Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma (1986) : le test complet du DVD

Réalisé par Jean-Luc Godard
Avec Jean-Pierre Mocky, Marie Valera et Jean-Pierre Léaud

Édité par Capricci

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Le 19/11/2018
Critique

Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma

Paris, 1986 : le cinéaste Gaspard Bazin procède à des castings vidéo pour le film produit par Albatros Films, la société de Jean Almereyda dont l’épouse Eurydice rêve de devenir actrice. Mais Almereyda se fait assassiner par des gangsters à qui il devait de l’argent. Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma (Fr. 1986) de Jean-Luc Godard est un film expérimental à peine maquillé par une conclusion noire et policière. Historiquement, on peut y relever plusieurs allusions. Le nom de la société de production d’Almereyda (joué par un authentique producteur-réalisateur-acteur : Jean-Pierre Mocky) n’est pas tout à fait anodin. Son assassinat rappelle, d’autre part, de toute évidence, celui du producteur Gérard Lebovici (1932-1984) réellement assassiné à Paris. Le nom du cinéaste (Bazin) est, enfin, une évidente allusion à celui du critique français André Bazin, l’un des pères fondateurs de la revue Les Cahiers du cinéma où Godard fut critique avant d’y être critiqué. Sans oublier une transcription de l’atmosphère glacée de la période 1981-1985 (une des pires de l’histoire de France au vingtième siècle) qui s’opère d’une manière presque militante dès le générique puisque il y est écrit que les figurants sont interprétés par des chômeurs à qui le comptable de la production demande systématiquement, avant tout essai vidéo, leur numéro de sécurité sociale : l’ironie est d’une noirceur savoureuse. Le cinéaste Bazin joué par Jean-Pierre Léaud balance entre la Série noire de la NRF (la couverture de la traduction du roman policier de James Hadley Chase entre ses mains) et L’Avventura (Ital. 1960) de Michelangelo Antonioni dont l’affiche orne l’un des murs du triste et anonyme bureau où se déroulent ses journées.

Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma

Ce qui intéresse Godard, sur le plan esthétique, est d’abord d’opposer l’image vidéo à l’image argentique 35mm : la seconde englobe, absorbe la première, généralement montrée comme incapable de saisir le réel, sinon fragmentairement et insuffisamment, un peu à l’image de cet écran moniteur 4/3 d’ordinateur sur lequel des lignes de chiffres s’amoncellent en vain : Bazin ne tournera jamais le film, Almereyda est condamné à mort (sans le savoir mais en le pressentant peut-être : voir sa conversation avec Godard), l’épouse de ce dernier ne sera jamais actrice. La séquence la plus étonnante est peut-être celle de la rencontre entre Almereyda et Godard (dans son propre rôle) discutant des budgets énormes dont jouissait alors le cinéaste Roman Polanski : l’humour est amer mais il est drôle et vraiment savoureux. Constat au fond implacable du désespoir global qui envahissait la France à l’époque, y compris la France du cinéma, secteur aussi sévèrement touché que les autres par la terrible crise économique et sociale de 1981-1985. Mais constat délivré d’une manière qui n’est pas narrée classiquement : elle laisse de côté certaines choses pour en montrer d’autres, et les montrer d’une manière inhabituelle. C’est le propre du cinéma expérimental de Godard : braver les conventions du montage, de l’écriture, de la direction artistique pour se diriger vers une sorte de poésie qui n’est pas naïveté mais combat (éternel) de l’artiste contre le réel : vous avez dit « romantique » ?

Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma

Généralités - 3,0 / 5

1 DVD édité par Capricci le 05 juin 2018. Image couleur au format original 1.37 respecté compatible. Son Mono VF. Durée du film sur BRD : 91 min. environ. Supplément : analyse du film par le cinéaste Serge Bozon.

Bonus - 3,0 / 5

Analyse à la fois historique et esthétique par le cinéaste Serge Bozon (16/9 couleurs, 31 minutes environ) qui pose d’emblée deux lignes de force comme étant constitutives de la Nouvelle vague française : le reportage brut (le cinéma documentaire de Jean Rouch ou bien le philosophe Brice Parain discutant en 1962 à bâtons rompus à une table de café avec Anna Karina dans Vivre sa vie) et le lyrisme (Anna Karina pleurant sur la musique de Georges Delerue pendant qu’elle visionne La Passion de Jeanne d’Arc de Dreyer encore dans une séquence du même titre de 1962, par exemple). C’est vrai qu’il y a ces deux lignes de force mais il y en a d’autres qu’ il aurait pu relever : le goût de la citation, celui de la mise en abîme, celui de la distanciation (elle me semble parfois forcenée chez Godard comme chez Bresson), et même, au début de la Nouvelle vague, une tendance hussardienne au sens littéraire du terme mais ici, je renvoie le lecteur à mon article sur le livre L’Histoire-caméra, le livre d’Antoine de Baecque, archivé sur le blog Stalker-Dissection du cadavre de la littérature. L’élocution de Bozon (influencé par celle de Jean-Pierre Léaud, parfois aussi abrupte dans le rôle du cinéaste ?) n’est pas toujours aisée à auditionner mais le contenu est intéressant d’un bout à l’autre.

Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma

Image - 3,0 / 5

Format original 1.37 écran standard respecté, couleurs compatible 4/3. Ce format s’explique parce que le film avait été commandé par TF1, la première télévision française qui, à l’époque, était pratiquement en 4.3 ou compatible 4/3 à 99,99%. La vidéo (qui tient un rôle dans le film) était aussi à ce format, à cette époque. Techniquement, l’image est bien restauré mais le report vidéo ne dépasse pas les limites du standard DVD : dans cette limite, elle est assez bonne.

Son - 3,0 / 5

VF mono parfaitement restaurée mais dotée d’un équilibrage moyen d’origine entre effets sonores, dialogues et musique. Aucun défaut gênant, cela dit et la reproduction sonore est bonne.

Crédits images : © Capricci

Configuration de test
  • Téléviseur 4K LG Oled C7T 65" Dolby Vision
  • Panasonic BD60
  • Ampli Sony

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