L'Homme de la loi (1971) : le test complet du Blu-ray

Lawman

Édition Collection Silver Blu-ray + DVD

Réalisé par Michael Winner
Avec Burt Lancaster, Robert Ryan et Lee J. Cobb

Édité par Sidonis Calysta

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Le 19/04/2022
Critique

Premier western tourné aux USA par Michael Winner avec l’appui de l’acteur Burt Lancaster.

L'Homme de la loi

USA, été 1887  : par une nuit d’ivresse, des cavaliers abattent un vieillard dans le village de Bannock. Ils travaillent pour Bronson, un riche propriétaire qui domine la ville de Sabbath. Le shérif Maddox se rend à Sabbath pour arrêter Bronson et ses hommes mais le shérif local Ryan lui assure que sa mission est impossible : Bronson ne se rendra pas et sa tentative n’aboutirait qu’à un massacre inutile. Bronson comprend bientôt que Maddox ne reculera pas : le massacre se produit effectivement.

L’Homme de la loi (Lawman, USA 1970) de Michael Winner (1935-2013), dont la première eut lieu à Londres le 11 mars 1971, demeure, avec Les Collines de la terreur (Chato’s Land, USA 1971), l’un des deux très grands westerns signés aux USA par ce cinéaste anglais.

Dans ces deux titres esthétiquement homogènes (tous deux écrits par le scénariste Gerald Wilson, tous deux dotés d’une musique composée par Jerry Fielding, tous deux photographiés par Robert Paynter, tous deux alliant au casting d’anciennes gloires des années 1950 et une nouvelle vague de plus jeunes acteurs), le thème secondaire (à savoir la folie) tend à l’emporter sur le thème manifeste du sujet : c’est une même démesure confinant à la folie qui provoque en effet la chute ultra-violente du clan des éleveurs dirigés par le patriarche Bronson joué par Lee J. Cobb dans L’Homme de la loi et celle de la milice dirigée par le capitaine sudiste nostalgique joué par Jack Palance dans Les Collines de la terreur. L’écriture des dialogues est aussi inspirée et soignée dans ces deux titres qu’elle pouvait l’être dans un western de Ford ou de Hawks ou de Wellman de leur âge d’or parlant des années 1950 : les personnages se décrivent autant par la parole que par l’action dans ces deux westerns de Winner que chez ceux signés par ses prestigieux aînés. Autre point commun matériel entre Hawks et Winner : certaines scènes du premier western de Winner qu’est L’Homme de la loi furent tournées, parfois simultanément, dans les mêmes extérieurs mexicains que ceux visibles à la fin du Rio Lobo (USA 1970) d’Howard Hawks qui est son ultime titre du genre. La coïncidence ne laisse pas d’être suggestive.

L'Homme de la loi

Sur le plan purement plastique, la mise en scène de L’Homme de la loi est régulièrement baroque, sophistiquée, dynamique, fluide, oscillant constamment entre la tradition hollywoodienne du western classique des années 1950 et l’apport du western européen de 1960-1970. En matière de puissance graphique, on peut considérer que Winner fait d’emblée jeu égal avec des cinéastes contemporains américains dans le même genre (John Sturges, Sam Peckimpah, Andrew V. Mc Laglen, Robert Aldrich, Black Edwards, Sidney J. Furie, Robert Mulligan par exemple). C’est évidemment sur le plan esthétique de la violence graphique et de l’ambivalence que Winner et son scénariste Wilson vont plus loin que les cinéastes des années 1950 à partir d’éléments traditionnels (thème du shérif implacable mais haï, thème du grand propriétaire se voulant au-dessus des lois, thème du destin enclenchant un engrenage tragique à la suite d’une mort « accidentelle ») déjà illustrés en leur temps par Jacques Tourneur (1956), Jack Arnold (1956), John Sturges (1958). On n’oublie pas le massacre final de L’Homme de la loi, ni la performance shakespearienne de l’acteur Lee J. Cobb, ici d’une puissance identique à ce qu’il était déjà dans L’Homme de l’Ouest (USA 1958) d’Anthony Mann. C’est bien son personnage (davantage que tout le reste du casting pourtant remarquable de richesse) qui pousse le film dans le sens de la folie et du fantastique.

Sur le plan de l’histoire du cinéma, section histoire de l’exploitation, notons qu’aux USA, L’Homme de la loi fut projeté en double-programme par son distributeur United Artists avec le film noir policier L’Organisation (USA 1971) de Don Medford : la belle « cougar » Sheree North jouait en vedette féminine dans les deux titres.

L'Homme de la loi

Généralités - 3,0 / 5

1 combo Blu-ray BD50 + 1 DVD9 + 1 livret édités sous boîtier avec fourreau par Sidonis Calysta en Digibook le 24 mars 2022. Durée du film : 99 min. env. (Blu-ray). Image 1.85 couleurs compatible 16/9 (en Full HD 1080p sur Blu-ray). Son VOSTF et VF d’époque en DTS-HD Master Audio 2.0 mono (sur Blu-ray). Suppléments : présentation par Patrick Brion (2022, 8’39”) + présentation par Jean-François Giré (2022, 15’48”) + « Burt Lancaster : la volonté de réussir » : documentaire (1996, 49’55”, VF et VOSTF) + « Quelques traces… de Michael Winner » (2013, 12’31”, VOSTF) + Bande-annonce originale (1970).

Livret sur les trois derniers westerns de l’acteur Burt Lancaster, 36 pages illustrées N&B et couleurs, par Jean-Claude Missiaen.

On y examine ses trois derniers westerns dont il fut co-producteur et interprète entre 1970 et 1980, à savoir Valdez (Valdez is coming, USA 1971) de Edwin Sherin, L’Homme de la loi (pages 14 à 21), Bill Doolin le hors-la-loi / Winchester et jupons courts (Cattle Annie and Little Britches, USA 1980) de Lamont Johnson. Ils n’ont pas grand chose en commun à part leur genre et leur acteur principal. Ce sont surtout, inutile de le préciser, les maigres pages consacrées au titre de Winner - que Missiaen avait interviewé pour la revue Cinéma n°72 de septembre-octobre 1972 lors du tournage des séquences parisiennes de Scorpio (USA 1972) avec Alain Delon et Burt Lancaster - qui m’ont intéressé. Missiaen pointe l’érotisme graphique de la rencontre entre Burt Lancaster et Sheree North mais n’oublions pas que cet érotisme était typique du Hollywood des années 1970 : il était également courant que de telles séquences fussent plus ou moins coupées selon les censures nationales. Lo Duca et Maurice Bessy en avait publié une photo de plateau dans l’édition définitive de leur monumentale monographie sur L’Érotisme au cinéma (édition Pierre Lherminier, Paris 1979). Il écrit quelques brèves remarques sur la modernité graphique de la mise en scène de Winner (page 18). J’attendais un livret entièrement consacré au film lui-même et moins d’une dizaine de pages lui sont consacrées : déception ! En matière d’illustration, aucun jeu complet de photo d’exploitation française ni américaine mais quelques photos de tournage N&B et quelques photos de plateau : là aussi, c’est vraiment très maigre.

L'Homme de la loi

Bonus - 3,0 / 5

Présentation par Patrick Brion (2014 provenant de l’ancienne édition Sidonis, 8’39”) : elle commence mal par une erreur (le film date de 1970 et non pas de 1971 comme le dit Brion) mais mérite néanmoins d’être vue car Brion y résume très bien le film en une phrase parfaitement exacte (ce qui est plus difficile qu’il n’y paraît) puis, après quelques considération diverses, lit une déclaration de Winner expliquant ses recherches d’accessoires afin d’obtenir une direction artistique aussi réaliste que possible, en tant que producteur. Mieux : Brion reconnaît que le film est bon ! Il passe tout de même un peu vite sur la prestation remarquable de Lee J. Cobb mais détaille bien le restant du casting. Quelques affiches et photos en illustration.

Présentation par Jean-François Giré (2022, 15’48”) : elle s’intéresse à la construction dramaturgique du scénario, à sa violence graphique, à sa mise en scène sur le plan esthétique (j’aime, pour ma part, les zooms : je trouve qu’ils dynamisent très bien une syntaxe par ailleurs parfois purement classique, bien que les panoramiques soient déjà extrèmement sophistiqués) et, par exemple, sur le plan du montage. Bonnes remarques sur le personnage féminin joué par Sheree North. Suivent quelques remarques filmographiques sur le compositeur Jerry Fielding et sur le cinéaste Michael Winner. Ensemble illustré de quelques extraits et de quelques affiches.

L'Homme de la loi

« Burt Lancaster : la volonté de réussir » (1996, 49’55”, VF + VOSTF) : très classique documentaire, sérieux, faisant appel à des témoins de première main (y compris des stars telles que Virginia Mayo, Rhonda Fleming) couvrant la vie et la filmographie essentielle de Lancaster. Le cinéphile y apprendra quelques anecdotes intéressantes (le cinéaste Ted Post raconte quelques souvenirs relatifs à Lancaster, par exemple, sur le tournage de leur film de guerre de 1977). Malheureusement, les extraits de films proviennent, dans leur grande majorité, de VHS présentant assez souvent les films dans des formats recadrés ou bien alors au format respecté mais uniquement compatible 4/3 puisque ce documentaire date de 1996 et a été conçu pour une image TV 4/3 de l’époque. On se souvient qu’aux débuts du DVD, vers 1997-1999, les DVD zone 1 NTSC américains présentaient parfois encore le même film (par exemple le film policier violent Dead Bang de John Frankenheimer) au format original écran large respecté compatible 16/9 sur une face, au format recadré plein cadre 1.37 compatible 4/3 sur l’autre face ! D’une manière générale, les images argentiques et numériques des extraits de film sont en mauvais état technique.

« Quelques traces… de Michael Winner » (2013, 12’31”, VOSTF) : documentaire vivant mais assez médiocre sur le plan de l’histoire du cinéma, en outre déjà vu sur l’édition Sidonis de Le Cercle noir(The Stone Killer, USA 1973) de Michael Winner. Rien à ajouter à ce que j’en écrivais en février 2020 au moment de son édition.

Bande-annonce (1.85 compatible 4/3, VO sans STF) : originale, montrant des plans teintés monochrome, ultra-violente sur le plan graphique, munie de la musique de Fielding agrémentée au surplus d’une guitare électrique qu’on n’entend pas dans le long métrage de référence ; notez qu’on aperçoit à sa fin le logo original de United Artists (Artistes associés) alors que le logo visible au début du long-métrage de référence est un logo modernisé et notez aussi que le titre est divisé en deux mots (Law Man) alors que cette division n’existe pas sur le titre du long métrage au générique d’ouverture (Lawman). Le grain, supérieur à celui du master du long métrage, correspond exactement à ce qu’on voyait au cinéma à l’époque.

Il manque une galerie affiches et photos : le livret consacré uniquement à Burt Lancaster ne comble pas bien cette lacune. Il faut noter que l’édition Blu-ray américaine Twilight Time sortie en 2017 aux USA est, pour sa part, d’une pauvreté remarquable concernant les bonus : elle ne comportait que la partition de Jerry Fielding sur une piste audio séparée et une bande-annonce. En somme, le cinéphile français dispose d’une édition française supérieure bien que je reste un peu sur ma faim.

L'Homme de la loi

Image - 4,0 / 5

Format 1.85 couleurs, compatible 16/9 en Full HD 1080p (sur Blu-ray). État argentique  : copie bien restaurée sauf quelques rares poussières négatives et positives. État numérique : grain un peu trop lissé mais bonne luminosité, bonne définition, bonne gestion du contraste et des noirs dans les scènes de nuit aux profondeurs de champ techniquement soignées. La direction de la photo (soignant notamment les dégradés ocre mais aussi très à l’aise dans les scènes d’extérieurs nuit) est signée Robert Paynter. À présent l’édition de référence en Full HD chez nous.

L'Homme de la loi

Son - 5,0 / 5

VOSTF + VF d’époque, en DTS-HD Master Audio 2.0 mono : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. Sur Sur le plan dramaturgique, excellente VF d’époque dont les voix collent très bien aux personnages. Musique composée par Jerry Fielding dont c’est l’âge d’or filmographique.

Crédits images : © Scimitar Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 20 avril 2022
Premier des deux grands westerns tourné aux USA par Michael Winner (ici coproduit avec Burt Lancaster): thématiquement influencé par le western américain classique ; esthétiquement influencé par le western européen.

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