La Continental : Le mystère Greven : le test complet du DVD

2017. Réalisé par Claudia Collao

Édité par ESC Editions

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Le 12/06/2018
Critique

La Continental : le mystère Greven

La Continental Films, une société française financée par des capitaux allemands, est fondée à Paris en 1941 à l’initiative de Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Troisième Reich, qui nomme à sa tête Alfred Greven, un ancien pilote de la première guerre mondiale et ami de Göring. Il était l’un des directeurs de production de la UFA, la plus grande société de production et de distribution allemande. Sa nouvelle mission : produire des films anodins, lénifiants, des « feel good movies », dirait-on aujourd’hui.

La Continental : Le mystère Greven, le quatrième long métrage écrit et réalisé par la documentariste Claudia Collao, agréablement lu par Isabel Otero, a un titre bien choisi : on sait très peu sur Alfred Greven, un célibataire auquel on ne lui connaît aucune liaison. On aimerait surtout savoir ce qui l’a poussé à ne pas suivre la ligne directrice fixée par Goebbels. Cette question risque de rester à jamais sans réponse, à moins qu’un jour on exhume les archives de Continental Films

Parmi les trente films produits par Continental Films de 1941 à 1944, on trouve, non seulement des oeuvres d’une qualité supérieure à la production courante des années d’avant-guerre, mais aussi des films encore aujourd’hui considérés comme estimables, tels L’Assassinat du Père Noël de Christian-Jaque, Le Dernier des six de Georges Lacombe, Péchés de jeunesse et La Main du diable de Maurice Tourneur, L’Assassin habite… au 21 et Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot, Au Bonheur des Dames d’André Cayatte.

La Continental : le mystère Greven

Une qualité sans commune mesure avec celle des autres films produits pendant la même période en France, sévèrement contrôlés et censurés par le gouvernement de Vichy, l’église catholique et les ligues de vertus, une morne suite de navets, à de rares exceptions près, comme Les Visiteurs du soir de Marcel Carné, sur un scénario de Jacques Prévert, tourné à Saint-Maurice et à Nice, aux Studios de la Victorine.

Les films de La Continental n’étaient soumis à aucun visa. Il est évident, parce qu’il évoquait l’inceste, l’avortement et la drogue, que Le Corbeau n’aurait pas eu la moindre chance d’être autorisé par Vichy !

Revenons à la question posée : pourquoi Alfred Greven a-t-il pris le risque de désobéir aux injonctions de Joseph Goebbels et de ne pas tenir compte de deux sévères rappels à l’ordre, le dernier adressé après la sortie de La Symphonie fantastique de Christian-Jaque suspecté d’attiser le nationalisme des Français ? Était-il inconscient, voire fou, ce que pourrait laisser supposer cette idée qui lui vint, en 1953, quand s’effondraient les fantasmes du Troisième Reich, d’édifier au Mesnil-le-Roi une Cité du cinéma au lieu d’aller se réfugier dans la mère patrie (ou le Vaterland, « père patrie » dans la langue de Goethe) avant qu’il ne soit trop tard ? Ou était-il simplement amoureux du bon cinéma ?

La Continental : Le mystère Greven, pour tenter de répondre à ces questions, fait appel à des réalisateurs, critiques et historiens du cinéma, Pascal Mérigeau, Bertrand Tavernier, Jean Ollé-Laprune… et même à un psychiatre, Philippe Batel, spécialisé dans le traitement des addictions, à l’alcool, aux drogues, au tabac (et, qui sait… au cinéma ?).

Le mystère ne sera guère dissipé par ces entretiens. Mais ils sont l’occasion d’un complet recensement et d’une évaluation objective de la production de La Continental. La Continental : Le mystère Greven est aussi un intéressant complément au documentaire qu’avait réalisé, en 2008, Serge Korber, Entre deux festivals, le cinéma est occupé, qu’ESC Éditions a eu la bonne idée d’inclure dans les bonus.

La Continental : le mystère Greven

Généralités - 3,5 / 5

La Continental : Le mystère Greven (52 minutes) et ses suppléments (103 minutes, sans compter le commentaire du film) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier non fourni pour le test.

Le menu fixe et musical propose le film dans sa version originale en français, au format Dolby Digital 2.0.

Bonus - 3,5 / 5

Commentaire audio du film par Claudia Collao, réalisatrice, Julien Tricard, coproducteur, et Yannick Delahaye, monteur. Il n’y avait, pour « clouter » le personnage d’Alfred Greven, qu’une seule photo, prise à la table d’un restaurant, l’élément tangible à partir duquel a été lancée l’enquête, avec l’appui déterminant de Pascal Mérigeau. Pour rendre le film moins académique, la réalisatrice a recherché des extraits de films, des chansons, des bandes d’actualités et ajouté de beaux dessins stylisées de Marc Casal. Un commentaire utile, même s’il est parfois redondant avec le film.

Filmographie de la Continental /(1’) sur un déroulant, la liste des trente films produits de 1941 à 1944.

Entretien avec Bertrand Tavernier, Pascal Mérigeau et Jean Ollé-Laprune (14’), Les trois intervenants ont été frappés par l’indépendance d’Alfred Greven : il accrochait son manteau sur un buste de Hitler, posé sur la cheminée de son bureau. Il avait aussi protégé Jean-Paul Le Chanois, Jean-Paul Dreyfus pour l’état-civil, qui avait pris le nom de sa mère pour cacher ses origines juives. Mais il a surtout marqué cette période sombre de l’histoire par son opiniâtreté à résister à toutes les pressions pour maintenir la qualité du cinéma français. Celles et ceux qui ont fréquenté La Continental en témoignent : il était difficile de se sentir dans une société allemande. Les commentateurs fustigent aussi les campagnes mensongères, notamment celles du parti communiste à l’encontre de Le Corbeau qu’il a tenté de faire passer pour un film de propagande nazie, et les excès de l’épuration, notamment au détriment d’Henri-Georges Clouzot et de Sacha Guitry.

Entre deux festivals, le cinéma est occupé de Serge Korber (88’, écrit par Louis Paraz, 2008). Le champ de ce documentaire est plus large que celui couvert par le film de Claudia Collao. Il évoque l’apogée du cinéma français qui, dans les années 30, occupait la deuxième place dans la production cinématographique mondiale, derrière les USA, puis la crise économique, marquée par le dépôt de bilan de Gaumont en 1934, de Pathé en 1936, la longue coopération entre la France et l’Allemagne qui tournaient deux versions de nombreux films, la fermeture de tous les cinémas de Paris au début de l’occupation allemande, la création en août 1940, par Guy de Carmoy, du Comité de l’Organisation de l’Industrie Cinématographique, le COIC, assurant au régime de Vichy un strict contrôle de ce média… Une riche documentation sur l’histoire du cinéma français des années de guerre, avec la spoliation du circuit de salles de cinéma dont fut victime Léon Siritzky, l’acteur René Dary qui remplit le vide laissé par Jean Gabin, exilé aux USA, les drames de l’épuration, la sortie en 1945 de Les Enfants du Paradis, l’annulation du premier Festival de Cannes qui avait été programmé en septembre 1939 et ne s’ouvrit que sept ans plus tard, du 20 septembre au 5 octobre 1946, le remplacement du COIC par le CNC en 1946, la mort d’Alfred Greven en 1973, à Düsseldorf où il avait créé une petite société de production…

Image - 4,5 / 5

L’image (1.78:1), précise, avec des couleurs bien étalonnées, n’appelle aucun reproche. La qualité technique des archives filmées est très variable.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 2.0, très propre, restitue avec clarté le commentaire d’Isabel Otero et des différents intervenants. Par moments, heureusement pas continuellement, l’accompagnement musical tend parfois à presque couvrir les commentaires.

Crédits images : © ESC Éditions

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

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Philippe Gautreau
Le 12 juin 2018
La passionnante histoire, aujourd'hui oubliée, d’Alfred Greven que son amour du cinéma poussa à prendre le risque de braver les ordres de Goebbels : il favorisa la réalisation d’une trentaine de films français qu’il fit échapper à la censure de l’occupation allemande.

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