s’allier à Geneviève pour sauver les humains qui survivront. Peu après, alors que des tensions internationales font craindre l’imminence d’une guerre mondiale, Martial découvre que la course d’une énorme comète l’amènera à percuter la Terre dans 114 jours…

La Fin du monde, sorti en janvier 1931, s’affiche fièrement comme « le premier grand spectacle du cinéma parlant français », une nouveauté pour Abel Gance dont le film précédent, l’ambitieux Napoléon, restait muet tout au long de sa durée, 5h30. Et ça se sent, ou plutôt s’entend, au ton théâtral, voire déclamatoire, des dialogues !

La Fin du monde s’ouvre aux accents du choral Kommt, ihr Töchter helft mir klagen de la Passion selon Saint Matthieu de Bach qui accompagne la représentation dans une église de la crucifixion du Christ, incarné par Jean Novalic, alias Abel Gance, présenté comme un nouveau messie par le scénario adapté du roman éponyme, un récit d’anticipation situé au XXVe siècle, écrit par l’astronome Camille Flammarion en 1894, inspiré par le futur passage, en 1910, de la comète de Halley au plus près de notre planète.

La Fin du monde est un des plaidoyers d’Abel Gance en faveur de la paix, réalisé entre les deux versions de J’accuse, celle de 1919, au lendemain de la première guerre mondiale, l’autre de 1938, à la veille de la seconde. Un plaidoyer bien naïf puisque Martial, sous les applaudissements des dirigeants de la planète, réussit à faire proclamer la mort des États et la naissance d’une « République universelle » !

La Fin du monde réunit des acteurs réputés des dernières années du cinéma muet et du début du parlant, Victor Francen (Forfaiture, Marcel L’Herbier, 1937), dans le rôle principal de Martial Novalic, Colette Darfeuil, dans celui de Geneviève, Jean d’Yd (La Passion de Jeanne d’Arc, Carl Theodor Dreyer, 1928), dans celui de M. de Murcie. Abel Gance, qui aimait, de temps à autre « faire l’acteur », interprète Jean Novalic. Une version en anglais, intitulée End of the World, a été parallèlement tournée avec d’autres acteurs, mais Victor Francen toujours en tête de distribution.

Dans le riche accompagnement musical, avec une composition d’Arthur Honneger, apparaît une nouveauté, les ondes Martenot, un instrument de musique électronique inventé par Maurice Martenot, présenté au public en 1928, et entendu ici pour la première fois dans une musique de film. Mais pas pour la dernière : on le réentendra notamment Mars Attacks!, There Will Be Blood, dans les compositions de Maurice Jarre pour deux grands films de David Lean, La Fille de Ryan et Le Docteur Jivago

La Fin du monde, à défaut d’être un des chefs-d’oeuvre d’Abel Gance, révèle toutefois sa maîtrise de l’écriture cinématographique, sa science des cadrages et des éclairages dans une suite de très gros plans, la sûreté de ses mouvements de caméra, l’originalité des angles de prises de vues, par exemple dans les séquences filmées sur la Tour Eiffel. Il méritait donc d’être restauré et réédité.

La fin du monde

Généralités - 3,5 / 5

La Fin du monde (95 minutes) et ses suppléments (61 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier bleu standard glissé dans un fourreau, non fourni pour le test, effectué sur check disc.

Le menu animé et musical propose le film, au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono, avec sous-titres anglais optionnels.

Piste d’audiodescription DTS-HD MA 2.0.

Sous-titres pour malentendants.

Une édition DVD est sortie avec le même contenu.

Une restauration a été opérée en 2021 par le Laboratoire Éclair, en 2K, à partir du scan 4K de deux sources, le négatif nitrate original et un contretype. Les scènes issues du contretype offrent une résolution et des contrastes nettement plus faibles que celles issues du négatif.

Bonus - 5,0 / 5

Sur la trace d’un rêve (38’, Gaumont, 2021). Pour Laurent Véray, universitaire, historien du cinéma, La Fin du monde est « la trace d’un rêve », celui d’Abel Gance, « débordé par son enthousiasme » et perturbé par les difficultés techniques et le délicat passage du muet au parlant. Pour Serge Bromberg, producteur, réalisateur et fondateur de Lobster Films, Abel Gance entame une deuxième phase de sa carrière de réalisateur, sans le soutien de Charles Pathé, « encore enfermé dans l’esthétique du cinéma muet (…) et doit apprendre à se débrouiller seul ». Christophe Gauthier, historien du cinéma, rappelle que Gance avait déjà ébauché un projet d’un « appel à la paix universelle » dès le début des années 10. Léon Rousseau, ingénieur du son, présente Maurice Martenot qu’on voit, dans un plan, utiliser une version primitive, sans clavier, de son instrument. Laurent Véray souligne la recherche des prises de vues des scènes de destruction du monde faites avec la contribution de Jules Kruger, chef-opérateur de Napoléon. Le premier montage, qui durait près de trois heures, fut raccourci à 1h40, sans l’autorisation de Gance, et déséquilibré pour la première à l’Opéra de Paris, mal reçue par la critique qui dénonça ses ellipses et sa dimension moralisatrice trop simpliste. Mais La Fin du monde reste, pour Serge Bromberg, « un film très personnel (…) mutilé (…) d’une incroyable démesure (…) probablement pas réussi (…) avec une déclamation de théâtre qui ne colle pas (…) mais plein d’idées extraordinaires ». Laurent Véray rappelle que le film n’a tenu que quinze jours en première exclusivité, au moment où L’Ange bleu, sorti en juillet 1930, était resté « des mois et des mois » à l’affiche du Studio des Ursulines.

Autour de La Fin du monde (15’). Ce documentaire d’Eugène Deslaw sur le tournage de La Fin du monde souligne la lourdeur de l’équipement requis pour la prise du son direct, rappelée par l’affichage sur le plateau de l’avertissement « silence absolu », en grosses lettres. Muet, le documentaire devient sonore en cadrant un combo de jazz, puis une chanteuse de tango accompagnée à la guitare, ou pour quelques plans précédés par un clap…

La présentation du court métrage (3’) par Laurent Véray nous apprend qu’Eugène Deslaw, d’origine ukrainienne, a réalisé plusieurs documentaires sur l’univers mécanique.

Bande-annonce (5’). « La Fin du monde approche », avertit cette longue bande-annonce !

La fin du monde

Image - 3,5 / 5

L’image (1080p, AVC), au ratio 1.20 :1 des premiers films parlants dont la piste du son empiétait sur l’image, après une restauration 2K opérée en 2021 par le Laboratoire Éclair à partir de deux sources, le négatif nitrate original et un contretype, affiche une qualité hétérogène : une bonne résolution et des contrastes fermes alternent avec des plans un peu flous, faiblement contrastés et manquant de densité. Néanmoins, le gain de qualité est miraculeux en comparaison de l’image de la précédente édition DVD de 2011, reprise dans le monumental [PROGRAM(j_accuse_gance_1917_1938_combocoll_br,Coffret numéroté J’accuse)] sorti en 2017.

Son - 3,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono a, lui aussi, bénéficié d’une restauration par L.E. Diapason avec des résultats moins spectaculaires que ceux obtenus pour l’image, mais appréciables, en termes de propreté, en dépit de la subsistance d’un souffle assez fort, et de netteté des dialogues qui sont occasionnellement couverts par l’accompagnement musical. Il aurait fallu un miracle pour élargir la bande passante et éliminer les saturations d’une prise de son effectuée avec les moyens encore tâtonnants des débuts du cinéma parlant.

Crédits images : © 1931 Gaumont

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 6 janvier 2022
La Fin du monde laisse présumer qu’Abel Gance s’adaptera difficilement aux nouvelles exigences du cinéma parlant, mais confirme sa maîtrise de l’écriture cinématographique, sa science des cadrages et des éclairages dans une suite de très gros plans, la sûreté de ses mouvements de caméra, l’originalité des angles de prises de vues, par exemple dans les séquences filmées sur la Tour Eiffel. Il méritait donc d’être restauré et réédité.

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