La Chevauchée de la vengeance (1959) : le test complet du Blu-ray

Ride Lonesome

Édition Collection Silver Blu-ray + DVD

Réalisé par Budd Boetticher
Avec Randolph Scott, Karen Steele et Pernell Roberts

Édité par Sidonis Calysta

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Le 17/11/2021
Critique

L’un des plus beaux western de la série réalisée par Boetticher avec l’acteur Randolph Scott.

La Chevauchée de la vengeance

USA dix-neuvième siècle : Ben, un veuf chasseur de prime, ramène le meurtrier Billy vers Santa Cruz où il doit être pendu. Ils font halte à un relais de poste désertique bientôt attaqué par les Indiens Mescaleros. Ben s’allie avec les survivants de l’attaque : deux aventuriers (intéressés par Billy car ils savent qu’une promesse d’amnistie récompenserait ceux qui le livreront à la justice) et la propriétaire du relais, désormais veuve. Frank, bandit et frère de Billy, poursuit le groupe : il sait que Ben attend impatiemment leur rencontre finale car Frank a tué autrefois d’une manière atroce l’épouse du chasseur de primes.

La Chevauchée de la vengeance (Ride Lonesome, USA 1959) de Budd Boetticher fut distribué avec dix ans de retard en France, en 1969. C’était l’avant-dernier de la célèbre série des westerns tournés entre 1956 et 1959 par le cinéaste avec Randolph Scott en vedette : Boetticher prenait la suite du cinéaste André DeToth qui se plaignait de la mentalité conventionnelle de l’équipe qui entourait alors l’acteur, issu d’une riche famille virginienne et qui tournait deux films par an, tous des succès au box-office. De 7 hommes à abattre (Seven Men From Now, USA 1956) qu’admira le critique français André Bazin, à cette sorte d’épure dénudée qu’est Comanche Station (USA 1959), Boetticher sert la tradition la plus classique. il ne tourne pas de « sur-westerns » (au sens que donnait Bazin à ce terme) mais de purs westerns (et c’est ce que Bazin admirait chez lui).

Dotés de budgets assez minces, d’un casting quantitativement léger mais de qualité et bien dirigé, de scénarios très bien écrits par Burt Kennedy, ils composent un univers plastique et psychologique homogène, discrètement romantique. La violence graphique y est épurée, à la manière de Howard Hawks ou de John Ford, mais d’autant plus efficace lorsqu’elle fait irruption. La mise en scène repose sur un classicisme opposé, à la même époque, au baroque d’un Samuel Fuller ou d’un Robert Aldrich, opposé au modernisme d’un Don Siegel ou d’un Richard Fleischer. Au fond, s’il fallait lui trouver un point de comparaison, c’est sans doute à la série contemporaine des westerns réalisés par Anthony Mann avec James Stewart et à celle réalisée par Allan Dwan avec John Payne dans les années 1955 qu’on pourrait le mieux la comparer mais on n’obtiendrait pas encore sa spécificité.

La Chevauchée de la vengeance

Des critiques tels que André Bazin (dès les années 1955) puis Jean Wagner (vers 1970) l’avaient déjà remarqué : au visage minéral de Scott répondent plastiquement les extérieurs calcinés par le soleil, les pierres et les montagnes que traversent les héros. La nature filmée par Boetticher, c’est la nature du cinéaste Raoul Walsh : une nature fondamentalement hostile. L’action est commandée par une volonté aboutissant à une ligne dramaturgique épurée : survivre, accomplir sa vengeance, redresser l’ordre ou bien encore retrouver une femme disparue (mais en ramener inévitablement une autre car le destin tragique mène la danse). Les personnages incarnant le mal sont souvent frappés d’une tragique ambivalence morale comme physique : ils peuvent apparaître brièvement chevaleresques et sympathiques (comme Claude Akins dans Comanche Station, ou Richard Boone dans L’Homme de l’Arizona) ou jeunes et séduisants (comme James Best dans La Chevauchée de la vengeance) mais ils sont irrémédiablement corrompus ou tarés. Les jeux sont faits et le ver est déjà dans le fruit. Le cinéma de Boetticher n’est pas un cinéma naïf : c’est un cinéma de la désillusion, de la lassitude, de l’effort presque condamné d’avance et pourtant accompli par pur héroïsme.

Graphiquement, le passage au CinemaScope en 1959 permet à Boetticher d’atteindre à une plénitude graphique concernant les deux derniers titres de la série : La Chevauchée de la vengeance avec ses paysages lunaires (voire martiens car les personnages traversent des déserts montagneux à dominante ocre qui ressemblent parfois assez à ceux montrés par les robots américains envoyés sur cette planète) et son spectaculaire arbre brûlé en forme de croix, Comanche Station avec ses paysages désolés ou luxuriants mais tous primitifs. Tous mettent en valeur la solitude morale et psychologique des êtres qui les traversent, la cruauté du destin qui s’acharne sur eux. Destin qui sera figuré in fine par l’homme aveugle de Comanche Station, clin d’oeil cultivé et admirable, en forme de boucle bouclant l’ultime titre de la série, du scénariste Burt Kennedy à la tragédie grecque antique.

La Chevauchée de la vengeance

Généralités - 4,0 / 5

1 Blu-ray BD50 région B + 1 DVD 9 édités par Sidonis, collection Silver Blu-ray, le 20 septembre 2021. Image couleurs au format 2.35 compatible 16/9 en 1080p Full HD sur le Blu-ray. Son VF, VO et VOSTF à la norme DTS HD Master audio 2.0. Durée du film : 73 min. environ sur Blu-ray. Suppléments : présentation par Patrick Brion, par Bertand Tavernier, par Jean-François Giré, par Martin Scorsese, documentaire américain sur Boetticher (uniquement sur le Blu-ray), bande-annonce originale et bande-annonce originale commentée. Possibilité de changer de piste sonore à la volée. Surétui et jaquette reprenant en illustration un fragment des affiches originales.

Bonus - 4,5 / 5

Budd Boetticher, un maître du Western (Budd Boetticher An American Original, USA 2005, couleurs + N&B, durée 49’14”, VOSTF, visible seulement sur le Blu-ray) : documentaire majeur de cette édition car on voit et on entend Boetticher parler de lui-même et de ses films ; des informations de première main sont fournies sur son scénariste Burt Kennedy, sur l’acteur et producteur Randolph Scott, sur les relations de Boetticher avec John Wayne et sa société de production Batjac, sur la collaboration de Andrew McLaglen avec Boetticher et bien d’autres choses encore. Nombreuses photos et témoignages intéressants de diverses personnalités, à commencer par l’acteur et cinéaste Clint Eastwood, le scénariste Robert Towne, etc.

Présentation par Martin Scorsese (2008, 5’24”, VOSTF) : elle ouvre de nouvelles pistes d’interprétation du western de Boetticher, contient des remarques esthétiques pertinentes sur l’utilisation de l’écran large CinemaScope, formule des parallèles suggestifs avec des titres variés et parfois inattendus. Les STF traduisent « 1.33 » (il faut d’ailleurs comprendre 1.37 car le format académique standard de l’image cinéma parlant est 1.37 à partir des années 1930) mais négligent le « 1.85 » également mentionné par Scorsese, qui les compare au format Scope 2.35. Une question pourtant que Scorsese ne pose pas : si cet amour de Boetticher pour le format Scope 2.35 était si grand, pourquoi n’a-t-il pas tourné toute la série Randolph Scott dans ce format ? Intéressante question d’histoire du cinéma à laquelle je n’ai pas encore la réponse. Une supposition cependant, prosaïque mais qui me paraît vraisemblable  : toute la série ayant été produite par les mêmes producteurs avec des budgets très similaires, il est possible qu’à partir de 1959, les caméras et les objectifs CinemaScope fussent devenus accessibles au même prix que les caméras et les objectifs 1.85 et 1.37 autrefois utilisés.

La Chevauchée de la vengeance

Présentation par Bertrand Tavernier et Patrick Brion (2010, 16/9, couleurs + N&B, durées 24’07” + 7’12”) : elles sont reprises de l’ancienne édition DVD Sidonis. Elles sont bien illustrées de nombreuses affiches, de photos et d’extraits. Les présentations de Brion et de Tavernier étaient complémentaires dans la mesure où certaines anecdotes intéressantes sont racontées par l’un mais pas par l’autre, certaines déclarations de Boetticher sont lues par l’un mais pas par l’autre : par exemple, la remarque sur John Wayne producteur de 7 hommes à abattre ou bien encore celle sur Coups de feu dans la Sierra (Ride The High Country, USA 1962), le dernier grand western tourné par l’acteur Randolph Scott, au scénario d’abord proposé à Boetticher mais finalement réalisé par Peckinpah. Notez que Tavernier emprunte certaines informations à l’édition DVD américaine NTSC zone 1 de 7 hommes à abattre, expressément citée à plusieurs reprises. Tavernier est un peu trop indulgent concernant certains films mineurs (et médiocres) de Boetticher mais il a raison de mentionner les films noirs policiers signés Boetticher, trop peu connus aujourd’hui en France alors que celui de 1960 est remarquable et mériterait une édition collector. Une remarque filmographique : les affiches et photos de Comanche Station sont datées 1960 alors que son générique d’ouverture est sous copyright 1959. Cette confusion entre la date inscrite sur le film et sa date de distribution commerciale est constante dans la plupart des filmographies françaises de Boetticher, publiées autrefois en livres ou dans des articles, y compris ceux de Brion et de Tavernier.

L’Oeuvre de Budd Boetticher par Bertrand Tavernier (2010, 23’27”, VOST) : présentation générale reprise de l’ancienne édition DVD Sidonis. Elle évoque la découverte française des films de Boetticher puis la « correspondance trans-océanique » entretenue par Tavernier avec le cinéaste : savoureuses anecdotes. L’ensemble est informé mais ignore certains éléments fournis par le documentaire américain qui le complète naturellement. Concernant la série de westerns réalisés par Boetticher de 1956 à 1959, joués et co-produits par l’acteur Randolph Scott, souvent écrits par le cinéaste Burt Kennedy, photographiés par de bons directeurs photos (notamment les deux films en Scope, plastiquement magnifiques), précisons que l’ancienne vague DVD Sidonis 2010, ne comportait pas son premier titre (et celui considéré aujourd’hui comme le titre majeur de la série) à savoir 7 hommes à abattre rendu célèbre en France par un article élogieux d’André Bazin. Il manquait également Le Courrier de l’or (Westbound, USA 1959) qui avait été le seul titre de la série à avoir été distribué par Warner au lieu de Columbia. C’est essentiellement cette série qui perpétue aujourd’hui en France le nom de Boetticher, sans oublier son admirable et très violent film noir La Chute d’un caïd (The Rise and Fall of Legs Diamond, USA 1960) ni son ultime western : Qui tire le premier ? (A Time For Dying, USA 1969).

La Chevauchée de la vengeance

Présentation par Jean-François Giré (2021, 10’28”) : elle s’attache, une fois admirée la mise en scène, au suspense du scénario écrit par Burt Kennedy puis au rôle révélateur tenu par Karen Steele. Interprétation sympathique du film mais ne la visionner qu’après l’avoir vu car elle révèle sa fin. Propos illustrés par des extraits du film : technique favorite des présentateurs nationaux mais que je juge inutile puisqu’on vient en général de visionner le film et qu’il est présent à notre esprit. Je préférerais qu’on remplace ces extraits par d’autres documents : photos de plateau, photos de production, photos d’exploitation, affiches, par exemple, afin d’augmenter la quantité de documents d’histoire du cinéma de première main.

Bande-annonce originale (2.35 compatible 16/9, 2’04”, VO) : bon état argentique, très bien montée, couleurs vives (par exemple le beau rouge des slogans).

Bande-annonce commentée (2’22”, VOSTF) : la même commentée par l’historien John Sayles qui réussit à délivrer de pertinentes informations en très peu de temps mais qui n’apprendront évidemment rien à ceux qui ont déjà visionné les autres suppléments. En revanche, peut servir d’introduction générale à l’ensemble des bonus, qu’il résume bien.

Très bonne édition spéciale dans laquelle on apprend beaucoup de choses, même si certaines informations sont parfois inévitablement répétées d’un bonus à l’autre. Il ne lui manque qu’une copieuse galerie affiches et photos d’exploitation pour être qualifiée de « collector ».

La Chevauchée de la vengeance

Image - 5,0 / 5

Restauration en Full HD 1080p (sur le Blu-ray) au format original 2.35 CinemaScope, Eastmancolor, compatible 16/9. Plastiquement, La Chevauchée de la vengeance et Comanche Station furent les deux seuls titres tournés par Boetticher en CinémaScope pour sa série de westerns Columbia avec Randolph Scott en vedette. Ce sont à mon avis les deux plus beaux pour cette raison. Direction photo signée Charles Lawton Jr. (1904-1965) qui travailla aussi bien en format standard N&B pour Orson Welles qu’en écran large CinemaScope Eastmancolor pour Boetticher. Copie argentique en bon état général, transfert vidéo soigné, grain préservé.

La Chevauchée de la vengeance

Son - 5,0 / 5

VO, VOSTF et VF d’époque en DTS-HD Master Audio en Dual Mono 2.0 : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. La VF d’époque date en réalité de 1969 car le film fut exploité au cinéma en France avec dix ans de retard : ce qui explique que les voix des doubleurs ne soient pas celles des années 1955-1960 mais plutôt celles des années 1965-1970. Les STF écrivent « Vera Cruz » alors qu’il s’agit de Santa Cruz dans les dialogues : le reste est correct. Musique signée Heinz Romeheld (1901-1985), compositeur méconnu en France dont la filmographie comporte 400 titres hollywoodiens (appartenant à tous les genres : fantastique, westerns, films noirs policiers, aventures, comédies, etc.). Il avait débuté chez Universal en signant la musique du Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre-Dame, USA 1923) de Wallace Worsley avec Lon Chaney, un classique du cinéma fantastique qui lui a porté bonheur.

Crédits images : © Columbia Pictures, Ranown Production

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
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francis moury
Le 18 novembre 2021
L’un des plus beaux westerns de la série réalisée en 1956-1959 par Boetticher avec l’acteur Randolph Scott.

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