Nos plus belles années (1973) : le test complet du Blu-ray

The Way We Were

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Sydney Pollack
Avec Barbra Streisand, Robert Redford et Bradford Dillman

Édité par Wild Side Video

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Le 28/12/2021
Critique

L’histoire des USA des années 30 à 50 sert de toile de fond à une difficile liaison amoureuse dans ce film peu connu de Sydney Pollack.

Nos plus belles années

En 1936, Katie Morosky, militante engagée de la Young Communist League, distribue des tracts dénonçant l’agression des républicains par les fascistes en Espagne sur le campus de l’université où elle remarque Hubbell Gardiner, un insouciant playboy. Ils se rencontrent quelques années plus tard à New York, pendant la guerre et, en dépit de leurs différences, se marient, puis s’installent à Hollywood. Écrivain reconnu, Hubbell écrit un scénario quand commence la chasse aux sorcières lancée par le sénateur McCarthy…

Nos plus belles années sur un scénario d’Arthur Laurents, remanié par dix autres scénaristes, dont Dalton Trumbo et Francis Ford Coppola, sorti en 1973, est le huitième de la vingtaine de films réalisés par Sydney Pollack, de The Slender Thread, en 1965, à The Interpreter, en 2005 (édité en France dans le coffret L’Interprète + The Constant Gardener). Arthur Laurents, coauteur du scénario de La Corde (Rope, Alfred Hitchcock, 1948) et auteur, en 1957, du livret du drame musical West Side Story, fut évincé du projet pour avoir refusé d’acquiescer à la demande de Robert Redford de valoriser le personnage de Hubbell.

You push too hard! Give up!

Tu vas trop loin ! Laisse tomber ! L’appel à l’apaisement lancé par Hubbell à Katie, irréductiblement agressive à l’encontre de ceux qui contestent ses vues politiques, ne parvient pas à calmer la rage de Katie à dénoncer les injustices. Une rage communiquée par le jeu intense de Barbra Streisand, qui souligne, à gros traits, les profondes divergences entre les deux membres du couple engagé dans une liaison impossible. Un thème récurrent dans l’oeuvre de Sydney Pollack et un ressort dramatique éprouvé.

Nos plus belles années

L’affrontement entre les deux acteurs est un atout majeur du film, un des sept qui réuniront Sydney Pollack et Robert Redford, depuis Propriété interdite (This Property Is Condemned, 1966), brillante adaptation d’une pièce de Tennessee Williams, jusqu’à Havana (1990), sur la liaison d’un joueur professionnel et d’une jeune femme impliquée dans la révolution cubaine qui n’est pas sans rappeler celle de Nos plus belles années, en passant par Out of Africa, une autre rencontre de personnages très dissemblables.

Nos plus belles années complète ce duo d’acteurs par une solide distribution, avec Viveca Lindfors (Les Damnés / The Damned, Joseph Losey, 1962), Patrick O’Neal, que Sydney Pollack avait déjà retenu dans Un Chateau en enfer (Castle Keep, 1969), James Woods dans un de ses premiers rôles, peu après Les Visiteurs (The Visitors, Elia Kazan, 1972) et, pour une de ses premières apparitions à l’écran, Lois Chiles, future James Bond girl de Moonraker (Lewis Gilbert, 1979).

L’intérêt du thème - les incertitudes sur la stabilité de l’union entre Katie et Hubbell, ébranlée par leurs divergences politiques - est renforcé par le balayage de l’histoire des USA sur une vingtaine d’années, avec la montée du fascisme en Allemagne, en Italie et en Espagne, Pearl Harbor, l’entrée en guerre, la chasse au communisme du HUAC (House Un-American Activities Committee), une paranoïa du pouvoir qui frappa durement Hollywood.

Nos plus belles années, précédemment édité en 2000, était depuis longtemps introuvable. Wild Side comble un vide en nous proposant le film magnifiquement restauré, pour la première fois en haute définition, dans une édition complétée par de solides bonus vidéo et un livre éclairant cette oeuvre et la filmographie de Sydney Pollack.

Nos plus belles années

Généralités - 3,5 / 5

Nos plus belles années (118 minutes) et ses généreux suppléments (105 minutes, sans compter le commentaire audio du film) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, en compagnie d’un DVD-9, dans un mediabook non fourni pour le test, effectué sur check disc du seul Blu-ray

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres imposés, au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono et dans un doublage en français.

Un livret de 50 pages, rédigé par Frédéric Albert Lévy. Référence majeure de la culture populaire américaine contemporaine, histoire d’amour impossible, The Way We Were a partagé la critique, mais son succès commercial a sorti Columbia Pictures d’une situation délicate après des années de vaches maigres. Le succès de Funny Girl (William Wyler, 1968) a incité le producteur indépendant Ray Stark, lié à Columbia, à proposer le rôle de Katie à Barbra Streisand. Sydney Pollack, qui connaissait bien Robert Redford, archétype du WASP après Propriété interdite et Jeremiah Johnson, finit par le convaincre de tenir le rôle de Hubbell. L’exigence de l’acteur d’un remaniement du scénario pour étoffer son rôle provoqua le départ de Laurents, mais rétablit un profitable équilibre entre les deux personnages. Puis vient une analyse de la relation entre Katie et Hubbell, rapprochés « par ce qui les sépare ». Le livre se referme sur une suite, jamais tournée, de The Way We Were, sur un passage des mémoires d’Arthur Laurents dans lequel le scénariste dit son dépit d’avoir été « viré » et sur un portrait de Sydney Pollack acteur par Danièle Thompson qui lui avait attribué, en 2006, dans son film Fauteuil d’orchestre, le rôle d’un… réalisateur américain !

Nos plus belles années

Bonus - 5,0 / 5

Deux compléments repris de l’édition épuisée Sony Pictures, sortie en France en 2000 :

Commentaire audio. Sydney Pollack souligne la structure insolite du récit : on commence au temps présent, dans une courte scène, avant un retour dans le passé pour toute la durée du film, au point qu’on oubliera vite qu’il s’agit d’un seul flashback. Les séquences du générique établissent d’emblée les différences de style de vie et d’opinions politiques de Katie et Hubbel, d’autres, les petits signes de la naissance et de l’évolution de leur relation. Le réalisateur évoque les options de mise en scène, le jeu des acteurs, les retouches faites au scénario en cours de tournage, l’accompagnent musical, le montage de Margaret Booth, sa collaboration parfois tendue avec le producteur Ray Stark, son choix de montrer les points de vue opposés sur le maccarthysme, l’idée, jamais mise en oeuvre, d’une suite au film… Un commentaire instructif !

Looking back: making of The Way We Were (59’, 1999, 1.33:1, HD), avec Sydney Pollack, Barbra Steisand et Arthur Laurents. Le personnage de Katie fut inspiré à Arthur Laurents par une étudiante qu’il avait connue à l’université Cornell. Le producteur Ray Stark avait déjà l’accord de Barbra Streisand quand il a proposé la réalisation à Sydney Pollack qui lui a demandé de lui accorder le temps de convaincre Robert Redford, réticent à l’idée d’incarner un pretty boy. L’émotion créée par Barbra Streisand est illustrée par des extraits de plusieurs scènes. Arthur Laurents rappelle que le maccarthysme a brutalement mis fin à des années d’insouciante liberté, décimé Hollywood et fait beaucoup souffrir le cinéma. Sydney Pollack se souvient que la première à Los Angeles fut mal reçue et qu’il avait suffi de couper cinq scènes d’une durée totale de huit minutes pour que la projection du lendemain soit un succès. Le compositeur Marvin Hamlisch évoque la chanson que Ray Stark lui a demandé de composer pour Barbra Streisand et la partition du film, saluées par deux Oscars.

Nos plus belles années

Et un entretien, encore inédit, enregistré en 2000 :

D’un monde à l’autre (Personal Investment) (43’, Fiction Factory, 1.78:1, HD, 2020). En mars 2000, dans les bureaux de Mirage, la société de production qu’il a fondée, Sydney Pollack raconte ses quarante années passées à Hollywood. Il pose une question : la culture populaire mondiale est-elle devenue essentiellement américaine, au risque d’étouffer les autres cultures ? C’est probablement parce qu’elle provient du melting pot que sont les USA qu’elle a une portée universelle, favorisée par les media, notamment la télévision. Il est arrivé à Hollywood en 1961 pour, au vu de son expérience d’enseignant d’art dramatique, assister John Frankenheimer dans la direction des jeunes acteurs du film Le Temps du châtiment (The Young Savages) dans lequel jouait Burt Lancaster qui l’introduisit aux Universal Studios où il put entamer sa carrière de réalisateur pour la télévision et décrocher quelques Emmy Awards, avant de se consacrer exclusivement au cinéma après son premier film, The Slender Thread, sorti en 1965. La réalisation l’amènera à souvent quitter Los Angeles, notamment pour l’Europe. La décennie 1965-1975, pendant laquelle l’industrie cinématographique était très rentable, fut la période la plus créative aux USA sous l’impulsion d’une nouvelle génération de réalisateurs inspirés par le cinéma européen. Pour s’engager dans une réalisation, il a besoin d’aimer les personnages et de se familiariser avec les thèmes abordés, avec l’environnement historique… : la préparation de Out of Africa lui a coûté deux années de fascinantes recherches. « Chaque nouveau film est un nouveau monde qui s’ouvre à moi. » Il avoue sa prédilection sur les discussions dont l’issue est ambivalente, pour les « zones grises », par exemple en confrontant deux personnages amoureux aux points de vue divergents, en donnant à chaque relation une dimension politique pouvant conduire à de violents affrontements ou d’inévitables séparations. Une star favorise la réussite commerciale d’un film et l’investissement des studios, mais son choix est guidé par sa conviction qu’elle est la meilleure interprète du personnage. Il est très difficile de prédire l’accueil du public : il n’aurait jamais pu imaginer le succès de Tootsie ou de Out of Africa qui remporta sept Oscars, ni l’échec de Havana ou de L’Ombre d’un soupçon (Random Hearts, 1999). Le rachat des studios par des conglomérats internationaux a conduit à un formatage de la production écartant tout particularisme.

Jusque-là inédit, ce document se place parmi les plus intéressants entretiens avec un réalisateur.

Nos plus belles années

Image - 5,0 / 5

L’image (2.39:1, 1080p, AVC), après la restauration opérée pour l’édition Screen Archives Entertainment sortie aux USA en 2013, est d’une exemplaire qualité : propre, stable, lumineuse, agréablement contrastée, avec des noirs denses, des couleurs primaires vives et un rendu délicat des tons de peau. La fine résolution, notamment mesurable à l’aune de la profondeur de champ dans les scènes de jour en extérieur, fait bon ménage avec un scrupuleux respect du grain argentique.

Son - 4,0 / 5

Le son, lui aussi parfaitement nettoyé, offre le choix entre deux formats audio, DTS-HD Master Audio 2.0 mono, conforme à l’original, et un remixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui sait rester suffisamment délicat pour ne pas risquer d’apparaître artificiel, tout en créant une discrète sensation d’immersion dans l’action et en aérant l’accompagnement musical.

Le doublage en français, également propre, tend à placer trop en avant des dialogues peu naturels.

Crédits images : © Columbia Pictures Corporation, Rastar Productions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 29 décembre 2021
L’intérêt du thème - les incertitudes sur la stabilité d’un couple ébranlée par des divergences politiques - est soutenu par un balayage de l’histoire des USA du milieu des années 30 au milieu des années 50. En prime, le remarquable duo formé par Barbra Streisand et Robert Redford, pour la première et la dernière fois réunis sur l’écran.

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