L'Intrusa (2017) : le test complet du DVD

Réalisé par Leonardo di Costanzo
Avec Raffaella Giordano, Valentina Vannino et Martina Abbate

Édité par Capricci

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Le 27/06/2018
Critique

L'Intrusa

Naples, Italie 2017. Giovanna dirige un centre d’accueil pour enfants dans un quartier populaire. Elle a accordé l’hospitalité à l’épouse d’Amitrano, une jeune mère de deux enfants. Mais un matin la police arrête Amitrano qui est un gangster recherché pour meurtre et caché à leurs côtés sans que Giovanna fut au courant. En dépit de cette dissimulation, Giovanna persiste à accorder le droit d’asile à son épouse et à ses enfants. Les mères de familles du quartier, et notamment celle de la victime du meurtrier, le lui reprochent tandis que l’épouse d’Amitrano se brouille avec sa belle-famille, liée à la mafia napolitaine, la « Camorra ». Giovanna cherche à recréer le contact avec Rita, la petite fille d’Amitrano mais la situation de la mère de Rita est désormais intenable.

L’Intrusa (Ital.-Fr.-Suis. 2017) de Leonardo di Costanzo, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2017 puis sorti en France le 13 décembre 2017, forme comme une sorte de complément au remarquable Gomorra (Ital. 2008) de Matteo Garrone (*). Son budget est certes nettement plus serré que celui du Garrone et sa mise en scène est moins sophistiquée que celle du Garrone mais son action se situe dans les mêmes quartiers et dix après, rien n’a visiblement changé. Une fois le climat installé, les personnages principaux introduits, on ressent progressivement tout comme eux la sensation d’être pris dans une curieuse toile d’araignée, invisible mais réelle

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: personne n’en sort ou alors jamais indemne.

Maria est une « intruse » qui révèle brusquement, le temps que dure son séjour, les conflits latents, dialectiquement acérés entre deux pouvoirs (celui de la police et celui de la « Camorra ») pour la possession d’un territoire dont les habitants sont, qu’ils le veuillent ou non, impliqués. Le stoïcien antique Epictète disait, parlant de la philosophie pour expliquer à ses disciples qu’elle n’était pas une activité vaine ou mondaine mais qu’elle concernait l’essentiel : « C’est le plaisir et la peine, c’est la vie et la mort ». On pourrait, mutatis mutandis, en dire autant de la mafia et surtout des grands films qui, depuis l’admirable Salvatore Giuliano (Ital. 1962) de Francesco Rosi, en ont le mieux traité. D’autant plus que Giovanna se retrouve un peu dans la situation d’Antigone, l’héroïne tragique antique de Sophocle.

L'Intrusa

Cette Intrusa a été tournée selon les techniques dramaturgiques du néo-réalisme italien de certains titres précis de Luchino Visconti et de Roberto Rossellini, de Francesco Rosi et de Pier Paolo Pasolini : les actrices et les acteurs sont majoritairement des non-professionnels, les extérieurs ne sont pas retouchés. Mais par-delà cet hommage esthétique évident et sincère, l’efficacité contemporaine la plus brutale (séquence de l’arrestation, très bien réglée) et le suspense le plus réel (Giovanna angoissée plus ou moins fugitivement parce qu’elle voit son local éclairé à une heure tardive, parce qu’une voiture s’arrête auprès d’elle alors qu’elle rentre le soir) peuvent faire surface sans prévenir. Sans oublier la beauté de certaines Napolitaines, plaisir supplémentaire des yeux qu’il serait dommage de passer sous silence car il renforce encore l’intérêt plastique de cet alliage réussi entre film noir policier et chronique intimiste.

On voudrait bien découvrir en vidéo, à présent, L’Intervallo (Ital.-All.-Suis. 2012) de Leonardo di Costanzo qui racontait l’histoire d’une jeune fille séquestrée par la « Camorra ».

(*) Qui n’a pas de lien de famille avec Sergio Garrone, le cinéaste réalisateur de Une longue file de croix (Una lungha fila di croci) (Ital. 1969) qui fut peut-être bien le western italien le plus longtemps exploité commercialement dans les cinémas parisiens doubles-programmes.

L'Intrusa

Généralités - 3,0 / 5

Edition Capricci, 1 DVD, sorti le 02 mai 2018. Image au format 1.85 en couleurs, compatible 16/9. Son VOSTF en Dolby Digital 5.1. Durée du film : 91 min. Suppléments : Un cas d’école (60 min. environ), Au travail avec les acteurs (12 min.).

Bonus - 3,0 / 5

D’abord un documentaire intitulé Un cas d’école (2003, 16/9, VOSTF, durée environ 60 min.) de Leonardo di Costanzo sur un collège « difficile » de la banlieue de Naples. Tout étant relatif car les difficultés, montrées avec tact et précision, de 2003 de ce collège napolitain paraîtront sans doute bien anodines aux enseignants français confrontés en 2018 à la violence barbare qui règne autour et dans leurs établissements publics. Puis le plus petit mais très intéressant module Au travail avec les acteurs (2012 indique le verso de la jaquette mais à mon avis plutôt 2017, 16/9, VOSTF et VF durée environ 12 min.) nous fait partager les secrets du casting et nous livre quelques réflexions intéressantes sur la manière dont Leonardo di Costanzo - qui s’exprime directement en français - a réussi l’alchimie de sa mise en scène.

L'Intrusa

Image - 3,0 / 5

Format 1.85 couleurs. Direction de la photo neutre, sans dominante particulière, renforçant l’aspect brut et presque documentaire de l’intrigue. Définition vidéo standard du DVD, aucun défaut relevé et l’image 16/9 est convenable.

Son - 3,0 / 5

VOSTF en Dolby Digital 5.1 : offre suffisante pour le cinéphile francophone qui profite du savoureux accent napolitain. STF bien traduits sauf une ou deux coquilles (« écuré » au lieu de « écoeuré » à un moment). A noter que le film se passe pratiquement de musique et qu’une partie (au moins) me semble être du son direct mais j’ai un doute à ce sujet.

L'Intrusa

Crédits images : © Gianni Fiorito

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Panasonic FullHD
  • Sony BDP-5350
  • Ampli Sony
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p

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