Le Vampire et le sang des vierges (1967) : le test complet du Blu-ray

Die Schlangengrube und das Pendel

Édition Collector Blu-ray + DVD + Livre

Réalisé par Harald Reinl
Avec Lex Barker, Karin Dor et Christopher Lee

Édité par Artus Films

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Le 20/12/2021
Critique

Film fantastique surréaliste constituant un intéressant cas-limite dans la filmographie du cinéaste Harald Reinl.

Le Vampire et le sang des vierges

Allemagne 1801 : le comte Regula est publiquement supplicié à mort pour avoir mené de diaboliques expériences alchimiques destinées à lui obtenir l’immortalité, au moyen du sang de treize jeunes vierges terrifiées. Béatrice de Brabant devait être la treizième mais s’est échappée et l’a heureusement dénoncé aux autorités. Regula promet, avant de mourir, de revenir se venger. Quelques dizaines d’années plus tard, l’avocat Roger de Mont-Elise reçoit une invitation au château d’Andomai, demeure de la famille Regula. En chemin, il sauve Lilian de Brabant, elle aussi invitée au château, d’une attaque de bandits. Ils vont découvrir, au terme d’un voyage à travers une forêt infernale, qu’un lien les unit et que, à cause de lui, le fantôme de Regula va bientôt les soumettre à de terribles épreuves.

Le Vampire et le sang des vierges (Die Schlangengrube und das Pendel, RFA 1967) de Harald Reinl (1908-1986) fut tourné dans la foulée de La Vengeance de Siegfried (Die Niebelungen, RFA 1966). Alors que Reinl est au sommet de sa carrière ouest-allemande après avoir tourné d’intéressantes variations de classiques fantastiques autrefois signés par Fritz Lang, il constate le succès des productions anglaises, américaines et italiennes du genre qui inondaient progressivement les écrans de RFA depuis 1955. Reinl pensa qu’il était possible d’actualiser l’ancien cinéma allemand expressionniste d’horreur et d’épouvante, celui qui avait donné naissance aux films de F.W. Murnau, de Richard Oswald, de Robert Wiene, sans oublier l’évidente référence que demeurait à ses yeux Fritz Lang. Mais les scénaristes et les producteurs savaient qu’il fallait emprunter aux concurrents contemporains étrangers certaines idées si on voulait augmenter les chances de succès financier.

Le Vampire et le sang des vierges s’avère, du coup, un mélange surréaliste de mythologies hétéroclites. Alchimie d’immortalité oscillant entre antiquité, moyen âge et dix-neuvième siècle (le laboratoire caverneux et ses instruments évoquent plutôt ceux vus en 1961 dans Maciste contre le fantôme que ceux visibles dans un Hammer Films consacré à Frankenstein), masque à pointes acérées (beaucoup plus rudimentaire et beaucoup moins spectaculaire que dans Le Masque du démon de Mario Bava en 1960), puits (pour faire bonne mesure plutôt une fosse aux serpents qu’un simple puits : elle se souvient peut-être vaguement du film homonyme d’Anatole Litvak de 1948) et pendule (ici très bien monté et filmé) d’Edgar Allan Poe déjà récemment adapté par La Chambre des tortures (Pit and the Pendulum, USA 1961) de Roger Corman et, pour la télévision française, par Alexandre Astruc (Fr. 1964).

Le Vampire et le sang des vierges

Le scénario et la mise en scène n’ont, au final, aucun rapport (accessoire mis à part) avec l’univers de Poe et que peu de rapport avec l’expressionnisme allemand muet, mis à part, tout de même, ce voyage dans une forêt cauchemardesque : peut-être, de la part du scénariste, un souvenir des mythes et légendes nordiques alliés à quelques souvenirs de tel ou tel plan expressionniste muet ? Il faudrait creuser ce point intéressant d’histoire du cinéma fantastique. Une fois les voyageurs arrivés face à Regula (mot signifiant « règle » en latin : une herméneutique symboliste pourrait certes venir en renfort interprétatif mais elle excéderait le cadre de cette simple critique) et son domestique, Le Vampire et le sang des vierges devient bien davantage inspiré par la littérature anglaise gothique du dix-huitième siècle, celle d’Horace Walpole et d’Ann Radcliff. Littérature qu’on a nommée « gothique » parce que le cadre de son action était souvent un château datant de la véritable période gothique en histoire de l’art et en architecture, à savoir le treizième siècle. C’est à eux que renvoient évidemment ces corridors semés de chausses-trappes, ces portes dérobées, ces armures se mouvant seules, ces fantômes alchimistes apparaissant et disparaissant selon des lois inconnues terrifiant les simples mortels.

D’une certaines manière, on pourrait dire que Reinl remonte aux sources de la pente littéraire qui menait d’Ann Radcliffe à Edgar Wallace, lorsqu’il réalise Le Vampire et le sang des vierges : la boucle filmographique de son âge d’or esthétique filmographique 1959-1967 serait ainsi bouclée. Si on ajoute à cela un hommage appuyé (sinon un franc plagiat) des peintres et décorateurs du film aux peintures infernales de Jérôme Bosch, qui tapissent certaines parois de la caverne où trône le fantôme honnêtement joué par Christopher Lee, sans négliger non plus des couloirs spectaculaires tapissés de crânes humains scellés dans les murs de pierre, on obtient un mélange dénué de toute logique ― sinon celle d’un cauchemar, piste hitchcockienne presque suggérée par la scène finale de la calèche dans laquelle le héros joué par Lex Barker assure à la belle Karin Dor, pour la rassurer, que tout n’était qu’un cauchemar, que la seule réalité est son amour pour elle ― qui n’aurait certainement pas déplu aux Surréalistes.

Le Vampire et le sang des vierges mérite d’être découvert : c’est un étrange objet d’histoire du cinéma et un cas-limite dans la filmographie de Reinl mais il demeure néanmoins, à mes yeux, inférieur à ses variations langiennes et à ses adaptations d’Edgar Wallace, tournées durant les années 1959-1966, celles qui confèrent à son âge d’or sa véritable unité esthétique et thématique.

PS : Bien sûr, l’histoire du cinéma ne peut pas limiter Reinl à sa période fantastique 1959-1967 (il a servi des genres très variés) mais on en souhaite ardemment une édition intégrale en vidéo numérique chez nous. Il faudrait aussi songer, un jour ou l’autre, à éditer les meilleurs films fantastiques allemands d’Alfred Vohrer, période 1960-1970 elle aussi adaptée d’Edgar Wallace : ce sont des lacunes vidéographiques numériques que les cinéphiles français voudraient voir enfin combler. Le matériel de bonne qualité existe, les VF d’époque sont disponibles, les éléments d’illustration (photos d’exploitation et affiches) sont soigneusement archivés chez nos voisins allemands : à quand leur reprise en France dans des éditions cinéphiles ?

Le Vampire et le sang des vierges

Généralités - 5,0 / 5

1 mediabook collector Artus, édité le 04 janvier 2022, contenant 1 DVD-9 PAL zone 2 + 1 Blu-ray 50 région B + 1 livret illustré de 80 pages. Durée du film (version intégrale) : 84 min. environ (sur Blu-ray). Format 1.66 original respecté, couleurs, compatible 16/9. Son Linear PCM VOSTF 2.0 mono + VA + VF d’époque mono sur Blu-ray, Dolby Digital mono sur DVD. Suppléments : livret 80 pages illustrées par Christophe Bier + présentation par Stéphane Derdérian & Christian Lucas (39 min. env.) + visite des lieux du tournage 1967-2020 par Markus Wolf (8 min. env.) + version Super8mm A (16 min. 23 sec.) + version Super8mm B (16 min. 01 sec.) + diaporama affiches et photos (3 min. 30 sec. env.) + bande-annonce anglaise originale (VO, 3 min. env.). Beau coffret bien présenté, disques et emplacements de disques munis d’élégantes sérigraphies.

Livret 80 pages illustrées couleurs + N&B : Dr. Harald Reinl : grandeur et décadence du cinéma populaire ouest-allemand par Christophe Bier.

La première partie (pp. 6 à 47) est consacrée à la bio-filmographie de Reinl jusqu’en 1967. La seconde partie (pp. 47 à 54 : on les repère à l’oeil car elles sont imprimées blanc sur noir, à la différence des autres pages) est consacrée au Vampire et le sang des vierges. La troisième partie est consacrée à la bio-filmographie de Reinl de 1967 à sa mort violente en 1986. On y mentionne évidemment sa série sur les extra-terrestres, occasion de la citation d’une critique aussi savoureuse que virulente de Paul-Hervé Mathis parue dans un Écran 77 n°58. La quatrième partie (pp. 68 à 79) est une filmographie de Reinl avec fiches techniques succinctes.

Ensemble clair, utile et qui manquait à la cinéphilie francophone (Bier a lu l’unique livre allemand paru tardivement sur Reinl en 2011, riche en informations biographiques), pertinent sur le plan historique et critique, bien illustré. J’aurais cependant aimé voir reproduite pleine page la si belle photo américaine N&B de production montrant Karin Dor dans L’Invisible Dr. Mabuse (Die unsichtbaren Krallen des Dr. Mabuse, RFA 1962) de Harald Reinl. C’est compensé par une belle affiche espagnole pleine page de La Grenouille attaque Scotland Yard (Der Frost mit der Maske, RFA-Dan. 1959) de Harald Reinl. Quelques rares coquilles relevées : page 25, il faut lire par exemple « La dernière adaptation remonte alors [à] 1952 et est anglaise (…) » ; page 35, il faut lire « … avouer leur préférence [pour Le] Retour du Dr. Mabuse ». Bons jugements critiques sur les Mabuse de Reinl, utile synthèse historique sur la série Edgard Wallace à laquelle Reinl donna le coup d’envoi filmographique concernant sa période classique (1959 à 1972). Excellent florilège critique historique francophone sur le film de 1967 mais auquel il manque tout de même au moins la mention de la critique assez ample et, à mon avis, pour l’essentiel, toujours exacte de René Prédal publiée en 1970 dans son livre sur le cinéma fantastique. Bref, livret indispensable au cinéphile s’intéressant à l’histoire du cinéma fantastique d’une part, à l’histoire du cinéma allemand d’autre part.

Le Vampire et le sang des vierges

Bonus - 4,0 / 5

Ces bonus sont visibles aussi bien sur le Blu-ray que sur le DVD. Ils présentent d’utiles informations et des documents rares.

Le Train fantôme du comte Regula - Présentation par Stéphane Derdérian et Christian Lucas (durée 39 min. environ) : Elle constitue une méticuleuse introduction historique au titre, parfois noyée sous les références filmographiques. Ensemble un peu trop long et laborieux, cependant : fallait-il vraiment s’y mettre à deux pour présenter ce film de Reinl, compte tenu de l’existence du livret très complet joint au film ? Illustration assez abondante des propos par de mignonnes affiches originales, surtout les sections dans lesquelles parle Stéphane Derdérian dont l’intervention ― notamment une intéressante comparaison entre Harald Reinl et Antonio Margheriti : c’est vrai qu’il y a une tentative non moins surréaliste de mélange des mythologies fantastiques dans certains films de Margheriti, par exemple La Vierge de Nuremberg et La Terreur des Kirghiz ― s’achève sur une pointe de nostalgie sympathique : elle sonne vraie et nous rappelle de bien bons souvenirs cinéphiles parisiens. Une remarque finale annexe mais encore une fois nécessaire : ni les productions fantastiques de la Universal Pictures américaine ni les productions fantastiques de la Hammer Films anglaise ne sont synonymes de « gothique ». Je renvoie ici encore les lecteurs intéressés par les classifications esthétiques d’histoire du cinéma fantastique et d’histoire de la littérature fantastique à la note additionnelle de ma critique de Les Sévices de Dracula (Twins of Evil, GB 1971) de John Hough, archivée en version revue et corrigée sur Stalker-Dissection du cadavre de la littérature.

Visite des lieux du tournage 1967-2020, présentée par Markus Wolf (durée 7 min. environ) : intéressant supplément très bien présenté et monté puisque sur chaque écran on peut comparer l’image de 1967 et celle de 2020 pour le même lieu. Les repérages des extérieurs furent surtout importants pour la première partie du film, utilisant de vieux villages aux ruelles d’aspect parfois médiéval.

Version Super8mm A (durée 16 min. 23 sec.) : document restituant l’époque où certains distributeurs Super8mm (tels le célèbre américain Castle Films) éditaient des montages raccourcis (tenant sur une ou parfois deux bobines) de films 35mm. État argentique médiocre, image recadrée en 1.37 plein cadre, nombreuses saletés sur la pellicule, couleurs parfois dégradées mais cela donnera une idée de ce que le cinéphiles pouvaient entreposer chez eux en matière argentique dans les années 1960-1970, bien avant l’époque des VHS, des Laserdisques, des DVD et des Blu-ray.

Version Super 8mm B (durée 16 min. 01 sec.) : édition Super8mm dotée d’une image au format large 1.66 respecté, en état argentique guère meilleur que la précédente mais bien plus agréable à regarder en raison du respect du format original.

Diaporama (durée environ 3 min. 30 sec.) : l’exemple de ce qu’il faut faire. Environ une dizaine d’affiches internationales et presque 25 photos d’exploitation couleurs parfaitement scannées à partir des originale allemandes, intégralement restituées et très bien adaptées à la taille d’un écran large UHD.

Bande-annonce originale (durée 3 min. env., VO allemande sans STF) : image argentique en assez bon état, donnant une idée correcte du film.

Le Vampire et le sang des vierges

Image - 4,0 / 5

Format original 1.66 respecté en couleurs, compatible 16/9 (Full HD sur Blu-ray). Version intégrale restaurée en master 2K. État argentique supérieur à tout ce qu’on a vu auparavant bien que tout ne soit pas parfait. Certains plans ne sont pas étalonnés de la même manière que le reste de la continuité. Colorimétrie variable mais bien nuancée autant en intérieurs qu’en extérieurs nuits, bonne définition générale sauf un ou deux plans endommagés par une émulsion qui a souffert. Transfert numérique équilibrant bien le rapport entre grain argentique et lissage vidéo.

Son - 5,0 / 5

Linear PCM mono (sur le Blu-ray) ou Dolby Digital mono (sur le DVD) en VOSTF allemande, VASTF anglaise et VF d’époque : offre complète et très suffisante pour le cinéphile francophone. La VF d’époque, au doublage assez soigné, est munie d’un rapport généralement correct entre musique/effets sonores/dialogues. Karin Dor est munie d’une voix française qui lui convient bien. La VASTF anglaise permet d’entendre la véritable voix anglaise de Christopher Lee. Le point faible esthétique du film me semble sa musique que je n’apprécie pas mais je conviens volontiers qu’elle est reportée avec assez de dynamisme sur le plan technique.

Crédits images : © Constantin Film

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 21 décembre 2021
Film fantastique surréaliste constituant un intéressant cas-limite dans la filmographie du cinéaste Harald Reinl.

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