America : le test complet du DVD

2018. Réalisé par Claus Drexel

Édité par Diaphana

Voir la fiche technique

Avatar Par
Le 12/10/2018
Critique

America

Les premiers échos des débats opposant Donald Trump à Hillary Clinton ont donné envie à Claus Drexel d’aller rencontrer des électeurs, ceux de l’Amérique profonde. Au bord de la mythique Route 66, son attention est attirée par deux hommes occupés à dépecer le cerf qu’ils ont chassé. L’endroit s’appelle Seligman, Arizona.

America est le quatrième long métrage de Claus Drexel, réalisateur et scénariste français d’origine allemande, après un premier essai, Zwei Reisen mit Flesch, un téléfilm sorti en Allemagne en 1986, puis Affaire de famille, une fiction avec André Dussollier et Miou-Miou, suivie d’un documentaire sur les sans-abri de Paris, Au bord du monde, salué en 2014 par le Prix Louis-Delluc.

De part et d’autre de la large voie, désertée depuis la construction d’une autoroute, les carcasses de vieilles voitures rouillent autour de stations-service envahies par la végétation et les façades décrépies de plusieurs maisons et commerces ne laissent aucun doute : Seligman n’est pas le Pérou. Sa population est tombée de 2 000 âmes en 2000 à 445 au dernier recensement, en 2010.

America

America recueille les impressions d’habitants de tout poil, d’une serveuse, d’un cowboy, d’un homme à tout faire, d’un Indien Hopi, d’un plongeur, d’un pompiste, d’un boucher, d’un fossoyeur, d’un couple âgé d’immigrés mexicains, installés ici depuis des décennies, d’un autre, originaire du Sri Lanka, arrivé avec deux valises, maintenant propriétaire d’un motel. Ces deux derniers ont réalisé leur rêve américain dans cette »terre d’opportunités ». D’autres ont été oubliés au bord de la route. Certains sont amers, d’autres s’en accommodent, tel ce jeune qui vivote de petits boulots : « Moi, j’m’en fous, j’ai mes DVD, je bosse et je bois. »

The American dream is dead! We will make America great again (Donald Trump)

Derrière cette diversité, beaucoup d’idées partagées : le regret de temps révolus où les USA dominaient le monde occidental, la crainte d’une infiltration des immigrés qui traversent la contrée dans leur cheminement vers le nord du pays, la lassitude vis-à-vis des politiques et… la liberté de porter une arme. Le réalisateur demande à une mère de famille attendant un deuxième enfant si elle possède une arme : « Of course, we are in Arizona! » Et pas qu’une arme, un petit arsenal : deux pistolets et six fusils, dont un, plus petit que les autres, celui de son fils de 7 ans ½ ! L’arme est souvent à la ceinture des habitants : « Ça rassure quand on sait que la police mettra deux heures à être sur le terrain ! »

America

Ce recueil hétéroclite de propos, parfois farfelus, parfois frappés au coin du bon sens, compose un instantané qui, s’il ne prétend pas avoir la portée d’un sondage, montre pourtant que Donald Trump peut compter sur un soutien populaire.

He is out of control, he is a sociopath!

Il semble en effet que Donald Trump, perçu comme un businessman qui pourrait diriger le pays comme une entreprise, soit soutenu par une majorité des Seligmaniens, avec les encouragements du pasteur de l’Église du Calvaire qui invite ses rares ouailles à ne pas voter pour Hillary Clinton, « infestée par la perfidie ». Quelques voix dissonantes se font toutefois entendre, certaines allant jusqu’à craindre que Donald Trump déclenche une troisième guerre mondiale en ne pouvant se retenir d’appuyer sur le « bouton nucléaire » dans les six mois de son investiture !

Entrecoupée de photographies des paysages de l’Arizona, certains spectaculaires, comme le Grand Canyon ou Monument Valley, parfois sous de fantastiques couchers de soleil, cette mosaïque de sketches nous plonge dans l’Amérique profonde, à la fois touchante et inquiétante…

America

Généralités - 2,0 / 5

America (80 minutes) et ses bonus vidéo (58 minutes) tiennent sur un DVD-9 logé dans un boîtier épais de 14 mm.

Le menu animé et musical propose le film dans sa version originale, avec sous-titres imposés, incrustés dans l’image, qui auraient pu être placés plus bas, sur la bande noire, avec le choix entre deux formats audio, Dolby Digital 5.1 ou 2.0 stéréo.

Bonus - 3,0 / 5

Dans les coulisses du tournage (19’). Entre deux séquences du tournage, Claus Drexel nous en dit (et nous en montre) plus sur des personnages qui l’ont le plus touché, les deux chasseurs de cerf, les propriétaires du motel, et ces deux ronchons refaisant le monde à coups de bières sous le porche d’un bungalow, qu’on croirait tout droit sortis du Muppet Show.

D’autres personnages (13’), ceux qui n’ont pas été retenus dans le montage final, pourtant hauts en couleurs comme cet Indien navajo, vétéran de la seconde guerre mondiale, incorporé dans les communications : leur langage servait de code, un code qui n’a jamais pu être déchiffré par les Japonais, une page d’histoire qu’a fait revivre Windtalkers - Les messagers du vent (John Woo, 2002).

Entretien avec Claus Drexel, par Olivier Père (15’). Cet entretien reprend beaucoup du contenu du premier bonus : la curiosité qui l’a poussé à aller voir pourquoi l’Amérique profonde et les laissés pour compte du rêve américain s’apprêtaient à soutenir Donald Trump, le choix accidentel de Seligman… Il commente la scène finale, celle du passage d’un interminable train chargé de chars qui a fini par arriver au moment où, lassé d’attendre, il allait ranger la caméra.

Pour finir, Images d’Amérique (5’), un clip sur la musique d’Ibrahim Maalouf, Le démontage d’un fusil AR-15 (4’), une redoutable arme de guerre appartenant à une serveuse et la bande-annonce.

America

Claus Drexel

Image - 4,5 / 5

L’image (2.35:1), lumineuse, bien contrastée, assure une bonne lisibilité des plans, dans toutes les conditions d’éclairage. Les paysages sont mis en valeur par une délicate palette de couleurs et par une résolution poussée qui accentue la profondeur de champ.

Son - 4,0 / 5

Le son Dolby Digital 5.1, clair et propre, restitue clairement les dialogues. Une très discrète utilisation des voies latérales estompe les différences entre le format stéréo et 5.1 qui profite surtout à l’agréable accompagnement musical d’Ibrahim Maalouf, distingué par un César pour la partition de Dans les forêts de Sibérie (Safi Nebbou, 2016).

America

Crédits images : © Sylvain Leser - Gloria Films

Configuration de test
  • Vidéo projecteur JVC DLA-X70BRE
  • OPPO BDP-93EU
  • Denon AVR-4520
  • Kit enceintes/caisson Focal Profile 918, CC908, SR908 et Chorus V (configuration 7.1)
  • TEST EN RÉSOLUTION 1080p - Diagonale image 275 cm
Note du disque
Avis

Moyenne

4,0
5
0
4
1
3
0
2
0
1
0

Je donne mon avis !

Avatar
Philippe Gautreau
Le 12 octobre 2018
Seligman, Arizona, 445 habitants, pendant la campagne pour les élections présidentielles. La curiosité de Claus Drexel a payé : vous saurez pourquoi l’Amérique profonde a soutenu Donald Trump. Des confidences aussi touchantes qu’inquiétantes.

Lire les avis »

Multimédia
America
Bande-annonce VOST

Proposer une bande-annonce

Du même auteur
(publicité)

(publicité)

En poursuivant votre navigation sur le site, vous acceptez l'utilisation des cookies pour vous proposer notamment des publicités ciblées en fonction de vos centres d'intérêt, l'affichage de vidéos ou encore le partage sur les réseaux sociaux.

OK En savoir plus