Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps (1988) : le test complet du DVD

Réalisé par Marcel Ophüls

Édité par L'Atelier d'Images

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Le 16/06/2016
Critique

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps

Klaus Barbie, le « boucher de Lyon », le chef de la Gestapo, finira par rendre compte de ses crimes, notamment de la déportation de centaines de juifs, après plus de quarante ans d’impunité.

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps valut à son réalisateur, le documentariste Marcel Ophüls, l’Oscar du meilleur documentaire en 1988. Fils de Max Ophüls, il avait commencé à se faire connaître pour sa participation au film à sketches L’Amour à 20 ans (volet Munich) et, surtout, pour Le Chagrin et la pitié, un documentaire centré sur la collaboration avec l’occupant allemand à Clermont-Ferrand, réalisé en 1969, mais qui dut attendre 1981 pour commencer à être diffusé par la télévision publique.

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps, d’une durée de 4h15, est surtout composé d’entretiens avec près d’une centaine de personnes, témoins ou acteurs des événements passés en revue, principalement ceux qui se déroulèrent pendant l’affectation de Klaus Barbie aux fonctions de chef de la Gestapo à Lyon. Ces entretiens sont menés par Marcel Ophüls, présent dans le cadre, de dos ou de face, poussant les interlocuteurs les plus réticents à parler où à s’enfermer dans d’éloquents silences. Assez souvent, il se laisse aller à émettre d’inutiles jugements catégoriques sur le comportement de tel ou tel, au risque d’entacher l’objectivité qu’on attend d’un documentaire, un genre dans lequel le réalisateur s’éclipse le plus souvent.

S’ajoutent aux entretiens, en anglais, en allemand et en français, trois langues que maîtrise parfaitement Marcel Ophüls, des archives filmées couvrant la période allant de l’accession au pouvoir du NSDAP en 1933 jusqu’au procès, à Lyon. Défendu par Jacques Vergès, Klaus Barbie, au terme de neuf semaines d’audience, le 4 juillet 1987, fut condamné à un emprisonnement à vie dans la prison Saint Joseph où il mourra d’un cancer le 25 septembre 1991.

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps

Le film fait revivre la traque de Klaus Barbie, réfugié en Amérique Latine sous le nom de Klaus Altmann grâce à l’aide de la CIC, les services de renseignement des USA, séduits par l’anticommunisme viscéral du personnage. Avant de se réfugier au Pérou pour échapper aux recherches, Klaus Barbie s’était établi en Bolivie où il a activement aidé la dictature à museler la contestation avant de diriger une société de transport maritime.

Le documentaire souligne avec insistance l’inflexibilité de celui qui fut surnommé « le boucher de Lyon », pour sa participation active aux séances de torture de celles et ceux qu’il fallait faire parler, avec la révélation d’horribles détails. Jamais il n’a exprimé le moindre regret de ses actes, jamais il n’a esquissé la moindre remise en cause du bien-fondé de ses convictions. Pendant son procès, il répétait : « Je suis juridiquement absent ; je n’ai rien à dire. »

Les transitions, en contraste délibéré avec la gravité du sujet, sont assurées par des chants traditionnels guillerets interprétés par des choeurs d’enfants, principalement Wandern ist des Müllers Lust, dont Franz Schubert reprit les paroles pour le premier Lied de son cycle Die schöne Müllerin.

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps, encore indisponible sur DVD, vient enfin s’ajouter à toute une série de documentaires et montages d’archives sur la seconde guerre mondiale dont il se distingue par sa propre charge affective.

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps

Technique - 7,5 / 10

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps (255 minutes) tient sur deux DVD-9. Trois langues sont utilisées pour les entretiens, l’anglais, l’allemand et le français, avec sous-titres français optionnels, au format audio Dolby Digital 2.0 mono.

En supplément, sur le deuxième disque, Le procès de Klaus Barbie (19’) par Isabelle Davion, maître de conférences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, spécialement produit par L’Atelier d’Images. L’alerte de l’opinion publique par Karl et Beate Klarsfeld a été décisive pour l’extradition par la Bolivie de Klaus Barbie, aussi facilitée par le versement au régime en place d’une forte somme d’argent. Déjà condamné par contumace pour crimes de guerre, il fut inculpé pour crimes contre l’humanité, sur trois principaux chefs d’accusation : la rafle de la rue Sainte Catherine le 9 février 1943 (86 victimes), la rafle des enfants d’Izieu le 6 avril 1944 (44 victimes) et l’organisation du dernier convoi de déportés le 11 août 1944 (650 victimes, dont 308 juifs). Tout le temps écoulé entre les faits et le procès, plus de quarante ans, a aidé l’opinion à prendre conscience de la gravité des crimes commis. La défense de Jacques Vergès s’est organisée sur deux moyens de droit : contester l’authenticité des rares preuves écrites et faire valoir que Klaus Barbie n’avait rien fait d’autre qu’exécuter des ordres supérieurs. Pour aider les jurés à répondre à cette tentative de déculpabilisation, le procureur Pierre Truche a posé les deux questions essentielles : « Klaus Barbie pouvait-il faire plus ? Klaus Barbie pouvait-il faire moins ? »

Cet entretien, d’une grande précision et d’une grande clarté, fournit une utile conclusion au film, sans redondances. Une réussite !

L’image (1.33:1) doit être analysée selon ses sources. Celle des entretiens est propre, mais avec des couleurs passées, dans une dominante ambrée et un léger bruit vidéo surtout discernable sur les grandes surfaces unies. Les images d’archives (en noir et blanc, coloriées ou en couleurs) sont d’une qualité plus variable, mais toujours acceptable.

Le son Dolby Digital 2.0 mono restitue clairement tous les entretiens et l’accompagnement musical.

Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps

Crédits images : © The Samuel Goldwyn Company, The Memory Pictures Company

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
7,5 / 10
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Philippe Gautreau
Le 16 juin 2016
Hôtel Terminus - Klaus Barbie, sa vie et son temps, encore inédit sur DVD, vient s’ajouter à la liste des documentaires les plus importants sur la deuxième guerre mondiale. Il fait revivre, pendant plus de quatre heures, les heures sombres de l’occupation allemande à Lyon.

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