Le Diable n'existe pas (2020) : le test complet du Blu-ray

Sheytan vojud nadarad

Réalisé par Mohammad Rasoulof
Avec Baran Rasoulof, Zhila Shahi et Mahtab Servati

Édité par Pyramide Vidéo

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Le 13/05/2022
Critique

La peine de mort, appliquée avec zèle en Iran, fait d’autres victimes que les condamnés. Un film à voir, salué par l’Ours d’or.

Le Diable n'existe pas

Iran, 2020. Heshmat, un père de famille attentionné, quitte la maison tous les matins, sans qu’on sache où il se rend, probablement à son travail. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à suivre l’ordre de ses supérieurs de « tirer le tabouret » pour pendre un condamné à mort. Alors que Javad a pris une permission de trois jours pour demander Na’na en mariage, on lui apprend que les chaises n’ont pas été livrées pour fêter l’anniversaire de la grand-mère mais pour la veillée funèbre de Keyvan, un instituteur exécuté « pour ses opinions » ; Javad va devoir avouer une vérité gênante. Bharam, médecin interdit d’exercer, exilé dans les collines du nord, a décidé de révéler le secret de toute une vie à sa nièce Darya, établie depuis son enfance en Allemagne où elle étudie la médecine. Ces quatre récits distincts ont un thème en commun : l’individu face à la peine de mort.

Le Diable n’existe pas (Sheytan vojud nadarad), sorti dans nos salles en décembre 2021, est le septième long métrage de fiction du réalisateur, scénariste et producteur iranien Mohammad Rasoulof, dont deux autres films ont été édités en vidéo : La Vie sur l’eau (Jazireh ahani, 2005), une dénonciation de la pauvreté, et Un homme intègre (Lerd, 2017), un réquisitoire contre la corruption.

Le Diable n'existe pas

Le scénario original raconte quatre histoires : 1 : Le Diable n’existe pas, 2. Elle m’a dit : tu peux le faire ! , 3. Anniversaire et 4. Embrasse-moi. Les quatre histoires distinctes, avec leurs personnages propres, ont en commun le thème de la responsabilité individuelle face à la peine capitale et les conséquences qu’elle peut entraîner sur ceux qui ont dû l’exercer.

La peine de mort est tristement d’actualité en Iran qui a réussi, en appliquant la soi-disant loi islamique, à se maintenir sur le podium des nations les plus répressives. Il continue d’appliquer la peine de mort aux mineurs en considérant comme pénalement responsables les garçons dès 15 ans et les filles dès 9 ans, à l’appliquer à un large éventail de chefs d’accusation : pour rébellion, « moharebeh » (inimitié à l’égard de Dieu), blasphème, apostasie, adultère, sodomie, lesbianisme, fornication, vol, infractions relatives aux moeurs telles que la production et la diffusion de vidéos et films pornographiques, certains crimes de nature économique (contrefaçon, contrebande, spéculation), etc. Un large ratissage efficace qui permit d’atteindre 246 exécutions recensées en 2020 pour 84 millions d’habitants. L’Iran exécute ainsi quatre fois plus que la Chine, avec un millier d’exécutions la même année pour 1,4 milliards d’habitants. Les condamnés les moins chanceux sont lapidés ! Les autres sont pendus et ne perdent connaissance qu’au bout de quelques minutes. Un plan du film souligne l’horreur de cette mort : les jambes des suppliciés s’agitent convulsivement jusqu’à ce que les sphincters libèrent un flot d’urine.

Le Diable n'existe pas

Le Diable n’existe pas laisse ressentir l’influence d’Abbas Kiarostami, reconnue par le réalisateur et le dernier épisode rappelle immanquablement Le Vent nous emportera (Bad ma ra khahad bord, 1999) et, surtout, de Le Goût de la cerise (Ta’m e guilass, 1997).

Mohammad Rasoulof, après avoir été emprisonné, a été assigné à résidence à Téhéran et interdit de tournage. Sa mise en accusation de la terreur exercée par la dictature religieuse et de la peine de mort n’a pu être tournée qu’en usant d’un subterfuge, décrit dans l’analyse du film jointe en supplément.

Le Diable n’existe pas a été présenté dans de nombreux festivals et salué par une quinzaine de prix, dont l’Ours d’or à Berlin. Une notoriété méritée qui conforte la relative protection du réalisateur contre les abus d’une dictature qui oppresse l’Iran depuis 43 ans. Mohsen Makhmalbaf, Abbas Kiarostami, Jafar Panahi, Dariush Mehrjui, Amir Naderi, Saeed Roustayi, Ayat Najafi, Ida Panahandeh et les autres, tous ceux qui sont restés dans leur pays et ont pris le risque de continuer à réaliser des films en rusant avec la censure, démontrent que l’obscurantisme peut difficilement étouffer la créativité des cinéastes, sauf à fermer toutes les salles de cinéma, ce qu’osa faire le royaume d’Arabie Saoudite, de 1983 à 2018.

Le Diable n'existe pas

Généralités - 3,5 / 5

Le Diable n’existe pas (151 minutes) et ses suppléments (34 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un boîtier glissé dans un fourreau, non fourni pour le test.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en persan, avec sous-titres optionnels, au format audio DTS-HD Master Audio 5.1.

Une édition DVD est disponible, avec le même contenu.

Bonus - 3,5 / 5

Présentation du film par le réalisateur (1’35”). Au-delà du sujet apparent, la peine de mort, le film traite de la responsabilité individuelle, une question d’autant plus complexe qu’elle est posée dans un régime tyrannique.

Rencontre avec Mohammad Rasoulof (7’, Pyramide Vidéo, 2022). L’entretien avec le cinéaste, assigné depuis quatre ans à résidence à Téhéran avec l’interdiction de réaliser des films, a été enregistré par webcam en juillet 2021 pour le Festival La Rochelle Cinéma. La censure est une chape de plomb avec laquelle le pouvoir accroît la répression, contre laquelle il est relativement protégé par la reconnaissance de ses films à l’étranger. Influencé par l’oeuvre d’Abbas Kiarostami, il emploie souvent des acteurs non professionnels auxquels il laisse, avec un scénario précis, une certaine liberté d’interprétation. Il connaît bien la prison, cadre du deuxième épisode, pour y avoir tourné son premier film… avant d’y avoir été enfermé.

Le film vu par Bamchade Pourvali (25’, Pyramide Vidéo, 2022), universitaire et critique de cinéma. Pour contourner l’interdiction de tourner frappant Mohammad Rasoulof, l’autorisation a été sollicitée par ses assistants pour quatre moyens métrages. D’autres films iraniens ont traité de l’exécution capitale, tels La Loi de Téhéran ou Yalda, la nuit du pardon, mais Le Diable n’existe pas propose quatre genres différents : une chronique sociale, un thriller-action, une histoire d’amour mélodramatique, un mélodrame familial, tournés dans des cadres différents, les deux premières histoires à Téhéran avec des cadres serrés, les deux autres à la campagne, dans des plans de plus en plus larges. Des « fausses pistes » jouent avec le spectateur. Une importance est donnée aux personnages féminins, dont les prénoms, communs en Iran, ont une signification symbolique : Razieh (« la satisfaite »), Tahmineh (« la force »), Na’na (« l’amante »), Zaman (« le temps ») et Darya (« le fleuve ou la mer »). Comme tous les autres films iraniens, les femmes portent le voile, y compris dans l’intimité familiale, une obligation faite dans tous les lieux publics, ce qui inclue les salles de cinéma.

Bande-annonce de Le Diable n’existe pas, Le Genou d’Ahed (Ha’berech, Navad Lapid, 2021), Yalda, la nuit du pardon (Yalda, Massoud Bakhshi (2019) et Nuestras madres (Cesar Diaz, 2019).

Le Diable n'existe pas

Image - 4,5 / 5

L’image numérique (2.39:1, 1080p, AVC) est finement définie, lumineuse, fermement contrastée avec des noirs denses et des couleurs naturelles soigneusement étalonnées.

Son - 4,0 / 5

Le son DTS-HD Master Audio 5.1 de la version originale (une alternative stéréo est proposée) restitue clairement les dialogues et, avec finesse, l’accompagnement musical, fait surtout de musique iranienne, mais aussi d’un arrangement, dans deux épisodes, de Bella ciao, le chant de résistance contre le fascisme en Italie. Une sollicitation trop timide des canaux latéraux réduit les différences entre les deux formats proposés.

Crédits images : © Cosmopol Film, Europe Media Nest, Filminiran

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 14 mai 2022
Salué par de nombreux prix, dont l’Ours d’or à Berlin, ce film raconte quatre histoires composant un subtil réquisitoire contre la peine de mort, appliquée avec zèle par les religieux au pouvoir en Iran. À ne pas manquer !

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