L'Assemblée : le test complet du DVD

2017. Réalisé par Mariana Otero

Édité par Epicentre Films

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Le 13/03/2018
Critique

L'Assemblée

Le 31 mars 2016, place de la République à Paris naît le mouvement Nuit debout. Pendant plus de trois mois, des gens venus de tous horizons s’essayent avec passion à l’invention d’une nouvelle forme de démocratie. Comment parler ensemble sans parler d’une seule voix ?

L’Assemblée, présenté au festival de Cannes en 2017 et sorti dans les salles en octobre, le septième film de la documentariste Mariana Otero, fait revivre, dans toute sa durée, l’éphémère mouvement Nuit debout, né à la suite des manifestations contre le projet de loi visant à modifier le code du travail.

Garantie d’une certaine objectivité, le documentaire ne contient aucun jugement de valeur de la réalisatrice, mais seulement les interventions de manifestants qu’elle a, bien sûr, sélectionnées au montage. L’intérêt majeur du documentaire, c’est d’avoir suivi le mouvement sur toute sa durée, de son éclosion jusqu’à son extinction, quelque trois mois plus tard, par la progressive désaffection de celles et ceux qu’il avait attirés. Les critiques qui ont reproché à Mariana Otero, de ne pas avoir voulu « qu’une pensée s’articule, qu’une vision s’élève » se méprennent sur le genre de l’exercice : un documentaire n’est pas un film de propagande : il montre une réalité, mais laisse à chacun le soin de se faire son opinion.

L’Assemblée montre les débuts chaotiques, l’enthousiasme générant la confusion, puis les initiatives de certains pour introduire des règles visant à répartir le temps de parole. À commencer par la limitation à deux minutes de la durée de chaque intervention. Puis, pour éviter interruptions, brouhaha ou invectives, les adresses aux orateurs doivent se faire par une gestuelle codifiée : agiter les mains en tournant les poignets comme pour mimer la comptine « ainsi font, font, font, les petites marionnettes » pour marquer son assentiment, croiser les avant-bras, les points fermés pour signifier sa désapprobation, mouliner les avant-bras à la manière de « trois petits tours et puis s’en vont » pour signifier : « on l’a déjà dit » et, plus traditionnellement, lever le doigt pour demander à parler. Des « modérateurs » devaient veiller à l’observance de ses règles.

L'Assemblée

« Soit on vote, soit c’est un sondage, et c’est pas du tout la même chose ! »

Plus complexe, en fonction de l’hétérogénéité des participants, des points de vue, de la diversité des thèmes abordés dans une cinquantaine de commissions, allant de « démocratie » à « grève générale », fut la question de la finalité des assemblées générales qui, pour certains, devaient avoir vocation à émettre des résolutions. Et pas des moindres, puisque l’ambition, un soir où l’assemblée s’est déclarée « souveraine », est allée jusqu’à prôner la formation d’une « assemblée constituante ».

Bien que l’agacement de nombreux participants soit visible, la définition de procédures claires était pourtant une condition nécessaire pour assurer le fonctionnement d’un groupe. Les règles fixées pour l’usage du droit de parole pourraient même, selon l’avis exprimé par un universitaire dans les bonus, être le seul legs de Nuit debout. Aboutit au même constat, la question posée à une jeune femme active dans le mouvement, avec une grande lucidité, sur les limites de l’exercice : « L’autre soir, on a voté à 40, au mieux à 300 (…) alors, on va où ? ». La réponse vient, évidente : on reproduit le système représentatif existant !

L’Assemblée montre la toile de fond, une « météo de droite », généreuse en averses, quelques échauffourées avec les CRS, l’usage de lunettes de natation pour résister aux gaz lacrymogènes, un sit-in devant la Chambre des députés…

Le film se termine sur quelques plans larges de la place de la République après qu’elle ait repris son apparence habituelle, traversée à grands pas par ceux allant à leur travail ou en sortant, par d’autres portant leurs emplettes dans des sacs en plastique… Et la loi « Travail » fut adoptée le 21 juillet 2016.

L'Assemblée

Généralités - 4,0 / 5

L’Assemblée (99 minutes) et ses suppléments (60 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un fin digipack. Le menu fixe et musical propose le film au format audio Dolby Digital 2.0 avec sous-titres pour malentendants, et sous-titres en anglais ou espagnol.

Bonus - 4,0 / 5

En complément, une série d’entretiens :

Mariana Otero (11’), enregistré au festival de Cannes 2017. L’idée de filmer lui est venue dès le 31 mars, après qu’elle ait participé à des assemblées ou à des commissions. Ce qui l’a frappée, c’est le temps passé à fixer des règles pour que chacun puisse parler et être écouté. Elle n’a pas souhaité mettre en avant des personnages, même si la première séquence fait apparaître quelques personnalités, mais a tenu à montrer la violence policière. Elle estime que Nuit debout a « repolitisé toute une génération » et « influencé les partis politiques ». Je pense, conclut-elle, « que ça a infusé la société française ». La sélection du film à Cannes a été faite par l’ACID. « une association née en 1992 de la volonté de cinéastes de s’emparer des enjeux liés à la diffusion des films, à leurs inégalités d’exposition et d’accès aux programmateurs et spectateurs ».

L'Assemblée

Loïc Blondiaux (7’), professeur en science politique à la Sorbonne, rapproche le phénomène Nuit debout à celui de mai 68. Un des mérites du film est d’avoir rejeté toute forme d’héroïsation et de s’être concentré sur les modalités de partage de la parole, sur les décisions qui ont organisé le débat. Nuit debout est aussi une démystification de la représentation politique sur laquelle repose pourtant toute démocratie.

Mathilde Larrère (7’) historienne, maître de conférence à Marne-la-Vallée, dit que l’on ne sait pas comment s’organisait la prise de parole dans les mouvements révolutionnaires. Elle pense que, si un mouvement du même type devait se reproduire, il tirerait le bénéfice des leçons de Nuit debout.

Frédéric Lordon (4’), directeur de recherche au CNRS, observe, depuis la crise financière de 2008, que de petits foyers se sont allumés un peu partout. Même si les effets de Nuit debout sont difficiles à évaluer, il aura au moins poussé certains à réfléchir à la politique « au lieu de regarder le concours du meilleur pâtissier ». Pour lui, le processus électoral isole le citoyen.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon (8’), sociologues et maîtres de recherche au CNRS, ont observé une libération de la parole, sans la contrainte de limites budgétaires et sans corruption du langage, « même si ça ne va pas très loin dans la pensée ». Ils disent se sentir dans une dictature qui « nous oblige à rembourser des dettes que nous devons rembourser alors qu’elles n’ont évidemment pas à être remboursées ». Le film montre aussi une dispersion des points de vue, une absence de solidarité qu’en son temps le Parti communiste avait réussi à organiser. Leur solution : « s’unir dans le respect de la différence en s’appuyant sur la pensée de Karl Marx et de la sociologie de Pierre Bourdieu ». Des sociologues qui n’ont manifestement pas tiré des leçons de l’histoire… chacun son métier !

Philippe Urfilano (11’), philosophe et sociologue, directeur de recherche au CNRS affirme qu’il ne peut y avoir de démocratie sans règles, ni obligations politiques, ni entités. Dans les mouvements comme celui des Indignés ou de Nuit debout, le vote n’a aucun sens, parce qu’aucune appartenance n’a été définie. Qui sont-ils d’autres que des gens qui passent ? Quel est le statut de ces mouvements ? Celui d’un corps délibérant ? Ou d’un modèle de pétition, selon la définition qu’en a donnée Jeremy Bentham dans Political Tactics ?

Yves Sintomer (10’), professeur de science politique à Paris VIII, évoque le tirage au sort de citoyens à Athènes, ainsi que la réunion en Irlande d’un « comité constituant » visant à soumettre au referendum un amendement à la constitution pour légaliser l’avortement, comme cela avait été fait auparavant pour légaliser le mariage homosexuel.

L’intérêt de ces deux derniers entretiens surpasse nettement celui des autres.

Pour finir, une galerie de photos, une succincte biographie et filmographie de Mariana Otero et une bande-annonce.

L'Assemblée

Image - 4,0 / 5

L’image (1.78:1), certainement saisie par du matériel léger, lumineuse, en dépit du temps souvent couvert, est stable, nette, agréablement contrastée, avec un soigneux étalonnage des couleurs.

Son - 4,0 / 5

Même constat de qualité pour le son direct, au format Dolby Digital 2.0, qui privilégie les déclarations des participants en assurant leur parfaite intelligibilité. La très faible séparation des deux voies donne l’impression d’un enregistrement mono.

Crédits images : © Epicentre Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
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Philippe Gautreau
Le 13 mars 2018
L’Assemblée fait revivre, dans toute sa durée, l’éphémère mouvement Nuit debout. Présenté au festival de Cannes 2017, ce documentaire laisse à chacun le soin de se faire son opinion. Une alternative au concours du meilleur pâtissier, une occasion de réfléchir sur la démocratie.

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