Tell Me Lies (1968) : le test complet du DVD

Version Restaurée

Réalisé par Peter Brook
Avec Mark Jones, Pauline Munro et Eric Allan

Édité par Blaq Out

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Le 24/04/2014
Critique

Au coeur du Swinging London de 1968, au croisement de la Beat Generation de Ginsberg, des Black Panthers et de la contre-culture pop, trois jeunes anglais, horrifiés par la photo d’un enfant vietnamien blessé, essaient de comprendre la spirale de la violence de la guerre du Viêt Nam et de surmonter leur sensation d’impuissance… À travers chansons, témoignages et manifestations publiques, Peter Brook signe une de ses plus grandes oeuvres : un film satirique d’une ironie dévastatrice sur l’absurdité de la guerre.

« J’ai une méfiance absolue envers l’engagement politique, quand il est simpliste, où tout est noir ou blanc. Au contraire, le vrai engagement est de pénétrer dans toutes les couches de gris. » Peter Brook.

Tell me Lies est un film clé car sans doute le premier à parler ouvertement de la guerre du Viêt Nam. Inspiré par une pièce de théâtre qu’il avait montée en 1966 (« US »), réalisé en 1968 par l’immense Peter Brook, Tell me Lies a connu une sortie mouvementée durant le vent de révolte et de rébellion qui soufflait alors des deux côtés de l’Atlantique, et est demeuré quasiment invisible jusqu’en 2012. Aujourd’hui restauré par la Fondation Groupama Gan Pour le Cinéma et la Fondation Technicolor pour le Patrimoine du Cinéma, nous redécouvrons aujourd’hui cette oeuvre militant (mais pas que) contre le chaos engendré par la guerre du Viêt Nam.

Considéré jusqu’alors comme perdu, le cinquième - et le plus personnel - long métrage de Peter Brook renaît donc de ses cendres et n’a rien perdu de sa force, bien au contraire. On reste médusé par la puissance évocatrice des images, des partis pris, par la liberté avec laquelle le cinéaste étale la vérité toute nue par le biais d’images fortes, mais aussi par un ton sarcastique, cynique et même - comme dirait Jacques Demy - « en chanté » avec quelques parties chantées, à l’instar du « Tell me Lies about Vietnam » qui ouvre le film tout en résumant son catalyseur.

Didactique sans jamais être pesant, passionnant, virtuose et même divertissant dans son approche, Tell me Lies, tourné dans l’urgence durant l’été 1967 à Londres, remet en cause toutes les justifications qui existent alors concernant la « raison d’être » de ce conflit. A mi-chemin entre le fil fragile de la fiction et du documentaire, Tell me Lies emporte le spectateur dans le vent de contestation au sein même de la jeunesse Swinging London et du mouvement Peace & Love, en usant de personnages qui n’auront de cesse de manifester, lancer le débat, provoquer.

Aujourd’hui, ce chef d’oeuvre de Peter Brook ne cesse de faire écho aux évènements et conflits contemporains, ce qui prouve que ce film-brûlot n’a pas pris une seule ride.

Généralités - 4,0 / 5

L’éditeur soigne une fois de plus le service après-vente. Le DVD repose dans un très beau slim-digipack reprenant le visuel de l’affiche concocté pour la sortie du film dans les salles en octobre 2012. Il en est de même pour le menu principal, fixe et musical.

Bonus - 4,0 / 5

Ne manquez surtout pas l’entretien avec Peter Brook (31’). L’immense metteur en scène, acteur, réalisateur et écrivain britannique revient (en français) sur sa découverte du cinéma et du théâtre, ses débuts artistiques (chaotiques). Puis, notre interlocuteur parle de ce qui fait de Tell me Lies un film personnel, peut-être le plus libre qu’il ait jamais réalisé et celui pour lequel il a le plus d’affection. La genèse, les partis pris, le fond et la forme du film, la présentation avortée de Tell me Lies au Festival de Cannes de 1968 (stoppé en raison des événements) sont abordés avec élégance et une passion toujours aussi contagieuse.

Tell me Lies est un film qui revient de loin et nous assistons ici à une véritable résurrection. Pour faire le point sur cette odyssée, l’éditeur donne la parole à Séverine Wemaere (déléguée générale de la Fondation Technicolor) et Gilles Duval (délégué général de la Fondation Groupama Gan pour le Cinéma). Durant vingt minutes, les deux collaborateurs reviennent sur chacune des étapes ayant conduit à la superbe copie de Tell me Lies que nous avons entre les mains. En 2010, par l’intermédiaire de Jean-Claude Carrière, Peter Brook contactait les Fondations Technicolor et Groupama Gan : il les connaissait depuis le chantier des films de Pierre Etaix. Brook souhaitait retrouver la trace d’un de ses films, tourné en 1967 et sorti en 1968, Tell me Lies, et voir s’il était possible de le restaurer. Il ne lui restait plus qu’une copie 35mm déjà bien abîmée et, qui plus est, avec une scène manquante.

Au terme de recherches dans les laboratoires et archives, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, certains éléments ont pu être localisés, puis tous les éléments du film qui allaient enfin permettre d’envisager une restauration complète du film. Il manquait encore cette scène à laquelle Peter Brook tenait tant. Elle fut finalement retrouvée et les travaux lancés. La sortie du film Tell me Lies était un vrai mystère. Peter Brook avait indiqué quelques pistes à l’équipe de restauration, mais qui demeuraient assez floues. Menant plusieurs projets de front en 1968, il avait peu suivi le parcours du film. Au terme de recherches, il s’avéra que le film était sorti le 14 février 1968 à New York puis dans trois villes américaines (dont Los Angeles en 1969) et le 15 février à Londres.

Sans que Peter Brook ne soit mis au courant, Tell me Lies avait bien été en Sélection officielle à la Mostra de Venise, et de surcroît avait reçu une mention spéciale du jury ainsi que le prix Buñuel, prix de la critique. En France, le film n’est jamais sorti et n’a jamais été enregistré, malgré une projection unique du film au festival de Royan en avril 1968.

L’interactivité se clôt sur la bande-annonce.

Image - 4,5 / 5

Pour en savoir plus sur la résurrection du chef d’oeuvre de Peter Brook, reportez-vous à la dissection du deuxième module de l’interactivité. Nous rajouterons seulement que Tell me Lies a été restauré en HD en 2012 sous la supervision du réalisateur et à partir d’un internégatif retrouvé au BFI. C’est peu dire qu’on reste abasourdi par la définition de cette édition SD (au format 1.66) qui restitue formidablement les partis-pris esthétiques originaux, sans jamais les dénaturer, mais en les sublimant. Aucune griffure n’a survécu au scalpel numérique, la propreté de la copie est sensationnelle, le N&B dense à souhait, la partie en couleur étincelante. Certes le piqué n’égale pas celui d’une édition HD, mais les détails sont omniprésents aux quatre coins du cadre, les contrastes sont concis, les scènes extérieures lumineuses et les gros plans impressionnent par leur minutie. Hormis de sensibles artefacts de la compression sur quelques plans rapides, ainsi que des fourmillements subliminaux, la précision est de taille, la stabilité de mise et montre que le DVD a encore de beaux jours devant lui. Un lifting de premier ordre !

Son - 4,0 / 5

La piste anglaise Dolby Stéréo 2.0 parvient sans mal à créer un large confort acoustique. La clarté des dialogues et des chansons demeure constante, la balance frontale est également à l’avenant, les ambiances naturelles restent palpables tout du long et la propreté est tout simplement sidérante. Riche et dense, ce mixage laisse également beaucoup de place à la musique. Les sous-titres français destinés au public sourd et malentendant sont également disponibles.

Crédits images : © Brook Productions

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Sony LCD Bravia KDL-32W5710
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Pioneer VSX-520
  • Kit enceintes/caisson Mosscade (configuration 5.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 81 cm

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