Fanatic (1965) : le test complet du Blu-ray

Réalisé par Silvio Narizzano
Avec Tallulah Bankhead, Stefanie Powers et Peter Vaughan

Édité par ESC Editions

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Le 13/05/2022
Critique

Premier film du cinéaste et premier thriller psychologique en couleurs de la Hammer Films, sur un scénario de Richard Matheson.

Fanatic

Angleterre 1965 : Patricia revient d’Amérique où son fiancé londonien Allan l’attend. Il est déçu car Patricia insiste pour se rendre à la luxueuse demeure campagnarde de la mère de Stephen, son ancien époux décédé. Patricia considère que c’est son devoir avant de se remarier. Allan, riche homme de télévision, lui prête volontiers son coupé sportif de luxe et Patricia lui promet de revenir à Londres le lendemain. Elle découvre trop tard que madame Trefoile, son hôte pour la soirée, est une ancienne star de cinéma devenue une fanatique religieuse qui la considère comme responsable de la mort de son fils.

Fanatic (Die ! Die !… My Darling, GB 1965) de Silvio Narizzano (cinéaste canadien d’origine italienne dont c’était le premier long-métrage cinéma) est un des Hammer Films les plus méconnus en France mais c’est à tort.

Ce thriller psychologique, au scénario proche de l’épouvante à certains moments, fut écrit par le grand Richard Matheson adapté du roman Nigthmare (Cauchemar) de Anne Blaisdell. Il se situe directement dans la grande veine ouverte à la Hammer Films par le Hurler de peur (GB 1961) de Seth Holt, sur un scénario de Jimmy Sangster. On peut le mettre en parallèle avec cet autre intéressant Hammer Films qu’est, la même année, Confessions à un cadavre (The Nanny, GB 1965) de Seth Holt qui offrait aussi à une star âgée (Bette Davis) un rôle très dynamique de névrosée. Le casting de Tallulah Bankhead est cependant plus audacieux que celui de Bette Davis dans la mesure où Bankhead n’avait tourné aucun film cinéma depuis 1953 (elle y jouait son propre rôle dans un film de Tay Garnett sur Broadway) alors que Bette Davis avait tourné deux rôles similaires de névrosée peu de temps auparavant pour Robert Aldrich.

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Son thème (le fanatisme religieux) était à l’époque abordé assez régulièrement par la Hammer Films. Qu’il s’agisse du producteur Anthony Hinds ou du producteur Michael Carreras, la critique française des années 1960-1970 avait relevé les traces d’un certain anticléricalisme, par exemple au début du Dracula, prince des ténèbres (GB 1965) de Terence Fisher, écrit et produit la même année que Fanatic par Hinds. Qu’on se souvienne aussi, un peu plus tard, de la féroce critique de l’inquisition espagnole dans l’étourdissant film d’aventures que demeure Le Peuple des abîmes (The Lost Continent, GB 1968) de Michael Carreras. Cela dit, la Hammer établissait non moins clairement la distinction entre fanatisme et religion positive : le même Richard Matheson adaptera ainsi en 1967 le roman de Dennis Weathley dans Les Vierges de Satan (Devil’s Bride / The Devil Rides Out, GB 1967) de Terence Fisher.

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Le personnage joué avec un abattage assez stupéfiant par l’ancienne star hitchcockienne (et premingerienne) Tallulah Bankhead relève néanmoins ici clairement de cette critique du fanatisme religieux que Matheson dévelope dans deux directions : celle de la perversion oedipienne d’une part, de la folie meurtrière d’autre part. La mise en scène très dynamique de Narizzano se joue des contraintes un peu théâtrales de ce huis-clos oppressant, utilise au mieux les extérieurs magnifiques de la campagne anglaise, et lui oppose en vedette la belle Stefanie Powers alors au sommet de sa beauté. Sans oublier de bons seconds rôles et même, dans celui d’un bossu débile mental, le débutant qu’était alors Donald Shuterland. Il est possible de relever, dans une des séquences finales, l’influence plastique des couleurs du Six femmes pour l’assassin (Ital. 1964) de Mario Bava tout en se souvenant que, d’une part, 1964-1965 est l’année-charnière marquant l’abandon du N&B pour la couleur au sein du cinéma fantastique anglais, y compris la Hammer Films et que, d’autre part, ce mouvement avait été enclenché dès 1957 par le directeur photo Jack Asher au sein même de la Hammer Films.

Une curiosité à découvrir et un must pour tout cinéphile souhaitant posséder une intégrale de la Hammer Films.

PS : À quand une édition du second titre Hammer Films de terreur psychologique interprété par la mignonne Stefanie Powers ? J’ai bien sûr nommé Le Mannequin défiguré (Crescendo, GB 1970) d’Alan Gibson, au scénario original de Michael Reeves adapté par Jimmy Sangster et Alfred Shaughnessy. On pourrait consacrer une collection à part entière à la catégorie « thriller psychologique d’épouvante » de la Hammer Films : ce serait l’occasion d’éditer certains de ses titres qui manquent encore au cinéphile francophone en édition Full HD.

Fanatic

Généralités - 2,0 / 5

1 Blu-ray édité par ESC le 16 mars 2022. Image Full HD 1080p couleurs au format original 1.78 compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 Mono VOSTF. Durée du film sur Blu-ray : 97 min. environ. Suppléments : présentations de la société Hammer Films par Nicolas Stanzick + présentation du film par Erwan le Gac. Edition Blu-ray simple sans le livret et le DVD de l’ancienne édition ESC de 2019.

Bonus - 2,5 / 5

Présentations de la Hammer Films par Nicolas Stanzick (2019, durée 13’30” environ) : elle donne en quelques minutes une assez bonne idée de son histoire depuis sa fondation en passant par son premier film fantastique parlant interprété par Bela Lugosi en 1935, puis ses succès fantastiques des années 1955-1975 jusqu’à son déclin. J’allais écrire qu’il manque tout de même une remarque sur la veine hammerienne de la terreur psychologique mais le supplément suivant présenté par Erwan Le Gac comble relativement cette lacune. On peut discuter le raisonnement sociologique concernant la transgression qui identifie l’écoute des groupes de musiques pop à la vision en salle des Hammer Films : il est partiellement vrai, concernant une frange du public mais pas concernant les autres franges. Celui qui voudrait discuter plus avant des tenants et aboutissants sociologiques de la Hammer Film, concernant sa réception en France par les spectateurs et les critiques, doit, de toute manière, lire le livre de Nicolas Stanzick, Dans les griffes de la Hammer (éditions BDL revue et augmentée, préface de Jimmy Sangster, Paris 2010) et consulter le compte-rendu critique que j’en avais publié sur le blog Stalker-Dissection du cadavre de la littérature. En gardant bien à l’esprit que son livre ne traitait volontairement que d’une fraction de la production fantastique de la Hammer Films, à savoir sa section adaptant les anciens classiques de la Universal. Certaines autres catégories du genre fantastique (également produites par la Hammer Films à la même époque) n’y étaient donc pas étudiées : science-fiction, aventures préhistoriques, terreur psychologique (auquel appartient le titre examiné ici). Il faut aussi se souvenir que, même durant son âge d’or fantastique 1955-1975, la Hammer produisit encore des films relevant d’autres genres : films noirs policiers ; films de guerre, films d’aventures.

Fanatic

Présentation du film par Erwan Le Gac (2019, durée 19’ environ) : elle remonte l’histoire de la veine « terreur psychologique » de la Hammer Films au-delà du Hurler de peur (GB 1961) de Seth Holt, écrit et produit par Sangster, sans arriver à me convaincre que ce titre de Holt n’est pas son véritable point de départ. Elle pointe l’influence sur Jimmy Sangster du célèbre film noir policier français de 1955 signé par Henri-Georges Clouzot d’après le roman de Boileau et Narcejac. On pourrait ajouter qu’il influença aussi une séquence du Six femmes pour l’assassin (Ital. 1964) de Mario Bava sans oublier, plus tard, Brian de Palma : remarques extra-hammeriennes, il est vrai. Puis elle détaille avec un grand luxe d’anecdotes et d’une manière vivante (cependant parfois un peu trop familière : le terme argotique « bourrée » est ainsi employé à plusieurs reprises pour qualifier l’ivresse de l’actrice principale sur le plateau) la genèse du film de Narizzano, sa production, son casting, l’origine de la collaboration entre l’écrivain Matheson et la Hammer, le tournage haut en couleurs, l’origine allusive du titre américain. Bonne remarque sur la possible influence esthétique de Bava sur une séquence. Cela dit, se souvenir qu’au cinéma, chacun est prédateur de l’autre : sans le travail sur les couleurs du directeur photo Jack Asher à partir de 1957 pour les Hammer Films de Terence Fisher, il n’y aurait peut-être pas eu le travail de directeur photo Floyd Crosby pour les American International Pictures de Roger Corman à partir de 1960 ni celui de Mario Bava directeur photo pour ses propres films fantastiques italiens en couleurs. Sans oublier Freddie Francis qui passe du N&B à la couleur en 1964, aussi bien pour la Amicus que pour la Hammer Films.

Aucune galerie affiches ni photo : dommage tout de même car il existe de belles photos de production (en N&B bien que le film soit en couleurs) sans parler des jeux de photos d’exploitation.

Fanatic

Image - 4,0 / 5

Format 1.78 légèrement recadré à partir du 1.85 original, en couleurs et compatible 16/9, en Full HD 1080p AVC. Étant donné le titre du générique d’ouverture, il s’agit de la copie américaine exploitée aux USA par la Columbia. Étant donné ce même titre américain, je présume que le master est celui édité en 2018 par l’éditeur américain Mill Creek Entertainment : mêmes poussières occasionnelles salissant certains plans, mêmes belles couleurs reportées d’une manière nuancée sur l’ensemble. Excellent équilibre entre grain et lissage tout du long. Le splendide générique d’ouverture aux teintes monochromes sur fond noir a peut-être bien influencé celui de Les Griffes de la peur (Eye of the Cat, USA 1968) de David Lowell Rich, quelques années plus tard.

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Son - 5,0 / 5

VOSTF en DTS-HD Master Audio 2.0. mono d’époque, parfaitement restaurée : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone car la VF n’a jamais existé, faute d’exploitation cinéma chez nous. La VOSTF est dotée d’un équilibrage net et dynamique entre effets sonores, dialogues et musique.

Crédits images : © Hammer Films Production, Columbia Pictures

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 14 mai 2022
Premier film du cinéaste, ce thriller psychologique d'épouvante (le premier photographié en couleurs pour la Hammer Films) au scénario de Richard Matheson est une intéressante rareté inédite au cinéma en France. Indispensable aux cinéphiles voulant connaître la variété de l'âge d'or fantastique (1955-1975) de la Hammer Films.

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