Le Messager (1971) : le test complet du Blu-ray

The Go-Between

Exclusivité FNAC - Blu-ray + DVD + livret

Réalisé par Joseph Losey
Avec Julie Christie, Alan Bates et Margaret Leighton

Édité par ESC Editions

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Le 14/12/2021
Critique

Un des chefs-d’oeuvre de Joseph Losey, Palme d’or 1971, est, pour la première fois, proposé au niveau de qualité espéré.

Le Messager

Leo Colston, 13 ans, d’origine modeste, a été invité par Marcus Maudsley, un camarade de classe, à passer les vacances de l’été 1900 avec lui, dans le château de sa famille, dans le Norfolk. Leo, subjugué par la beauté de Marian, la soeur aînée de Marcus, en âge d’être mariée, accepte d’acheminer secrètement les messages que la jeune femme échange avec Ted Burgess, un métayer du domaine.

Le Messager (The Go-Between), Palme d’or 1971, le vingt-quatrième long métrage de Joseph Losey est l’adaptation par Harold Pinter d’un roman publié par L.P. Hartley en 1953. Ce sera le troisième film de Losey sur un scénario de Harold Pinter après The Servant (1963) et Accident (1967).

Le Messager propose une représentation réaliste de l’aristocratie anglaise du début du XXe siècle, dont le particularisme est souligné par la présence du personnage de Leo, le fils d’une femme pauvre. On y retrouve, récurrente dans l’oeuvre de Losey, l’opposition des classes sociales, l’aristocratie d’un côté, les domestiques et le métayer de l’autre, occasionnellement réunies : les domestiques assistent à la prière du matin dirigée par le châtelain et un match de cricket réunit une fois par an aristocrates et métayers. Mais, le reste du temps, chacun reste à la place qui lui est assignée pour effectuer sa besogne, ce qu’illustre Marcus en jetant à terre les vêtements que Leo avait posés sur un coffre, pour que les domestiques aient à se baisser pour les ramasser : « That’s what they’re for! » (Ils sont là pour ça !).

Le Messager est servi par une remarquable distribution. Julie Christie et Alan Bates se retrouvent quatre ans après Loin de la foule déchaînée (Far from the Madding Crowd, John Schlesinger, 1967), la meilleure des cinq adaptations pour l’écran du roman de Thomas Hardy. Le rôle-titre est tenu par un garçon de l’âge de Leo, Dominic Guard, qu’on reverra dans l’inoubliable Pique-nique à Hanging Rock (Picnic at Hanging Rock, Peter Weir, 1975) et dans une trentaine de titres, principalement pour la télévision.

Les personnages secondaires sont interprétés par des acteurs renommés. Le rôle du châtelain est tenu par Michael Gough (200 rôles, avec une dizaine de contributions aux films britanniques d’horreur des années 60). Margaret Leighton, qu’avait révélée Les Amants du Capricorne (Under Capricorn, Alfred Hitchcock, 1948), fut nommée à l’Oscar du meilleur second rôle pour son interprétation de la châtelaine. Edward Fox, le frère de James Fox que Joseph Losey avait employé dans The Servant, campe Hugh Trimingham, le prétendant de Marian. Michael Redgrave incarne Leo âgé et Jim Broadbent fait ici sa toute première apparition sur les écrans.

S’ajoutent à l’émotion retenue de l’adaptation, la qualité de l’interprétation, servie par la tenue des dialogues et l’expérience de la direction d’acteurs acquise par Joseph Losey pendant ses années de théâtre, l’envoûtante beauté de la composition des cadres et des paysages photographiés par Gerry Fisher, chef-opérateur de neuf films de Joseph Losey, de Accident, en 1967, à Don Giovanni, en 1979.

Cerise sur le gâteau, l’obsédante partition originale de Michel Legrand, treize variations et fugues sur un thème très simple, pour cordes et deux pianos.

Le Messager, depuis longtemps introuvable, n’avait été édité en France que dans le Coffret Joseph Losey, regroupant sept films, édité par Studiocanal en 2006, depuis longtemps épuisé. La ressortie de ce chef-d’oeuvre par ESC, la première édition en haute définition en France, comble un vide, d’autant mieux qu’elle nous propose une version restaurée du film, accompagnée d’une belle analyse de Michel Ciment, le grand spécialiste du cinéma de Joseph Losey et d’un intéressant livret.

Le Messager

Généralités - 4,5 / 5

Le Messager (116 minutes) et son supplément (26 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé, en compagnie d’un DVD-9, dans un digipack non fourni pour le test, effectué sur le seul Blu-ray.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres optionnels, et dans un doublage en français, les deux au format DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

À l’intérieur du digipack, un livret de 32 pages, rédigé par Olivier Père, s’ouvre sur la « complexification de la structure narrative de la source littéraire ». « Deux époques se chevauchent de manière extrêmement subtile » avec l’apparition inexpliquée, dans plusieurs plans, d’un personnage inconnu dont on ne saura qu’à la fin du film qu’il est Leo, revenu à Brandham Hall une soixantaine d’années après y avoir passé ses vacances. C’est un salut de Losey à Alain Resnais pour des films comme Muriel ou le temps d’un retour (1963). Défilent ensuite la photographie de Gerry Fisher, la musique de Michel Legrand, l’importance des « demeures labyrinthiques » dans lesquelles Losey « aime piéger ses personnages », l’histoire d’un garçon « qui se heurte au monde des adultes », comme Le Garçon aux cheveux verts (The Boy with Green Hair) de son premier film, en 1948, la « dénonciation de l’emprise corruptrice et destructrice de l’homme pour l’homme ». Le livret se poursuit par Julie Christie, portrait d’une anti-star, une revue de la carrière de l’actrice découverte par John Schlesinger et lancée en 1965 par Darling Lili qui lui vaudra un Oscar. Puis Harold Pinter, une relation féconde avec le cinéma relève la solide contribution du romancier, dramaturge et poète au septième art comme scénariste, son « entente parfaite » avec Losey, pour lequel il avait écrit une adaptation d’À la recherche du temps perdu, « film entré au panthéon des grands chefs-d’oeuvre jamais tournés ». Le livret se referme sur Joseph Losey, un cinéaste en exil, un survol de la vie et de l’oeuvre du cinéaste contraint par le maccarthysme de quitter les USA pour l’Europe où il réalisera 26 longs métrages, l’essentiel d’une oeuvre dans laquelle il a abordé « des sujets sociaux ou politiques en soulignant l’aliénation de ses personnages » et qui contient des films qui méritent d’être réévalués, tel Deux hommes en fuite (Figures in a Landscape, 1970).

Le Messager

Bonus - 4,0 / 5

Le facteur des amants (26’, ESC Éditions, 2021) par Michel Ciment, auteur de Le Livre de Losey (Ramsay, 1979), un recueil d’entretiens avec le cinéaste, de Joseph Losey : l’oeil du Maître, un recueil de textes du cinéaste sur son oeuvre (Institut Lumière/Actes Sud, 1994) et de Kazan Losey (Stock, 2009). Fruit de son association avec Harold Pinter, Le Messager est « un des sommets de la carrière de Joseph Losey ». L’attribution de la Palme d’or fut une surprise, tout le monde s’attendant à ce qu’elle revienne, pour Mort à Venise (Morte a Venezia), à Luchino Visconti auquel fut attribué, en guise de consolation, le Prix du 25e anniversaire du Festival, imaginé pour l’occasion. MGM, qui ne croyait pas au film, l’avait revendu à Columbia juste avant l’ouverture du festival ! La principale liberté prise par le scénario vis-à-vis du roman est la déstructuration du temps, symbolisée par plusieurs apparitions inexpliquées de Leo âgé. « La tragédie n’est pas lacrymale », le film « gomme » tout sentimentalisme et propose un portrait froid de la société anglaise, si justement dressé « par un Américain du Middle West et un Juif réfugié d’Europe de l’Est ». On y retrouve aussi le thème de l’arrivée de quelqu’un dans un milieu auquel il n’appartient pas que Losey a exploité dans plusieurs de ses films, par exemple, en 1968, dans Cérémonie secrète (Secret Ceremony) ou Boom (encore absent de nos catalogues vidéo), tout comme celui de la maison, révélatrice des personnages qui l’habitent. Losey était un homme d’une extrême intelligence et d’une grande lucidité, auteur de 500 pages de réflexions sur ses films, « un homme de théâtre qui a immédiatement intégré le cinéma comme moyen d’expression », ce que démontre la qualité de ses trois premiers films.

Le Messager

Image - 5,0 / 5

L’image (1.85:1, 1080p, AVC), très propre, bien résolue, stable, agréablement contrastée, avec un contrôle du grain respectueux de la texture du 35 mm, déploie des couleurs naturelles, délicatement étalonnées.

Le jour et la nuit avec l’image de la version du coffret Sudiocanal de 2006, recadrée à 1.33:1, instable, avec une propreté et un étalonnage des couleurs aléatoires et une définition affectée par un grain très fort.

Son - 4,5 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 2.0 mono de la version originale, très propre lui aussi, pratiquement sans souffle, restitue clairement les dialogues. Une bonne dynamique et une ouverture raisonnable de la bande passante mettent en valeur la belle composition originale de Michel Legrand.

Le doublage en français, un peu étouffé, avec des dialogues au timbre étriqué et manquant de naturel, n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.

Crédits images : © EMI Films Productions, Robert Velaise/John Heyman Production

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 15 décembre 2021
Un est des chefs-d’œuvre de Joseph Losey, Palme d’or en 1971, est, pour la première fois en France, disponible avec une image et un son au niveau de qualité qui lui était dû et accompagné par un livret et un entretien utiles et complémentaires.

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