Gloria (1980) : le test complet du Blu-ray

Édition Collector Blu-ray + DVD

Réalisé par John Cassavetes
Avec Gena Rowlands, John Adames et Buck Henry

Édité par Wild Side Video

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Le 28/09/2022
Critique

À part dans l’oeuvre de John Cassavetes, Gloria, après une longue absence, nous revient en haute définition, dans une édition définitive.

Gloria

Ancienne call-girl, Gloria Swenson connaît bien le milieu de la pègre pour avoir été la maîtresse de quelques gros bonnets. Solitaire, revenue de tout, elle préfère désormais la compagnie de son chat. Aujourd’hui, dans son immeuble délabré du Bronx, elle frappe chez sa voisine Jerry Dawn pour lui emprunter un peu de café. Mais la mère de famille, affolée, lui demande de prendre Phil, son garçon de 6 ans, sous sa protection : son mari, comptable, a trahi la mafia en renseignant le FBI. Gloria rechigne mais se doit d’accepter : flanquée d’un orphelin, elle qui déteste les enfants et les contraintes. Elle doit, de plus, fuir les gangsters à ses trousses pour éliminer l’enfant et récupérer le livre de comptes que son père lui a donné avant d’être assassiné avec le reste de sa famille.

Gloria, sorti en 1980, est le dixième des douze longs métrages de John Cassavetes qui, après une formation à l’American Academy of Dramatic Arts (là où il rencontra Gena Rowlands qu’il épousa en 1954), mena, du milieu des années 50 au milieu des années 80, parallèlement à une activité de réalisateur et de scénariste, une belle carrière d’acteur sur la scène, à la télévision, notamment dans le rôle-titre de la série Johnny Staccato, et au cinéma, par exemple dans À bout portant (The Killers, Don Siegel, 1964), Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968), ou encore Furie (Fury, Brian De Palma, 1978).

Le premier film qu’il réalise, en 1958, Shadows, reçu tièdement aux USA, lui vaut une reconnaissance internationale, surtout en Europe qui voit en lui un des précurseurs du nouveau cinéma indépendant américain.

Gloria, s’il reste à part dans sa filmographie pour la place que donne à l’action le scénario, écrit pour répondre à une commande, confirme cependant l’attention toujours accordée par le cinéaste au jeu des acteurs, ici à celui de Gena Rowlands qu’il dirigea dans huit de ses films, de Shadows en 1958 à Love Streams (Torrents d’amour) en 1984, son avant-dernière réalisation.

Gloria

I hate kids!

Gloria, après un remaniement du scénario et une éclipse presque totale de la violence par la mise en scène, s’intègre dans l’oeuvre de John Cassavetes en ce qu’il exploite son thème récurrent, celui des difficultés de toute relation, amicale ou amoureuse. En détournant les codes du film de gangsters, il se focalise sur les états d’âme de Gloria. Dans sa composition d’une femme farouchement solitaire, profondément agacée par Phil, un gamin qui l’horripile par ses prétentions machistes, puis la perturbe quand il commence à s’attacher à elle, Gena Rowlands mobilise l’attention. On ne reverra jamais sur les écrans l’interprète de Phil, Juan Adames : alors âgé de 7 ans, il allait, vingt plus tard, diriger un club de billard de New York.

Sidney Lumet réalisera en 1999, avec Sharon Stone dans le rôle-titre, un remake de Gloria, un de ses deniers films, oubliable et oublié, toutefois édité sur DVD aux USA.

À l’exception du dernier, Big Trouble, un remake d’Assurance sur la mort (Double Indemnity, Billy Wilder, 1944) qu’il réalisa avec réticence en 1986 en remplacement d’Andrew Bergman, tous les films de John Cassavetes valent d’être vus. Un coffret, aujourd’hui épuisé, édité par Orange Studio en 2013, Hommage John Cassavetes - Coffret Prestige, regroupait quatre films majeurs, Shadows (1958), Faces (1968), Une Femme sous influence (A Woman Under the Influence, 1974) et Meurtre d’un bookmaker chinois (The Killing of a Chinese Bookie, 1976). On attend avec impatience une intégrale de sa filmographie en haute définition.

Gloria, absent de nos catalogues depuis l’épuisement du DVD, dépourvu de bonus, sorti par Sony Pictures en 2006, nous est aujourd’hui proposé par Wild Side Video dans une version parfaitement restaurée, en haute définition et complété par une offre de bonus à la hauteur de l’intérêt du film.

Gloria

Généralités - 3,5 / 5

Gloria (122 minutes) et ses suppléments (92 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un digibook en compagnie d’un DVD-9 ne contenant qu’un seul des trois compléments vidéo.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, en anglais, avec sous-titres imposés et le choix entre deux formats audio, DTS-HD Master Audio 5.1 ou 2.0 mono, et dans un doublage en français DTS-HD MA 2.0 mono.

Un livret inédit de 50 pages, intitulé Gloria in excelsis ou Le Crépuscule du matin, écrit par Frédéric Albert Levy et Doug Headline, s’ouvre sur un entretien avec Gena Rowlands recueilli par Stig Björkman sur le tournage d’une scène. Personne ne savait où se cachaient les caméras, mais la consigne de John Cassavetes était formelle : on ne s’arrête pas, quoiqu’il arrive ! Frédéric Albert Lévy et Doug Headline voient Gloria comme un film d’auteur, bien qu’il ait été tourné pour un studio, Columbia Pictures. Contrairement aux idées reçues, le chef de file du cinéma indépendant américain ne fut jamais en conflit avec Hollywood, et il préparait longuement scénarios et dialogues, sans tant laisser de place à l’improvisation. Le scénario de One Summer Night, premier titre de Gloria, initialement commandé par MGM, fut acheté par Columbia qui attribua à Gena Rowlands le rôle principal, refusé par Barbra Streisand, et la réalisation à John Cassavetes qui choisit d’escamoter la violence qui n’était pas sa tasse sa thé et de montrer, en décors réels, le New York qu’il avait connu, avec des peintures écaillées. Les invraisemblances du scénario, notamment de la scène finale sont compensées par un approfondissement de la psychologie, elle aussi peu vraisemblable, du personnage principal. Puis, dans Jeu d’enfants, Nicolas Boukhrief, coauteur avec son épouse Lydia d’un guide intitulé 100 grands films pour les petits (Gründ/ARTE) et réalisateur, en 2019 de Trois jours et une vie, dit se souvenir, vingt ans après, de la performance du jeune acteur : il forme, avec Gena Rowlands, un couple qui « reste d’une grande modernité ». Puis, dans un long article éloigné de Gloria et de John Cassavetes, il donne son approche de la réalisation, de l’écriture du scénario et des dialogues et du casting de films avec des enfants. Après avoir cité quelques oeuvres, il voit dans Olvidados, Los de Luis Buñuel « un absolu sur le sujet ».

Gloria

Bonus - 4,0 / 5

Trois entretiens exclusifs, conduits par Giordano Guillem, responsable des acquisitions des films de patrimoine chez Wild Side, complètent le film.

Sur le Blu-ray et le DVD :

Une femme d’influence (23’). Murielle Joudet, critique et autrice de Gena Rowlands, on aurait dû dormir (Capricci, 2020, 344 pages) rappelle que l’actrice se destinait au théâtre à l’issue de sa formation à l’American Academy of Dramatic Arts de New York où elle rencontra John Cassavetes. Ses performances à la télévision lui permirent de contribuer à la production des films de son mari qui révélera l’étendue de son talent. Dans l’après-guerre, on perçoit un recul de l’indépendance acquise par les femmes, mis en évidence par Betty Friedan 1963, à l’origine d’un mal-être qu’exprimera Gena Rowlands en 1974 dans Une femme sous influence de John Cassavetes. Il lui confiera des rôles très dramatiques, parfois schizophréniques, qu’elle tiendra sans effort apparent, avec son propre style. Les confidences recueillies par Ray Carney dans Cassavetes par Cassavetes montrent que sa vie avec le cinéaste, loin de l’heureuse image d’un couple mythique, fut chaotique.

Sur le seul Blu-ray :

Un enfant revient (39’). Murielle Joudet dit Cassavetes « lessivé financièrement et moralement » après les échecs commerciaux de The Killing of a Chinese Bookie en 1976 et de Opening Night en 1977, quand il écrit le scénario de Gloria qu’il remaniera quand on lui demandera de réaliser le film. Cassavetes donne à son film un aspect documentaire sur la ville de New York. La relation distante, « désynchronisée », entre les deux personnages, une constante dans le cinéma de Cassavetes, rappelle particulièrement son troisième film, Un enfant attend (A Child Is Waiting, 1963). Murielle Joudet termine son intervention avec une tentative d’explication de l’intrigante scène finale.

Dix pas avant le peuple : Robert Guédiguian raconte John Cassavetes (32’). Deux ans après avoir rejeté la proposition d’écrire le scénario de La Communion solennelle pour René Féret, Robert Guédiguian entreprend son premier film, Dernier été, sorti en 1981. Particulièrement touché par Husbands, il rêve de « faire des films comme Cassavetes », cinéaste « universel ». Il a été influencé par sa direction des acteurs mais, contrairement à lui, a introduit la politique dans ses films et cherché « à être populaire ». Il parle surtout de ses propres films, beaucoup trop peu de ceux de John Cassavetes dont il évoque rapidement les performances d’acteur.

Gloria

Image - 4,5 / 5

L’image (1080p, AVC), légèrement recadrée du ratio 1.85:1 à 1.78:1, révèle le ravivement des couleurs des aquarelles et collages de Romare Bearden servant de toile de fond au générique et, dès le premier plan, celui d’une vue aérienne de New York la nuit, la fermeté des contrastes et la densité des noirs. La restauration 2K, probablement celle opérée pour l’édition Twilight Time sortie aux USA en 2018, a éliminé toute marque de dégradation de la pellicule, sans lissage excessif, en préservant un grain très fin.

Gloria

Son - 4,5 / 5

Le son, très propre lui aussi, est proposé avec le choix entre un remixage DTS-HD Master Audio 5.1 ou le monaural d’origine, réencodé au format DTS-HD 2.0 mono. Sans dénaturer le son original, le format multicanal crée une discrète sensation d’immersion dans l’ambiance du métro et des rues de New York, notamment au passage des voitures. Les deux formats restituent clairement tous les dialogues et avec finesse l’accompagnement musical dominé par le saxo de Tony Ortega et la guitare de Tommy Tedesco, légèrement affecté par quelques saturations.

Ces appréciations valent pour le doublage en français DTS-HD 2.0 mono, dramaturgiquement acceptable, dans lequel on perçoit un léger souffle.

Crédits images : © 1980 Columbia Pictures Industries, Inc. Tous droits réservés.

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 28 septembre 2022
Gloria, une œuvre à part dans la filmographie de John Cassavetes, absente de nos catalogues depuis des années, nous est aujourd’hui proposée par Wild Side Video dans une version parfaitement restaurée, en haute définition, et complétée par une offre de compléments à la hauteur de l’intérêt du film.

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