Le Redoutable Homme des neiges (1957) : le test complet du Blu-ray

The Abominable Snowman

Combo Blu-ray + DVD

Réalisé par Val Guest
Avec Forrest Tucker, Peter Cushing et Maureen Connell

Édité par ESC Editions

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Le 08/08/2022
Critique

Hammer Film plastiquement très beau, au scénario hanté par l’angoisse de l’apocalypse.

Le Redoutable Homme des neiges

Tibet, montagnes de l’Himalaya 1957 : en dépit des avertissements de son épouse et du prêtre qui dirige le monastère leur offrant l’hospitalité, le savant botaniste anglais Rollason se joint à l’expédition de l’aventurier américain Tom Friend afin de traquer le mythique Yéti, créature qui pourrait constituer une troisième branche intermédiaire, dans l’histoire de l’évolution, entre l’homme et le singe. Au terme d’une quête périlleuse, Rollason découvre son terrible secret.

Le Redoutable homme des neiges (The Abominable Snowman, GB 1957) de Val Guest est un des titres les plus remarquables produits par la Hammer Films au début de son âge d’or fantastique 1955-1975. Tourné dans les studios de Bray et de Pinewood, ainsi qu’en somptueux extérieurs naturels dans les Pyrénées français, son sujet profond est l’angoisse eschatologique. Ce thème sera aussi, dans la catégorie science-fiction du genre fantastique, celui de son impressionnant Le Jour où la terre brûlera (The Day the Earth Caught Fire, GB 1962). Les questions posées par le scénario de Nigel Kneale (adapté en 1957 pour la Hammer à partir d’un téléfilm qu’il avait écrit en 1955 pour la BBC et qui avait eu un grand succès d’audience) sont typiques de celles que l’angoisse atomique avait suscitées, dans les années 1950-1960, chez des philosophes contemporains de la bombe atomique tels que Martin Heidegger et Karl Jaspers. Et le fait que le dernier mot y revienne à la spiritualité asiatique et que l’homo sapiens / homo faber y soit assimilé à un homo vastans parachève, s’il en était besoin, cette haute visée, portée par une interprétation habitée de Peter Cushing.

Le Redoutable Homme des neiges

Le Redoutable homme des neiges abonde en scènes montrant l’isolement de l’homme dans une nature hostile lui offrant l’occasion de méditer et d’accéder à une vérité secrète, de critiquer la folie du commerce et de l’argent poussant au crime, de comparer deux civilisations qui se concilient grâce à leurs élites respectives, soucieuses d’un même bien précieux car universel. Val Guest illustre ce sujet avec une sobriété réaliste (les équipements, les armes, les détails de la progression en montagne) parsemée de puissantes touches baroques qui renforcent son suspense. Ce dernier s’avère d’autant plus intense que Guest et Kneale avaient décidé de ne jamais montrer intégralement la créature mystérieuse : le département des effets spéciaux l’avait pourtant construite. Même les photos d’exploitation et de plateau, parfois amples et impressionnantes, ne la révélèrent pas non plus intégralement. Autre remarque concernant l’anthropologie du sacré : le personnage du photographe, choisi pour être un témoin, n’est pas une simple silhouette  ; il illustre assez bien, par sa catatonie muette et hallucinée, certains effets psychiques de la confrontation au tabou dans la mentalité archaïque et primitive.

Cette mystérieuse créature, connue sous le nom de Yéti, était régulièrement d’actualité depuis les expéditions occidentales de la fin du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième siècle. Quelques films fantastiques lui furent consacrés durant la seconde moitié du vingtième siècle. Deux sont essentiels : d’abord L’Abominable homme des neiges (Yu jin yuki otoko, Jap. 1955) de Inoshiro Honda (*) (dont il existe une version américaine remontée signée par Kenneth G. Crane en 1958 qu’il ne faut pas confondre avec le film américain, au titre français homonyme d’exploitation, de W. Lee Wilder de 1954) et dont l’action se déroulait non pas au Tibet mais sur le Mont Fuji ; ensuite Le Redoutable homme des neiges qui fut d’abord conçu par le scénariste Nigel Kneale comme un téléfilm anglais diffusé par la BBC en 1955 sous le titre The Creature : l’acteur anglais Stanley Baker y tenait à la télévision en 1955 le rôle joué au cinéma en 1957 par l’acteur américain Forrest Tucker (le distributeur américain de ce Hammer Film avait exigé qu’au moins un acteur américain fût en tête d’affiche). Il aurait été tourné, en janvier et février 1957, donc quelques semaines à peine après la fin du tournage de Frankenstein s’est échappé ! (The Curse of Frankenstein, GB 1957) de Terence Fisher. Le Fisher fut d’ailleurs distribué en exclusivité (en mai 1957 en Angleterre, en novembre 1957 en France) avant le Guest (en août 1957 en Angleterre, en septembre 1958 en France).

Le Redoutable Homme des neiges

Sur le plan de l’histoire de l’exploitation, signalons que les copies argentiques anglaises de Le Redoutable homme des neiges sont, une fois n’est pas coutume, systématiquement plus complètes que les copies exploitées aux USA et en France. Les copies anglaises diffèrent cependant occasionnellement légèrement les unes des autres : celle autrefois exploitée par le DVD Seven 7 français contient par exemple une séquence d’environ 2 minutes (voir plus bas, section « image ») absente de ce nouveau Blu-ray ESC. Elle n’est, certes, pas essentielle à la structure de l’intrigue mais elle contribuait tout de même à augmenter le suspense et l’inquiétude durant le début de la progression de l’équipe à travers la montagne.

(*) Il faudrait absolument qu’un éditeur français édite enfin la filmographie fantastique intégrale du plus grand cinéaste fantastique japonais, j’ai nommé Inoshiro Honda (1911-1993) dont l’âge d’or fut produit par la Toho, à partir de son premier grand succès de 1954, sur la période 1955-1975. Une collection digne de ce nom devrait nous les restituer en VOSTF et VF d’époque (pour la majorité des titres) sans oublier de présenter en bonus leurs versions américaines remontées (inférieures à l’original japonais mais constituant d’intéressants documents d’histoire du cinéma qu’il faudrait impérativement présenter en VOSTF car elles furent inédites en France) et de belles galeries affiches et photos d’exploitation d’époque (au moins japonaises et françaises concernant les titres exploités chez nous).

Le Redoutable Homme des neiges

Généralités - 4,0 / 5

1 Blu-ray + 1 DVD + 1 livret, édités par ESC le 03 août 2022, collection British Terrors. Image N&B au format original 2.35 compatible 16/9. Son DTS-HD Master Audio 2.0 mono VOSTF et VF. Durée du film sur BRD : 91 min. environ. Suppléments : présentation de la collection British Terror (avant le menu général) + présentation du film par Gilles Menegaldo. L’illustration de la jaquette, du menu principal et la sérigraphie du disque reprennent un fragment du visuel de l’affiche française d’exploitation de 1957. Possibilité de passer à la volée d’une piste son à une autre sans perdre le fil de l’action.

Livret 20 pages illustrées de Marc Toullec : il débute logiquement par un résumé de la filmographie du sujet (attention à une erreur de date page 3 : le film fantastique de Inoshiro Honda date de 1955 et non pas de « 1958 » : Toullec confond l’original japonais de 1955 avec sa version américaine remontée de 1958) puis s’avère riche en extraits d’entretiens, notamment avec le cinéaste Val Guest (soulignant sa volonté de conférer au film un style documentaire), le scénariste Nigel Kneale (insistant sur l’aspect moral et philosophique de l’intrigue), les acteurs Peter Cushing et Forrest Tucker (souvenirs et anecdotes de tournage). Nombreux détails précis sur la production. Attention à la chronologie de la page 19 : si on s’en tient aux dates de distribution, le Fisher de 1957 avec Cushing ne « suit » pas « de près » (p. 19, lignes 14-15) ce Guest avec Cushing : c’est au contraire ce Guest qui « suit de près » le Fisher sur les écrans du monde entier. Cette contradiction illustre assez bien la controverse internet entre certains fans anglosaxons de la Hammer Films sur l’antériorité au tournage et à la distribution entre les deux titres : le livret semble osciller entre les deux thèses, au fil des pages. Il pose ainsi l’antériorité du Fisher au tournage (p. 12) mais pose plus loin l’antériorité du Guest à la distribution (p. 19). Sur internet, certains soutiennent que le Fisher fut tourné avant le Guest mais distribué après alors que d’autres assurent que le Guest fut tourné avant le Fisher, constituant ainsi le premier des 22 Hammer Films fantastiques tournés par Peter Cushing. Beau problème d’histoire du cinéma que les dimensions de cette notice m’interdisent de traiter à fond. Mentionnons enfin quelques illustrations intéressantes, notamment 2 photos coloriées américaines d’exploitation (p. 18), quelques affiches (la française p. 2, l’anglaise p. 20), des photos N&B de plateau et de tournage pour le restant. C’est bien mais le mieux aurait été de réunir un jeu complet américain, français ou anglais d’exploitation reproduit pleines pages sur le livret ou en galerie affiches et photos, reproduites en Full HD 16 / 9 parmi les bonus vidéo.

Le Redoutable Homme des neiges

Bonus - 2,5 / 5

Présentation par Gilles Menegaldo (durée 27 min. environ) : ce professeur d’histoire du cinéma à l’université de Poitiers brosse succinctement la vie et l’oeuvre du cinéaste Val Guest (bonne remarque sur ses deux films de guerre situés en Asie) puis s’intéresse au film de 1957 replacé dans la filmographie fantastique sélective de Guest, ensuite analysé d’une manière parfois fine mais qui, hélas, paraphrase régulièrement et souvent trop longuement le scénario, avec de nombreux extraits du film. Ne surtout pas visionner cette présentation avant d’avoir vu le film lui-même. Menegaldo ignore apparemment les différences de métrages et de contenu entres copies anglaise, américaine et française ou bien, s’il les connaît, ne les mentionne pas. Certains éléments de sa présentation font, en outre, inévitablement double-emploi avec le contenu du livret, d’ailleurs nettement plus précis. Quelques belles illustrations (photos de plateau N&B, photos de tournage) notamment la célèbre photo de plateau montrant en plan de demi-ensemble, l’impressionnant cadavre couché du premier Yéti, examiné par Friend et son complice trappeur. Cette image photographiée pour la publicité est invisible dans le montage exploité car Guest et Kneale avaient délibérément refusé de montrer intégralement la créature.

Très honorable édition spéciale, au total. Le cinéphile anglophone souhaitant visionner une édition collector pourra se tourner vers l’édition Blu-ray américaine Shout Factory de 2019 munie de deux commentaires audio - notamment celui, indispensable à une bonne connaissance du film, enregistré en 1997 par le cinéaste Val Guest et le scénariste Nigel Kneale, repris en bonus dès la première édition vidéo numérique Laserdisque de 1999 - et d’une remarquable galerie affiches et photos comportant environ 60 documents.

Le Redoutable Homme des neiges

Image - 4,0 / 5

Full HD 1080p au format large original 2.35 HammerScope en N&B et compatible 16/9. Copie argentique d’origine anglaise (le certificat de la BBFC, British Board of Censorship en témoigne, outre la mention du procédé de prise de vue, remplacé par « RegalScope » sur les copies américaines au générique d’ouverture) en bon état général mis à part quelques plans d’ensemble à l’émulsion parfois fatiguée tandis que d’autres, au sein de la même séquence, sont magnifiques. Direction photo signée par Arthur Grant, un des meilleurs techniciens de l’âge d’or fantastique de la Hammer Films. Cette copie anglaise (estampillée Fox avant le générique d’ouverture) est un peu différente de l’ancienne copie anglaise (estampillée Warner avant le générique d’ouverture) autrefois éditée chez nous en DVD par Metropolitan / Seven 7. Il manque sur cette nouvelle édition ESC une séquence d’environ 2 minutes, visible vers la 25ème minute sur l’ancien DVD Seven 7 : celle de l’échange de tirs entre l’équipe de Friend et trois alpinistes Tibétains hostiles à l’expédition. Cette copie éditée par ESC est donc légèreent incomplète par rapport à l’ancienne copie Seven 7 ; je n’ai pas relevé d’autres différences entre elles. Toutes deux, étant des copies anglaises, demeurent de toute manière très supérieures aux copies argentiques américaines (dotées du titre plus long The Abominable Snowman of the Himalayas mais qui avaient été amputées de presque 5 minutes par leur distributeur d’époque). Une fois n’est pas coutume (la censure anglaise était alors nettement plus sévère que la censure continentale, y compris française, et que la censure américaine), les copies anglaises sont aussi supérieures en complétude aux copies argentiques françaises exploitées à la sortie du film chez nous. La présence de plans et / ou de courtes séquences en VOSTF insérées dans la VF d’époque en témoigne, sur l’ancien DVD comme sur cette nouvelle édition Blu-ray.

Le Redoutable Homme des neiges

Son - 5,0 / 5

DTS-HD Master Audio 2.0 mono en VOSTF et VF d’époque : offre nécessaire et suffisante pour le cinéphile francophone. La VF d’époque est belle même si la voix française de Peter Cushing est plus grave et un peu moins élégante que sa voix originale. Certains plans manquants dans la VF d’époque ont été réintégrés à la continuité et sont montrés en VOSTF. Aucun défaut technique sur les deux pistes (mis à part, mais ce n’est pas un vraiment un défaut, des variations de niveau d’une séquence à l’autre, notamment dans la VOSTF) qui soutiennent l’épreuve du temps sans effort. Ample musique symphonique d’Humphrey Searle supervisée par John Hollingsworth : elle allie sonorités asiatiques et lyrisme fantastique.

Crédits images : © Hammer Film Productions, Clarion Films

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony
Note du disque
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francis moury
Le 9 août 2022
Hammer Film plastiquement souvent très beau, un des meilleurs films fantastiques de Val Guest au scénario hanté par l’angoisse de l’apocalypse.
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Patrick
Le 19 janvier 2006
Un film intelligent sur un mythe souvent ridiculé au cinéma, avec une Peter Cushing au mieux de sa forme le doublage de la voix de Cushing pour la version française est moyenne.
Très beau noir&blanc beau transfert avec parfois un très léger grain.
Une version intégrale avec les scènes coupées lors de sa sortie en salle en V.O.S.T.
La collection " les trésors de la Hammer " est vraiment indispensable pour tous les inconditionnels de cette firme.
A voir ou a revoir.

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