Full Frontal (2002) : le test complet du DVD

Réalisé par Steven Soderbergh
Avec David Duchovny, Nicky Katt et Catherine Keener

Édité par TF1 Studio

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Le 02/02/2005
Critique

À Los Angeles, sept personnages évoluent devant la caméra pendant une journée tournage du film « Rendez-vous »…
Full frontal, dont on nous dit qu’il suit un scénario rigoureusement construit, peut être vu comme un test de la résistance du spectateur à l’ennui. On sait rarement où on en est, tant il est facile de se perdre dans un scénario décousu (au sens littéral du terme, sans aucun… fil directeur). On ne sait pas, non plus, où l’on va, si ce n’est que cette bien looooonnnngue journée doit se clôturer par le dîner d’anniversaire de Gus, le producteur, qui tarde terriblement à venir. Sous le prétexte de stigmatiser les travers de l’industrie du cinéma hollywoodien, les acteurs (une belle brochette de stars réunies pour l’occasion, certaines aussi furtives que des étoiles… filantes !) vont et viennent, papotent, passent du coq à l’âne, disparaissent et réapparaissent. Un des rares « moments forts » est l’overdose du chien qui a croqué les biscuits de sa maîtresse, enrichis… au haschich !

Voilà pour le fond.

La forme, quant à elle, fournit une des pires illustrations du « dogme » dont la mode, qu’on espère éphémère, a été lancée par nos amis Danois. La quasi-totalité du film est tourné avec une caméra numérique (modèle Canon XL-18, paraît-il), le plus souvent en une seule prise et sans répétitions. La laideur de l’image (fourmillement, absence étalonnage de couleurs, mouvements de caméras hasardeux, sauts d’images manifestement voulus) est renforcée (on n’ose pas dire : mise en valeur !) par quelques « bouts » tournés en 35mm, avec un éclairage décent.
Steven Soderbergh, dans un des suppléments, dit que Full Frontal est son film le plus audacieux, le plus expérimental. Le produit fini confirme que dans toute expérimentation il reste, inévitablement, une part d’aléas ; mais il dément aussi l’adage selon lequel l’audace est toujours récompensée.
Heureusement pour nous (et pour lui !), Steven Soderbergh a, avant ce film, suffisamment offert pour se faire pardonner, avec Sexe, mensonges et vidéo (1989), L’Anglais (1999), Erin Brockovich et Ocean’s Eleven, tous deux réalisés en 2000. Si tous ces films, et quelques autres, sont disponibles en DVD, manque encore au catalogue, de la zone 2 comme de la zone 1, l’attachant King of the hill, réalisé en 1993.

Généralités - 1,5 / 5

L’image est épouvantable, le son à peine acceptable. Les suppléments sont généreux. Mais il n’y a pas de miracle : s’efforçant à démontrer les qualités du film, ils ne peuvent pas être plus passionnants que le film lui-même. Les menus sont minimalistes, fixes (à l’exception d’un globe terrestre pivotant sur son axe dans le menu général des suppléments), et d’un graphisme assez grossier.
Découpage en 15 chapitres (sur 3 pages), repérés par vignettes et intitulés. Pour le film, choix entre deux versions audio (version originale en anglais et version doublée en français) toutes deux au format dolby digital 5.1 (bien qu’il n’y paraisse pas vraiment pas à la lecture !). On ne peut pas changer de version audio sans repasser par le menu. Les sous-titres français sont, fâcheusement, imposés. Les suppléments, en format 1.33 (ou 1.85, non anamorphique) sont en version originale sous-titrée.

Bonus - 2,5 / 5

La quantité ne suffit pas à compenser la qualité.
Commentaires du réalisateur en VOST.
Pas moins de 16 scènes coupées totalisant une vingtaine de minutes au format 1.85 non anamorphique, commentées par les acteurs :
1. estomac maltraité (48”)
2. en voiture (55”)
3. rêve de masseuse (1’19”)
4. haleine fraîche (39”)
5. Hitler danse le hip-hop (1’41”)
6. la lettre n’a aucun sens (50”)
7. un slow avec Hitler (33”)
8. Francesca rencontre Sam (38”)
9. Linda au volant (22”)
10. les jeunes m’inspirent (52”)
11. Lee arrive à l’hôtel (54”)
12. énervement (12”)
13. acteurs jouant les acteurs (1’41”)
14. entre sex-shop et chien défoncé (2’36”)
15. quoi de neuf ? (56”)
16. sur le vif (28”)
Bande-annonce en VF (1.85, non anamorphique, 39 ») et lien internet vers le site de TF1-Vidéo.
Dans son entretien, Steven Soberbergh (1.33, VOST, 7’07”) s’efforce de justifier ses choix pour Full frontal, qu’il prétend être une « version actualisée » de Sex, lies and videotape. Il reconnaît que l’accueil de la critique et du public n’a pas été à la hauteur de ses espérances, mais rappelle que le film n’a coûté que deux millions de dollars…
La dernière partie, intitulée « Les 10 règles », contient :
1. un avis aux acteurs (tout juste lisible). En résumé, il ne profiteront d’aucun des fastes que leur réserve habituellement Hollywood : pas de maquilleuse, pas de coiffeur, pas de costumière, pas de roulotte confortable pour se détendre entre deux scènes… Ils sont même invités à se rendre sur les lieux du tournage par leurs propres moyens, quoique… on puisse mettre, exceptionnellement, une voiture avec chauffeur à leur disposition (ouf !).
2. À propos des 10 règles, ou les commentaires du réalisateur sur les 10 règles qu’il a imposées aux acteurs (4/3, VOST, 2’07”)
3. une illustration de la règle n° 7 (l’improvisation sera la bienvenue), par quatre interviews d’acteurs au format 1.33, VOST :
- Julia Roberts, sympa, mais qui n’a pas grand-chose à dire (9’18”)
- Blair Underwood, sympa lui aussi, mais pas passionnant (9’56”)
- Catherine Keener, un peu moins superficielle que les deux précédents (10’21”)
- David Hyde Pierce, enfin, le propriétaire du chien malade (9’48”)
Tous s’évertuent à tenter de nous persuader des mérites de Full frontal et à nous dire combien, comme le stipulait l’une des dix règles, il se sont amusés comme des fous pendant le tournage. Vraiment dommage qu’on éprouve pas le même amusement au visionnage !

Image - 0,5 / 5

L’image recule les limites de la laideur. Je n’ai encore rien vu de pire, si ce n’est celle de The Unknown - Origine inconnue de Michael Hjorth (2000), également distribué par TF1 Vidéo. Le fourmillement, incessant, varie en fonction de l’éclairage, jusqu’à évoquer le grouillement de bactéries filmées en accéléré sous microscope électronique !
Il faut aussi compter avec l’alternance d’une dominante bleue et d’une dominante orangée, suivant le type d’éclairage ambiant.
L’encodage n’est certainement pas à blâmer : comment faire autrement avec un master aussi bâclé ?

Son - 1,0 / 5

Le son est à la limite de l’acceptable, là encore en raison des conditions de tournage : prise directe, dans des lieux naturels, sans souci pour le bruit ambiant. On parierait pour un son mono si l’illustration musicale n’enveloppait pas furtivement l’espace. Les rares fois où les enceintes arrières sont timidement sollicitées par les voix, c’est sans grande cohérence avec l’image. De plus, les voix sont étouffées. Pas mieux avec la VF, sauf un doublage « gnangnan » (je recommande, en particulier, celui de Julia Roberts).

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic 36PG50F 16/9 82 cm
  • Philips 957
  • Panasonic 36PG50F
  • Enceintes frontales Energy XL-16B, arrières Sony SS-SR15, Caisson de graves Pioneer S-W150-S