Sweet Sixteen (2002) : le test complet du DVD

Réalisé par Ken Loach
Avec Martin Compston, Annmarie Fulton et William Ruane

Édité par H2F

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Le 03/11/2003
Critique

Pour tous les fans de Ken Loach, Sweet Sixteen est un excellent cru. Pour tous ceux qui ne le connaissent pas encore, c’est une fascinante entrée en matière. Issu lui-même d’un milieu très défavorisée, le cinéaste s’est évertué de films en films à dépeindre la misère et la spoliation des couches les plus populaires. N’y suspectez aucun voyeurisme malsain (façon Larry Clark), Loach (Kenneth de son prénom) exorcise les démons qu’ont engendré nos sociétés. A la manière d’un Zola, le cinéaste revisite sans cesse le thème de la lutte des classes et de la survie lorsqu’on n’est pas bien né. Son arme : le réalisme social. Son ambition : emmener le spectateur dans le quotidien de ces oubliés de la croissance, de ses gagne-petit, de tous ceux que Thatcher et Blair ont exploité puis royalement ignoré. Quêter pour rétablir la vérité ! Résolument opposé à toute vision hollywoodienne des rapports humains, Ken Loach milite pour un cinéma d’auteur (n’ayez pas peur, revenez… ici auteur n’est pas synonyme d’ennuyeux) qui prend pour modèle l’humain sans jamais le juger ou le magnifier.

Le cinéaste n’est adepte ni de l’émotion facile, ni des bons sentiments. La vie de tous les jours, même si elle ne fait pas rêver, recèle pour lui infiniment plus de nuances et d’intensité. Ken Loach sait avec justesse et doigté tisser ses scenarii autour des moments forts de la vie, la vraie. Pour le cinésate, chaque film est l’occasion d’explorer un thème actuel et d’interpeller le spectateur ; l’alcool, la privatisation, la précarité, la lutte armée… Son univers, remarquablement bien balisé, s’approprie ces zones délaissées (voire interdites au cinéma) pour y puiser de fascinantes histoires, pas toujours très heureux, mais si justes, si réelles et si décomplexées qu’elles en deviennent attachantes. A l’instar d’un Woody Allen, il théorise, stigmatise, explore la complexité des rapports sociaux. Woody c’est l’amour, Ken c’est la fracture sociale. Le pouvoir, la cupidité, l’absence de valeurs, la rigidité des riches et des nantis… autant d’obsessions qui lui sont chères et prennent des accents lyriques entre ses mains expertes.

Sweet Sixteen ne déroge pas à la règle. Pour l’occasion, le cinéaste a planté ses caméras dans la banlieue mal famée de Glasgow où Liam (son héros ?) vit une misérable existence. Comme tous les paumés de son âge, le jeune homme fuit l’école, pense aux filles et développe une personnalité vaguement combinarde. Flanqué d’un beau-père dealer et violent ainsi que d’une mère taularde et toxico, le jeune homme s’épanouit difficilement mais s’épanouit quand même. Bientôt, lorsqu’il en aura assez de survivre grâce à l’argent issu de la contrebande de cigarettes, il deviendra dealer à son tour. Pourquoi ??? Mais parce qu’il veut réaliser ce rêve qui lui tient à cœur. Offrir une vie descente à sa famille et devenir le roi du monde. Pas les bras en croix à l’avant d’un bateau mais dans sa ville, parmi les gens qui l’ont vu naître et grandir comme une revanche qu’il voudrait éclatante sur tous ceux qui lui ont pourri l’existence. Vous êtes tentés de vous apitoyer ? Evitez ! Il a choisi ! Pas de vivre dans ces ghettos qui forment les délinquants mais de devenir lui-même délinquant au mépris de tout respect pour la vie d’autrui. On peut être pauvre, cela n’empêche pas d’être honnête !

Plaindre Liam équivaudrait à le déresponsabiliser ! Certes, il n’a pas une vie facile. Son environnement est loin d’être propice au travail, aux études ou à toutes autres sortes d’activités légales et constructives. Ses fréquentations, dont la situation familiale n’est guère plus enviable, exercent inévitablement sur lui une mauvaise influence. Il est donc compréhensible qu’il devienne ce qu’il va devenir mais ce n’est pas une excuse !!! Ken Loach écarte de son Sweet Sixteen boy toute image romantique du délinquant. Il n’est ni héroïque, ni révolté. Son seul et unique souci est lui-même (cf. la scène où Liam part en voiture sans son ami). Il n’est qu’un rat, un parasite qui contribue largement à dégrader le lieu de vie qu’est son quartier. Quand d’autres ont choisi de s’en sortir en travaillant, lui deale ! Ses victimes : des adolescents de son âge, des mères célibataires, des filles désespérées. Oui, Liam a des rêves, il est prêt à tout pour s’en sortir mais combien devront payer pour qu’il soit exaucé.

A la manière d’un funambule, le cinéaste dresse le portait d’une aimable crapule, d’un parasite aux circonstances atténuantes. Il ne juge pas, il montre. A chacun d’en retirer ce qu’il voudra. Excusable ??? Condamnable ??? De toute façon, ce n’est pas le verdict mais le processus qui importe. Ken Loach remonte habilement la mécanique de terrifiant engrenage dans lequel sont pris Liam et ses amis. Qu’il soit un bourreau aux airs de victime ou une victime devenu bourreau, le résultat est le même. Mensonge, manipulation, violence, terreur… il a trop vite grandi, endossé trop de responsabilité et aujourd’hui se retrouve dans la position d’un Arturo Ui (âgé de 15 ans et qui va fêter ses 16) dont la société ne peut empêcher l’ascension (résistible ?). Cela vous évoque quelque chose ? En tous cas cela devrait car, à l’image du Tony de Scarface ou du Henry de Les Affranchis, Liam est pourvu de cette rage destructrice. Cette même force motrice qui meut les caïds de quartier et qui, parce qu’elle est impossible à canaliser, les condamne à toujours progresser, cogiter, ambitionner et fatalement à ne pas savoir quand s’arrêter.

Qu’il soit adolescent nous attendrit et invoque une douce (sweet) indulgence à son égard mais au vu de la violence et de la cupidité qu’il développe avec une aisance et une rapidité déconcertante, on ne peut qu’être fasciné et effrayé par tant de pouvoir entre les mains de ce qui reste un enfant. Sweet Sixteen évoque avec puissance la décadence da notre monde qui s’appuie sur des valeurs essentiellement matérialistes, instillant le vice, l’avidité et la corruption dans nos jeunes esprits. Cette jeunesse, c’est avant tout l’espoir d’un monde meilleur détruit par les turpitudes de la bassesse humaine. La drogue prend alors des allures de symbole puisqu’elle sert à enrichir les « forts » et avilir « les faibles ». Un système bien huilé, transmis de générations en générations (cf. la mère et le beau-père) et qui ne laisse aucune place aux sentiments d’amour, de partage ou bien encore de fraternité. C’est d’ailleurs cet amour pour sa mère qui entraîne Liam dans cet engrenage et finit par le broyer.
Ken Loach signe avec Sweet Sixteen un polar dramatique intense et brutal. Sans complaisance ni compromis, il dessine les contours d’une société gangrenée par le vice, l’avidité et la violence. Une œuvre à la fois terrifiante, fascinante et grandiose qui trouve un écho universel (cf. Favelas au Brésil, banlieue aux Etats-Unis, en France… ).

Après Casino, Scarface et la Cité de Dieu, voici un autre petit bijou du genre à découvrir sans tarder !…

Généralités - 2,0 / 5

Présentation soignée, image et son irréprochables, H2F persiste et signe dans la retranscription fidèle et respectueuse d’oeuvres cinématographiques en DVD. Espérons que l’éditeur continue dans ce sens, compte tenu de son catalogue vidéo riche en auteurs.

Seul bémol et non des moindres, Sweet Sixteen aurait mérité un traitement de faveur en termes de suppléments. Pourquoi l’avoir négligé ? C’est incompréhensible !!! Il y avait pourtant matière à inclure une interview, des coulisses (à l’instar de The Navigators), un sujet sur sa palme d’or du meilleur scénario, un portrait du réalisateur et de ses acteurs… enfin bref, il y avait de quoi faire une édition double DVD. A la place, il faudra vous contenter d’un commentaire audio. Certes, c’est mieux que rien mais avec Mon Idole, l’éditeur nous avait habitué à beaucoup mieux. Cette édition simple (trop simple pour une œuvre aussi brillante et complexe) frustre et déçoit

Hormis cela, le pressage de Sweet Sixteen offre au spectateur des conditions optimales pour découvrir ou redécouvrir cette époustouflante descente aux enfers en DVD.

Bonus - 1,0 / 5

On ne va pas s’y attarder pour éviter de s’attrister mais en dehors d’un commentaire d’une platitude déconcertante et de quelques bandes–annonces sans grand intérêt, cette édition n’apporte aucun élément concernant la genèse, la fabrication ou la personnalité des artisans du film. En leur temps, Scarface et Les Affranchis avaient subi la même punition. Pour Scarface, l’affront a été lavé, pour Sweet Sixteen et Les Affranchis, il faudra attendre !!!

Toutefois, si vous êtes véritablement accros du film (je ne parle pas d’un vague bienveillance, je parle d’un rapport passionnel avec l’oeuvre) et si vous êtes l’heureux possesseur d’une liaison internet (indispensable à la quête), vous aurez la possibilité de vous connecter au sites nombreux sur Ken Loach. Vous pourrez alors frénétiquement grappiller, tel un fan assidu, moult éléments qui viendront étancher votre curiosité à propos du film et de son réalisateur. Dans ce cas, armez-vous de patience, de courage… et bonne exploration…

Image - 5,0 / 5

L’image est somptueusement restituée. Les nuances et la clarté qui donnent à Sweet Sixteen des accents de documentaire filmé sont éblouissantes de précision et de netteté. Regardez de près l’image et vous constaterez l’absence de grain, y compris dans les scènes délibérément surexposées par le réalisateur. (cf. Les séquences à l’intérieur du club de sport ou de l’appartement).

Le piège qui consisterait à écraser le contraste pour affadir l’image a été évité. Ici la mer est verdâtre, le ciel est bleu, les visages sont rosés… bref le travail sur la restitution des contrastes et des dégradés est tout simplement impressionnant. La photographie et la lumière remarquables de finesse et de sensibilité peuvent ainsi froidement ou chaleureusement (selon les scènes) souligner les rapports entre les différents personnages. Quant à la profondeur de champ, elle prend une dimension toute particulière lors de plans panoramiques dévoilant le quartier dans lequel évoluent Liam et ses amis. (cf. le plan ou le beau-père et le grand-père planquent la drogue dans le jardin).

Développée avec l’appui du CNC, l’édition DVD de Sweet Sixteen a été particulièrement chouchoutée par H2F en termes de transfert vidéo afin d’offrir au film une qualité optimale lors de son visionnage. Exemplaire !!!

Son - 4,0 / 5

Même exemplarité en termes de son. Si vous aimez les ambiances, la profondeur et les surrounds qui réagissent dès qu’il se passe quelque chose, alors vous allez adorer Sweet Sixteen. Essentiellement monopolisée par les voix et les bruits, la bande-son retranscrit admirablement la musicalité de l’accent et la brutalité de l’univers décrit (cf. la séquence dans la prison). A la moindre action, les surrounds se mettent en mouvement ; les pneus crissement, les voitures s’écrasent, la basses s’affolent… bref de quoi réveiller les voisins somnolents. La boîte de nuit sera également l’occasion de sortir pattes d’éph et boules à facette dans votre appartement… que du bon !!!

Alors pourquoi cette note de 4 ??? Parce qu’entre le choix restreint (français 5.1 ou 2.0, VOST en 5.1) et l’absence d’ergonomie (impossible de passer d’un choix à l’autre en cours), arriver à concilier écoute et confort tient du challenge. Autant le dire, côté menu sonore, c’est un peu n’importe quoi !!! Pourquoi ne pas avoir carrément séparé audio et sous-titrage ??? C’est quand même aberrant d’être contraint et forcé de regarder un DVD en VO avec un sous-titrage français, tout spécialement quand celui-ci vous mange le tiers inférieur de l’écran… Certes, la pratique du visionnage en VO sans sous-titrage n’est pas répandue mais elle existe !!! Et oui, certains dévédénautes regardent même les films en VF sous-titrée anglais voire même en VO sous-titrée anglais. Ici, à l’instar des bonus, il faudra s’en passer car l’éditeur n’a pas jugé bon d’inclure le sous-titrage anglais.

Une fois oubliés les objets de fâcherie, vous saurez apprécier l’excellence de la VF et de la VOST. Aucune différence majeure entre l’une et l’autre excepté que si vous choisissez la VF, vous perdrez inévitablement l’accent écossais qui fait tout le charme du film. Toutefois, la piste VF n’a pas a rougir de la comparaison puisque le doublage, type banlieue parisienne, offre à Sweet Sixteen une lecture fidèle et intéressante car proche de ce qui nous est familier à nous français.

Bonne écoute, bon film, bon DVD !

Configuration de test
  • Téléviseur 16/9 Rétroprojecteur Toshiba 43PH14P
  • Toshiba SD-330ES
  • Onkyo TX-DS797
  • système d'enceinte 5.1 Triangle
Note du disque
Avis
Multimédia
Sweet Sixteen
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