Goha + La poupée + Dragées au poivre : 3 films de Jacques Baratier (1959) : le test complet du DVD

Réalisé par Jacques Baratier
Avec Omar Sharif, Daniel Emilfork et Zina Bouzaïne

Édité par Les Films du Paradoxe

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Le 19/12/2014
Critique

- Goha : Goha, le seul garçon d’une nombreuse fratrie, un peu simplet, fait le désespoir de son père. Au lieu de préparer son avenir, il préfère butiner la vie, attraper au vol les petits plaisirs qui s’offrent à lui et conter fleurette aux jolies filles.

- La Poupée : En Amérique Latine, des agitateurs fomentent un complot visant à renverser un dictateur. Un double de sa maîtresse est créé par un savant.

- Dragées au poivre : une escouade de photographes amateurs armés de caméras super 8 ou 16mm parcourt les rues de Paris pour recueillir l’opinion des passants sur le cinéma-vérité et d’autres sujets de société.

Jacques Baratier tourne en Tunisie son premier long métrage, Goha en deux versions (1.33, couleurs), une version tunisienne en arabe (94’), et une version plus courte (79’) dialoguée en français. Le rôle-titre de ce conte oriental est tenu par Omar Sharif (Omar Chérif au générique), alors âgé de 26 ans, trois ans avant que le film Lawrence d’Arabie ne lui assure une renommée internationale. Malgré ses atouts : la verve d’Omar Sharif, les extérieurs filmés à Hammamet, Tunis, Ras El Djebel et Djerba, la photo de Jean Bourgoin et la musique de Maurice Ohana, Goha, par manque de tension dramatique, apparaît comme une succession un peu longuette de tableaux. À l’affiche, une inconnue d’à peine 19 ans fait sa première apparition devant la caméra : Claudia Cardinale.

La Poupée (2.35, couleurs, 90’) est l’adaptation d’un roman de Jacques Audiberti, qui signa aussi le scénario du film (il en tirera, quelques années plus tard, une comédie en six tableaux). Figurent dans la distribution Zbigniew Cybulski, Sacha Pitoëff et deux acteurs familiers du cinéma de Jacques Baratier : Jacques Dufilho dans la peau d’un Indien chantant d’une voix aigrelette en roulant les « r » et Daniel Emilfork. Dans le rôle de La Poupée, Sonne Teal, le premier travesti, sauf erreur, apparaissant à l’écran. Jacques Baratier donne, dans des décors de théâtre, une vision surréaliste d’une société hétéroclite à laquelle se mêlent des mannequins. Cette fable délirante, accompagnée d’une musique burlesque composée par Joseph Kosma, prend parfois des allures de comédie musicale. Elle fascine par la composition des cadres et une débauche de couleurs vives qui jaillissent, le plus souvent, d’un fond noir.

Finies les couleurs : retour au noir et blanc pour Dragées au poivre (1.33, 90’), une suite surréaliste de sketches qui nous transporte d’une salle de gym dirigée par un Jacques Dufilho en pleine forme jusqu’au Bois de Boulogne où des gardes républicains ont organisé une chasse aux prostituées qu’ils rabattent dans leurs filets. Dans un parc, la conversation entre deux nounous assez particulières, interprétées par François Périer et Jean Richard, laisse imaginer le pire sur l’état des bébés cachés au fond des landaus. La caméra est partout, en haut des arbres, sous la douche, entre les jambes ou dans le dos des cinéastes improvisés qui vont jusqu’à épier… des voyeurs « dont le travail à l’oeil est le rayon » ! Jacques Baratier a réussi à inviter dans cette parodie de la nouvelle vague une belle brochette d’acteurs : Guy Bedos et Sophie Daumier, Jean-Paul Belmondo, Claude Brasseur, Anna Karina, Roger Vadim, Marina Vlady, Georges Wilson, Monica Vitti et bien d’autres encore. Musique et danse ont aussi trouvé leur place, notamment dans un pastiche de West Side Story.

Les Films du Paradoxe ajoutent à un catalogue riche de plus de 300 documentaires et fictions, la toute première édition sur DVD de films de Jacques Baratier, après celle de La Ville bidon, sortie en 2011.

Technique - 7 / 10

Les trois DVD aux couleurs vives qu’aurait appréciées le réalisateur, sont proposés, sur fond d’affiches, dans un digipack noir avec, en couverture, une photo de plateau de Jacques Baratier et La Poupée. À l’intérieur, une courte biographie du cinéaste.

En supplément de Dragées au poivre, un intéressant Portrait de mon père, Jacques Baratier (précédemment édité en 2011) par Diane Baratier, sa fille, qui fut chef op’ de sept longs métrages d’Éric Rohmer. Elle nous fait entrer pendant une heure dans l’intimité du réalisateur « venu par accident au cinéma » qui ne peut s’empêcher de tenter d’imposer sa mise en scène de l’entretien. Ses souvenirs nous ramènent au Saint Germain des Prés des années 50 pendant le tournage de son premier film, Désordre, dans lequel apparaissent Jean Cocteau, Boris Vian, Jean Genêt, Alexandre Astruc et bien d’autres. Il nous dit son admiration pour René Clair et ses réserves envers la Nouvelle Vague dont il juge le cinéma trop peu construit. Sa profession de foi éclaire son oeuvre : « Le cinéma, pour moi, c’est un peu la recherche de quelque chose qui n’est pas purement raisonnable ou rationnel. » Quelques extraits de films viennent en contrepoint de l’entretien.

L’image de Goha et de La Poupée étale des couleurs dans l’ensemble très fraîches, bien saturées et des noirs assez denses (un peu moins dans Goha). Les tons de peau, instables, peuvent occasionnellement virer au rouge brique. L’image de Dragées au poivre, propre, apparaît surexposée et un manque de contraste rend les noirs poreux.

Le son de Goha (Dolby Digital 1.0) propre, avec très peu de souffle ou de saturation, restitue clairement dialogues et accompagnement musical. Même constat pour le son de La Poupée (DD 2.0), à peine affecté par quelques craquements. On relève pour le son de Dragées au poivre un ronflement qui peut être assez prononcé et des dialogues un peu étouffés, sans que leur compréhension en soit sérieusement gênée.

Crédits images : © Les Films du Paradoxe

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 19 décembre 2014
La toute première édition sur DVD de films de Jacques Baratier, après celle de La Ville bidon, sortie en 2011.

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