René Clément - Les années thriller : La Course du lièvre à travers les champs + La Maison sous les arbres + Le Passager de la pluie : le test complet du DVD

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Réalisé par René Clément
Avec Charles Bronson, Marlène Jobert et Faye Dunaway

Édité par Tamasa Diffusion

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Le 16/01/2018
Critique

René Clément - Les années thriller

Le Passager de la pluie (1970, 113 minutes, 1.85:1, couleurs). Un soir, un inconnu surprend Mélancolie Mau, dite Mellie, seule chez elle et la viole. Folle de terreur, elle le tue et se débarrasse du cadavre. Mais peu de temps après, un mystérieux Américain, Harry Dobbs, lui demande d’avouer le meurtre de l’inconnu, ce qu’elle s’obstine à refuser…

La Maison sous les arbres (1971, 93 minutes, 1.85:1, couleurs). Une famille américaine, Phil, Jill, et leurs deux enfants, s’est établie à Paris. Le couple traverse une zone de turbulences qui atteint son comble lorsque les enfants sont kidnappés. Il semble que le passé d’espion industriel de Phil ne soit pas étranger à ces événements…

La Course du lièvre à travers les champs (1972, 135 minutes, 1.66:1, couleurs). Pour échapper aux Gitans qui le traquent, Tony a fui la France pour se réfugier à Montréal. Là, il est témoin d’un règlement de comptes entre truands. Ces derniers l’enlèvent, d’abord dans l’intention de le supprimer, mais, peu à peu, l’intègrent à leur bande.

René Clément - Les années thriller regroupe trois films tournés après l’échec commercial de la superproduction Paris brûle-t-il ? et sortis entre janvier 1970 et septembre 1972, les derniers qu’il réalisera avant son ultime oeuvre, La Baby sitter, sortie en 1975, avec Maria Schneider et Robert Vaughn.

La Maison sous les arbres, encore inédit en vidéo en France, avait été édité sur DVD au Royaume Uni par StudioCanal en 2013 sous le titre The Deadly Trap. La principale faiblesse du film tient au scénario de Sidney Buchman, écrit à partir d’une adaptation par Daniel Boulanger et René Clément d’un roman intitulé The Children Are Gone d’un certain Arthur Cavanaugh. La beauté de la photo et du montage s’impose dans les premières scènes sur une péniche qui rejoint la Seine au canal de l’Ourcq, en passant dans le tunnel sous la Bastille dans la brume d’un matin d’hiver. À noter la richesse de la distribution, avec Faye Dunaway en tête qui enchaîne les succès avec les plus grands réalisateurs, Norman Jewison pour L’Affaire Thomas Crown, Elia Kazan pour L’Arrangement, Jerry Schatzberg pour Portrait d’une enfant déchue (Puzzle of a Downfall Child) et Arthur Penn pour Bonnie & Clyde et Little Big Man. Lui donne la réplique Frank Langella dans un de ses premiers grands rôles (sans compter deux courtes apparitions de Maurice Ronet de Patrick Dewaere, trois ans avant que Bertrand Blier ne le révèle au grand public avec Les Valseuses). La sécheresse du scénario ne donne malheureusement aucune épaisseur aux personnages et fait traîner un récit affecté par des trous et des invraisemblances. Et pourtant, Faye Dunaway n’avait pas souvent été aussi bien photographiée…

René Clément - Les années thriller

Les deux autres films s’appuient sur un scénario de Sébastien Japrisot. La Course du lièvre à travers les champs sur son adaptation d’un roman de David Goodis qui venait d’être publié, Black Friday, Le Passager de la pluie sur son scénario original.

La Course du lièvre à travers les champs souffre d’un manque de rythme, avec plusieurs passages à vide et des invraisemblances ressenties comme des ruptures dans le récit. On peut aussi épingler un certain laxisme dans la direction des acteurs, autant pour Robert Ryan que pour Jean-Louis Trintignant, moins pour Lea Massari qui réussit à tirer son épingle du jeu. On peut aussi être agacé par l’accent américain du doublage en français de certains acteurs, mais pas tous, curieusement. Une petite curiosité : on peut reconnaître, à la fin de la première scène, au milieu d’un petit groupe d’enfants, Emmanuelle Béart pour sa toute première apparition sur un écran. La conception de La Course du lièvre à travers les champs a été marquée par des relations tendues entre René Clément et Sébastien Japrisot qui a voulu contrôler le tournage et s’est opposé à des simplifications du scénario suggérées par le réalisateur.

Le meilleur des trois films est, sans conteste, Le Passager de la pluie, un curieux assemblage de thriller, de policier, de drame, de comédie et de romance. L’enquête sur la mort du violeur et la recherche du sac rouge qu’il portait cèdent assez vite le terrain aux relations équivoques qui se tissent entre Dobbs et Mellie. Le public français connaissait Richard Bronson, vedette aux USA, pour l’avoir vu avec Alain Delon dans Adieu l’ami (Jean Herman, 1968, sur un autre scénario de Sébastien Japrisot) et surtout dans Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone (sorti dans nos salles en 1969).

René Clément - Les années thriller

Alexandre le bienheureux venait d’assurer la renommée de Marlène Jobert après des débuts prometteurs à la télévision, notamment dans la série Les chevaliers du ciel (Série) créée par François Villiers. Les deux acteurs réussissent à communiquer l’ambiguïté des relations entre les deux personnages, l’homme dominateur qui semble pouvoir lire les pensées de Mellie, la femme-enfant. Tous deux s’engagent dans un jeu du chat et de la souris délicieusement pervers qui fait l’attrait essentiel du film, bien qu’un dénouement trop prosaïque gâche un peu le plaisir. Le Passager de la pluie est aussi un hommage à Alfred Hitchcock, avec un clin d’oeil appuyé : le violeur s’appelle MacCuffin, un nom qu’avait inventé le « maître du suspense » pour désigner un élément sans réelle importance servant de prétexte au développement du scénario. Le Passager de la pluie, salué par le Golden Globe du meilleur film étranger eut un grand succès hors de nos frontières, où il est encore régulièrement visible, et en France, avec 4,5 millions d’entrées.

Si René Clément - Les années thriller ne contient pas les meilleurs films de René Clément, la réédition par Tamasa de deux d’entre eux, Le Passager de la pluie et La Course du lièvre à travers les champs, disparus des catalogues et la sortie d’un inédit, très peu connu, La Maison sous les arbres, est un hommage mérité à l’un de nos grands cinéastes. Le soulèvement de la Nouvelle vague a injustement couvert d’ombre un grand talent classique, créateur d’un chef-d’oeuvre universel du cinéma, Jeux interdits et du remarquable Plein Soleil, une des meilleures adaptations de The Talented Mr. Ripley de Patricia Highsmith. Il contribua aussi, en tant que conseiller technique, à un autre fleuron de notre patrimoine, La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

René Clément - Les années thriller

Généralités - 2,5 / 5

René Clément - Les années thriller se présentent sur trois DVD-9 logés dans trois boîtiers glissés dans un étui épais de 45 mm, alors qu’ils auraient pu tenir dans un boîtier de 14 mm.

Les menus proposent tous les films dans leur version originale, le français pour La Course du lièvre à travers les champs et Le Passager de la pluie (avec, pour ce dernier des sous-titres français automatiques pour les rares dialogues en anglais), l’anglais pour La Maison sous les arbres (sous-titres optionnels), avec le choix d’un doublage en français. Les trois films sont au format audio Dolby Digital 1.0.

Bonus - 4,5 / 5

Avec La Course du lièvre à travers les champs, Retour à l’enfance, seconde partie (inédit, 22’) : Jean-Marie David-Lerbet, auteur d’un dossier Sébastien Japrisot, vie et oeuvre, livre ses impressions sur La Course du lièvre à travers les champs et Le Passager de la pluie, tous deux sur un scénario de Sébastien Japrisot (inspiré par Lewis Carroll dont une citation figure en exergue des deux films). Ils évoquent, par des flashbacks, l’enfance des personnages. Le scénariste a pris, pour La Course du lièvre à travers les champs, beaucoup de libertés dans son adaptation du roman de David Goodis…

Avec Le Passager de la pluie, À propos de Bronson (2003, 17’) : Philippe Sitbon évoque le caractère monolithique de l’acteur, souligne que la confrontation entre les deux personnages opposés interprétés par Marlène Jobert et Richard Bronson est la vraie matière du film. René Clément a su exploiter la nature essentiellement physique de l’acteur, archétype qui sera reproduit par Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger… Puis, René Clément tourne (2003, 10’). Léonard Keigel (son assistant pour Jeux interdits, Monsieur Ripois, Gervaise et Barrage contre le Pacifique) nous parle de la fascination de René Clément pour le cinéma, dès ses années à l’École des Beaux-Arts, de sa formation pratique avec Jacques Tati, de ses méthodes de travail et du thème récurrent dans sa filmographie de l’innocent confronté à l’adversité… Le cinéma de Marlène Jobert (2003, 9’). Dans cette intéressante conversation, l’actrice raconte la naissance de sa vocation pour le théâtre, sa première entrée dans le monde du cinéma dans Masculin féminin, à l’invitation de Jean-Luc Godard qui avait vu une photo d’elle dans une agence, son emploi dans L’Astragale qui a gommé l’étiquette de « petite rigolote » qu’on lui avait collée après Alexandre le bienheureux, de son rêve d’interpréter un jour une femme fatale… Pour finir, la bande-annonce et, sur déroulant, une filmographie (limitée aux longs métrages de fiction pour le grand écran) de René Clément, Marlène Jobert et Richard Bronson.

Avec La Maison sous les arbres, Retour à l’enfance, première partie (inédit, 45’), avec Denitza Bantcheva, historienne du cinéma et auteur de René Clément (éditions du Revif, 2008). Plein Soleil avait donné à René Clément une réputation internationale faisant de lui le « Hitchcock français » et un maître du film de genre avec Les Félins. Le Passager de la pluie est un bon exemple de la recherche esthétique de René Clément qui change le décor du film noir, habituellement situé dans une ville, et on y retrouve un sujet récurrent, celui de la maison-piège. Elle souligne les références du personnage de Mellie à Alice au pays des merveilles, et d’autres thèmes familiers de son oeuvre, celui de l’enfance depuis Jeux interdits, celui des faux-semblants.

Retour à l’enfance, troisième partie (inédit, 14’), toujours avec Denitza Bantcheva, centré, cette fois sur La Maison sous les arbres dont le scénario initial de René Clément et Daniel Boulanger a été, à la demande du producteur, remanié, mais pas pour le meilleur, donnant aux personnages une nature trop univoque… René Clément aurait souhaité Mia Farrow, pour l’image infantile qu’elle projetait, notamment dans Cérémonie secrète. Le film reste remarquable par la recherche du réalisateur sur les couleurs, la lumière et les jeux de miroirs… Quant à La Course du lièvre à travers les champs, moins achevé que Le Passager de la pluie, il révèle des originalités, renouvelle les codes du film noir, avec des personnages infantiles, ses clins d’oeil à la bande dessinée et son aspect « grand guignol bon enfant ».

Pour finir, une galerie de photos et d’affiches (3’).

La note des suppléments est essentiellement justifiée par l’intérêt et la clarté des deux interventions de Denitza Bantcheva.

Image - 4,0 / 5

L’image est propre, lumineuse, avec des couleurs ravivées, des contrastes fermes et des noirs denses, résultat d’une soigneuse restauration opérée en 2003 pour la précédente édition (la comparaison avec la bande-annonce du film Le Passager de la pluie permet d’apprécier l’efficacité du travail). La réduction du bruit vidéo s’est arrêtée à temps pour ne pas dénaturer la texture argentique.

L’image de La Maison sous les arbres est plus douce que celle des deux autres films : le manque de piqué, l’aspect vaporeux de certaines séquences, résulte de choix esthétiques exposés dès les premières scènes de la traversée de Paris à bord d’une péniche.

Les formats originaux sont respectés : 1.85 :1 pour Le Passager de la pluie (et non 1.66:1 comme indiqué par erreur au dos de la jaquette et de l’étui), ainsi que pour La Maison dans les arbres. Et 1.66:1 pour La Course du lièvre à travers les champs (et non 1.85:1).

Son - 4,5 / 5

Le son Dolby Digital 1.0 est, lui aussi, très propre, sans bruits parasites et avec un souffle résiduel à peine audible, mais un spectre étroit et quelques saturations occasionnelles. Les dialogues des trois films sont restitués avec clarté (pour la VO comme pour le doublage pour La Maison sous les arbres) dans un bon équilibre avec le bel accompagnement musical de Francis Lai pour Le Passager sous la pluie et La Course du lièvre à travers les champs, et celui, plus mièvre, de Gilbert Bécaud pour La Maison sous les arbres.

René Clément - Les années thriller

Crédits images :

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 16 janvier 2018
La réédition par Tamasa de deux films disparus des catalogues, Le Passager de la pluie et La Course du lièvre à travers les champs, et la sortie d’un inédit, très peu connu, La Maison sous les arbres, rendent un hommage mérité au talent classique d’un de nos grands cinéastes, auteur d’un chef-d’œuvre universel du cinéma, Jeux interdits.

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