Le Dieu noir et le diable blond (1964) : le test complet du Blu-ray

Deus e o Diabo na Terra do Sol

Réalisé par Glauber Rocha
Avec Geraldo Del Rey, Yoná Magalhães et Othon Bastos

Édité par Capricci

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Le 23/04/2024
Critique

Sortie très attendue d’un film majeur du Cinema Novo qui était désespérément resté absent de nos catalogues vidéo !

Le Dieu noir et le diable blond

Dans le Sertão, la plaine aride du Nordeste, Manuel, un vaquero miséreux, tue un riche propriétaire qui avait provoqué sa colère en le fouettant. Sa femme Rosa et lui, obligés de s’enfuir, croisent les chemins de trois personnages charismatiques. Sebastião, un religieux noir entraînant derrière lui toute une colonie de paysans qu’il dit pouvoir mener vers une île paradisiaque. Corisco, un cangaceiro qui leur procure des moyens de subsistance en razziant les propriétaires terriens. Antoniô das Mortes, le chasseur de primes, payé par l’église et le pouvoir fédéral pour mater la rébellion de gens qui n’ont plus rien à perdre…

Le Dieu noir et le diable blond (Deus e o Diabo na Terra do Sol) que Capricci a ressorti dans nos salles en novembre 2023, le deuxième long métrage de Glauber Rocha (après Barravento (1962, une dénonciation de l’oppression sociale du culte Candomblé), sera projeté à Cannes en 1969 dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, avant sa distribution en France en avril 1970. Le bel accueil du film fera du réalisateur une des figures majeures du Cinema Novo avec Nelson Pereira dos Santos (Vidas secas, 1964), Carlos Diegues (Os Herdeiros, 1969), Joaquim Pedro de Andrade (Macunaíma, 1969), Ruy Guerra (Les Dieux et les morts / Os Deuses e os mortos, 1970)… Ce courant reste encore trop peu représenté dans nos catalogues vidéo.

Le Dieu noir et le diable blond

Le Dieu noir et le diable blond, premier volet de la Trilogie de la terre, sera suivi de Terre en trance (Terra em transe, 1967), salué à Cannes par le Prix FIPRESCI, et d’Antonio das Mortes de Glauber Rocha, sélectionné en 1969 pour la Palme d’or, alors rebaptisée Grand Prix du Festival international du Film (attribué, cette année-là, à Jacques Demy pour Les Parapluies de Cherbourg), mais récompensé par le Prix du jury.

Le Dieu noir et le diable blond sort au Brésil peu avant le coup d’état du 31 mars 1964 qui portera au pouvoir une dictature militaire pour vingt ans. Glauber Rocha finira par s’exiler en Espagne, au Chili et au Portugal où il contracta une pneumonie qui l’emporta en août 1981, à l’âge de 42 ans.

Le scénario original situe l’histoire dans le Nordeste, une terre aride, la plus pauvre du Brésil, le théâtre de une sanglante répression par le pouvoir fédéral qui, avec l’appui de mercenaires, mit fin au soulèvement des paysans et élimina les cangaceiros. Une histoire qui a inspiré le Cinema Novo et, avant, le cinéma brésilien, notamment Lima Barreto pour Sans peur, sans pitié, Prix international du film d’aventures à Cannes en 1953. Glauber Rocha y reviendra, cinq ans plus tard, et fera du tueur à gages le personnage principal de son chef-d’oeuvre, Antonio das Mortes, toujours interprété par Maurício do Valle.

Le Dieu noir et le diable blond

Le Dieu noir et le diable blond, capté comme un documentaire, caméra à l’épaule, avec une foule de figurants, frappe par l’originalité de son écriture filmique. Aux mouvements extrêmement lents des personnages dans des plans fixes succède une agitation captée par une caméra saisie de frénésie ; à de longs plans-séquences, un montage saccadé.

La composition originale de Sérgio Ricardo tient une place importante avec l’intervention d’un narrateur aveugle, accompagnant son chant à la guitare, en complément d’extraits de l’oeuvre de Villa-Lobos, dont le célèbre opus 5 des Bachianas brasileiras.

Glauber Rocha voyait le cinéma comme un moyen de rappeler les maux de la société, la misère et l’injustice, de faire prendre conscience au spectateur que la réponse ne peut être donnée ni par la religion, ni par la violence.

Le Dieu noir et le diable blond nous est proposé après une restauration 4K effectuée en 2021 au Brésil, sous la supervision de la cinéaste Paloma Rocha, fille de Glauber Rocha, à partir des négatifs originaux image et son conservés à la Cinemateca Brasileira, à São Paulo.

Le Dieu noir et le diable blond

Présentation - 2,0 / 5

Le Dieu noir et le diable blond (120 minutes) et ses suppléments (64 minutes) tiennent sur un Blu-ray BD-50 logé dans un fin Digipack à deux volets.

Le film est proposé dans sa langue originale, le portugais brésilien, avec sous-titres optionnels, au format audio DTS-HD Master Audio 2.0 mono.

Une édition DVD est disponible, avec le même contenu.

Bonus - 3,5 / 5

Le film vu par le cinéaste Jean-Pierre Thorn (33’). Interrogé en novembre 2023 par Maxime Werner, le documentariste des « révoltes sociales » souligne que Le Dieu noir et le diable blond évoque une réalité historique. Celle de la révolte de la fin qui amena, en 1890, la création dans le Sertão d’une « Cité de Dieu ». Celle des exactions de Lampião, un célèbre cangaceiro. Il dit avoir été « hanté » par le regard brechtien que Glauber Rocha porte sur la réalité sociale en interpellant le spectateur par l’efficacité d’une écriture filmique libre, faite de ruptures.

Le film vu par Gabriela Trujillo (22’). Interrogée en décembre 2023 par Maxime Werner, l’historienne du cinéma rappelle que sortirent en 1964, l’année du coup d’état militaire, trois films proches dans leur thématique, Os Fuzis de Ruy Guerra, Vidas secas de Nelson Pereira dos Santos et Le Dieu noir et le diable blond. Si ce n’est pas un film à clés, il a un ancrage historique, une identité brésilienne qui a inspiré le Cinema Novo. Le thème de sous-développement économique, entretenant la pauvreté, a été exploité dans les années 60 par les cinéastes de toute l’Amérique Latine qui pensaient que le cinéma pourrait susciter une révolte. Elle éclaire certains personnages secondaires, Corisco, Rosa, l’épouse de Manuel et Dadá, celle de Corisco, Júlio, le chanteur aveugle qui raconte l’histoire et « provoque le destin pour faire avancer le récit ».

Rencontre avec Paloma Rocha et Lino Meireles (2023, 9’, en portugais, sous-titré), la fille du cinéaste et le producteur de la restauration du film. La première édition DVD de 2002 était affectée par de nombreux défauts. La restauration de 2021, entièrement réalisée au Brésil, essentiellement à partir du négatif original, a abouti à une résolution supérieure à celle qu’avait le film à sa sortie en 1964. Paloma Rocha, la fille aînée du réalisateur, a lancé, dès 2000, la restauration de tous les films de Glauber Rocha, la collecte et la numérisation de ses écrits (plus de 22 000 pages), de photographies, de dessins.

Le Dieu noir et le diable blond

Image - 4,0 / 5

L’image, au ratio de 1.37:1, encodée au standard 1080p AVC, stable, très propre, lumineuse, fortement contrastée avec des noirs denses, révèle un fort lissage du grain, avec un indéniable gain de piqué, surprenant même. Un résultat qui pourra satisfaire certains, mais obtenu au prix d’une dénaturation de la texture originelle, immédiatement perceptible à l’aspect cireux des visages en gros plan.

Le Dieu noir et le diable blond

Son - 4,0 / 5

Le son mono d’origine, réencodé au standard DTS-HD Master Audio 2.0 mono, très propre lui aussi, presque sans souffle, restitue clairement les dialogues et les chants du narrateur et donne une belle présence à la musique avec quelques saturations limitées aux passages forte.

Crédits images : © Banco Nacional de Minas Gerais, Copacabana Filmes, Luiz Augusto Mendes Produções Cinematográficas

Configuration de test
  • Vidéo projecteur SONY VPL-VW790ES
  • Sony UBP-X800M2
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

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Philippe Gautreau
Le 23 avril 2024
Glauber Rocha voyait le cinéma comme un moyen de rappeler les maux de la société, la misère et l’injustice, de faire prendre conscience au spectateur que la réponse ne peut être donnée ni par la religion, ni par la violence. Un message clairement envoyé par ce film, un de ses chefs-d’œuvre.

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